‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 46 sur 59 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Déteils 0iur la irte priirèe, eemiiiuiis aux Bralunas et aux TraraEas.

Des naiiMinees.

* Lorsqu'une femme est sur le point d'accoucher, on prévient la matrone du camp : c'est une vieille Mauresse chez laquelle Texpérience remplace la science, quelquefois très-avantageusement. Elle ne quitte plus la malade, Tencourage de sa présence, aide au travail, et fait, par de douces paroles, oublier à la patiente une partie de ses douleurs.

Trois jours après la naissance, le père appelle un marabout ; celui-ci, après une courte prière, égorge

un mouton, et, en présence des parents et des amis

convoqués à cet effet, donne à Tenfant le nom que lui a choisi son père.

Après quoi chacun prend part au repas dont le mouton forme la base. A partir de ce moment, la mère peut sortir, et tout rentre dans Tordre habituel. Les Maures ne lavent pas le corps du nouveauné.

Des nuiriai^es.

Quand un homme a trouvé une femme qui lui plaît, qu'il s'est mis d'accord avec elle, ce qui arrive presque toujours à Tinsu des parents, il envoie auprès du père et de la mère une députation d'amis pris parmi les plus notables. Le consentement une fois obtenu ; et le montant de la dot, que doit fournir le mari, étant fixé, on convient d'un jour pour la cérémonie.

Le moment arrivé , un marabout fait le tak; on bat le tabula (tambour) de la tribu, pendant que les captifs préparent un grand repas. Les parents, les amis des camps voisins ont été invités. Pendant que les vieillards et les hommes mûrs s'entretiennent avec animation des affaires de la nation ou de leur tribu, les jeunes gens se livrent à la danse et à des simulacres de combat, dans lesquels la poudre n'est pas épargnée. Les griots ^ avant et pendant le repas, improvisent, en l'honneur des époux et de leurs fa-

milles, des chants bien autrement harmonieux que ceux de leurs confrères noirs; ces chants sont en vers rimes.

La fête ne dure qu'un jour.

La femme prend possession de la tente, et dispose, sans contrôle comme sans contestation, de tout ce qui appartient au mari. Tel est le respect que la race maure a pour la femme que le mari ne fait rien sans consulter la sienne, et qu'il agit, soit sous la tente, soit au dehors, par les inspirations et sous rinfluence absolue de sa compagne.

Dans les guerres, si le vainqueur prend des femmes, il les renvoie sans les outrager.

Tant que le mariage subsiste, la femme est donc à peu près complètement maîtresse chez elle et autour d'elle; mais on ne saurait s'imaginer la facilité avec laquelle Ces unions sont rompues.

Sous le prétexte le plus futile, par pur caprice et besoin de nouveauté, les époux se séparent. Si c^est la femme qui veut dissoudre le mariage, elle rend la dot et s'éloigne. Si la rupture vient du mari, il annonce ses intentions, et la femme se retire, emportant la dot qu'elle a reçue.

Ils attachent un certain amour-propre à se marier et à divorcer souvent. «Un homme, disent*ils, « peut user cent femmes. » De leur côté, les femmes, très-flattées quand elles ont successivement con-

tracté plusieurs mariages^ se vantent du nombre de leurs maris y et les énumèrent avec complaisance pour prouver combien elles ont été recherchées.

La facilité qu'ils ont de divorcer, leur vie en plein air, à la vue de tout le camp, rend chez eux l'adultère à peu près inconnu. Quand le mari, d'ailleurs, s'aperçoit qu'un homme est amoureux de sa femme, il va au-devant de ses désirs en offrant de la lui céder contre la restitution de la dot.

Un Maure a le droit, conformément à la loi musulmane, de prendre simultanément plusieurs femmes ; mais il use rarement de cette prérogative. Ils avouent en effet que deux ou plusieurs Mauresses , épouses du même homme, n'ont jamais pu vivre en bonne intelligence sous la même tente.

Décèfiy InhuBiatlons.

Quand un membre de la tribu est décédé, on lave son corps, qui est enveloppé ensuite de linges blancs. Un marabout fait une courte prière, puis on procède à r inhumation.

Les noirs, nous Tavons dit, creusent une fosse et y déposent le cadavre. Les Maures suivent une autre méthode : ils pratiquent bien une large tranchée, mais ensuite, sur un des côtés de cette ouverture, ils en font une autre qui n'a que la largeur du corps. C'est dans cette dernière qu'ils glissent la dépouille mortelle de leur parent, lis bouchent ensuite l'orifice avec des bois épineux, remplissent la première fosse de ce même bois, et recouvrent le tout de terre. Ils prétendent qu'avec ces précautions les cadavres sont plus sûrement garantis des atteintes des bêtes féroces.

Ils redoutent peu la mort et regrettent très-médiocrement les parents qu'ils ont perdus. Quand on

leur annonce la mort d'un chrétien, eût-il été leur grand ami, ils se contentent de dire d'un ton méprisant : Meut kéffre {il est rnorl^ cet infidèle) ! Telle est, soit dit en passant , l'oraison funèbre réservée à ceux qui, au Sénégal, préfèrent les Maures aux Français.

