‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 53 sur 59 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

De la Jaitice chez les Maiirei.

Leur seule loi est le Koran, plus ou moios bien compris ; ses règles sont toujours appliquées par un marabout. Au fond, la justice n'a chez eux aucune force, et elle ne s'exerce que sur des intérêts de très-mince importance. Le Maure qui a quelque crédit ne connaît aucun frein; aussi ne se géne-t-il en rien pour se livrer à tous les excès que lui suggèrent ses caprices. Le roi, chef féodal, est impuissant, dans la plupart des cas, à prévenir ou à réprimer les écarts d'un sujet qui se sait à l'abri de tout contrôle quand il se sent fort.

En résumé, chez ce peuple, comme dans toutes les agglomérations de barbares, la force est l'objet du respect de tous. Si un homme joint à une origine un peu relevée une force quelconque, basée sur la richesse ou le développement musculaire, il sera universellement considéré. Les débris de la force morale se sont réfugiés dans les castes sacerdotales;

encore sont-elles obligées d'en user avec des ménagements infinis.

Cette idée de la prééminence des forces extérieures sur tous les principes moraux est si |)ien enracinée dans leur esprit qu'ils l'expriment naïvement par l'apologue suivant. « Si le Mensonge, « disent-ils, pénètre sous une tente, il va s'asseoir a sur le lit et en prend possession; pendant qu'il « triomphe, si la Vérité se présente, le Mensonge a s'empresse de quitter la place d'honneur, et, ébloui « par l'éclat de la Vérité, s'abaisse devant elle. Mais « si la Force arrive, elle envahit tout, et le Men- « songe et la Vérité s'enfuient en poussant des gé- (c missements. »

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