Après la mort d'un chef de famille, sa femme doit porter le cQussabe de son mari ; mais rien ne l'oblige à rester dans la case, ainsi que cela se pratique chez les noirs. Elle peut sortir, et, après trois mois et dix jours, convoler à de nouvelles noces, en affirmant qu'elle n'est pas enceinte.

Les femmes ont la tête découverte; elles vaquent ainsi à leurs affaires. Si elles rencontrent un étranger, et surtout un blanc, elles doivent s'envelopper la figure de manière à ne laisser libre qu'un œil ; mais, quand elles sont jolies, elles trouvent bien moyen d'enfreindre la règle.

Les hommes vont toujours tête nue; elle est ombragée d'une véritable forêt de cheveux noirs et bouclés. Ceux de pure race ont le nez droit et légèrement busqué, le front large et saillant, les yeux noirs, bien fendus, très-expressifs, les dents petites et blanches, la bouche bien faite, la physionomie noble, un ensemble de traits enfin qui offre le type arabe pur. Leur teint, quoique légèrement bistré par la vie en plein air et les ardeurs d'un soleil

qu'ils sont parvenus à braver impunément ^ dénote leur origine.

Les enfants ont la tête rasée dès leur bas âge ; ils laissent aux fils de princes ou de guerriers trois touffes de cheveux. Chaque fois qu'en grandissant le jeune Maure est parvenu à tuer un homme dans un combat quelconque, une des touffes disparait : c'est un déshonneur quand le jeune guerrier n'est pas parvenu à obtenir l'enlèvement de deux de ces ornements.

s IV.

Oes sneeeMitonii.

A la mort du père, les enfants jeunes encore sont confiés au fils aine, s'il est en âge de conduire la maison ; dans le cas contraire , le frère du défunt ou son plus proche parent en demeure chargé. La dernière femme peut demeurer avec la famille et la suivre partout où elle résidera ; mais s'il lui convient de se retirer elle est libre de le faire, en emportant sa dot. Le frère du défunt n'est pas tenu de l'épouser, comme chez les fi'oloffs.

La tente paternelle, objet de vénération pour toute la famille, appartient au fils aine : c'est la partie la plus précieuse de l'héritage; aussi est-elle conservée avec un soin religieux.

Tous les fils ont droit à une part égale ; la seule préférence accordée à Tainé est dans l'attribution de la tente paternelle : prérogative considérable dans l'ordre moral, en ce qu'elle le constitue représentant

de la famille et Tinvestit du crédit qui s'attachait à Tauteur commun.

Les filles n'ont aucun droit : « elles feraient, en se n mariant, sortir de la famille le bien acquis par « le père, et qui doit servir à la maintenir au rang « où le père Ta laissée. »Chez les princes, on leur fait un cadeau dont elles doivent toujours se contenter. Cependant, dans les familles maraboutales, les principes sont moins rigoureux, et, par une sorte de tolérance qui revêt les caractères d'un droit, les filles obtiennent la moitié de la part d'un garçon.

Des l^il^rlst

Les Maures ont, comme les noirs, une grande confiance aux grigris j mais ils ne s'en couvrent pas le corps à profusion ainsi que les IVoloffs. En temps de guerre, on remarque chez eux une pratique singulière : ils font confectionner un excellent grigri par un marabout célèbre, et le confient au plus brave de la troupe. Lorsque l'ennemi est en vue; celui-ci introduit le grigri dans son fusil et s'avance le plus possible ; là, il décharge son arme. Ils sont pereuàdés que la troupe qui a usé du meilleur grigri verra, par l'influence du talisman, ses adversaires prendre la fiiite.

s VI.

De l'hospitalité ekes les Maures.

Ils observent avec une rigueur très-scrupuleuse les lois de l'hospitalité. Quand un voyageur se présente devant un camp, chacun attend, avec une impatiente curiosité, quelle sera la tente qui sera choisie par l'étranger. A peine a-t-il manifesté ses intentions qu'il est accueilli avec joie; on s'empresse autour de lui, tous les habitants de la tente lui offrent leurs services, il ne lui est fait aucune question. Il est le bienvenu ; car « il apporte la faveur de Dieu. » Les voisins félicitent le maître de la tente de ce qu'il a été choisi par l'étranger ; ils offrent leurs siervices, et, si l'hôte n'est pas riche, ils lui apportent des provisions. Au départ, le voyageur est comblé de remercîments. Un Maure qui a la réputation d'être très-hospitalier est tenu en grand honneur dans la nation. Les mœurs de la race arabe, on le voit, sont

les mêmes partout; au milieu des vices que nous avons signalés chez ces peuples dégénérés, il nous a semblé juste de faire ressortir certaines qualités qu'altère si profondément la civilisation.

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