‹ De la Sénégambie françaiseChapitre 55 sur 59 · CHAPITRE XXXVlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVlll

Wtmmé, PréMMi* et Avenir de ii«tre caleate»

Passé et Présent.

Nous avons parcouru le cadre dans lequel nous avions, dès le début , circonscrit nos recherches. Sans doute nous aurions pu nous appesantir davantage sur certaines particularités, rechercher^ avec plus ou moins de succès, le pittoresque, le dramatique et l'imprévu, inventer des situations et donner comme authentiques des détails hasardés ; nous ne l'avons pas fait, car notre prétention est modeste, et nous n'avons voulu qu'une chose : esquisser un livre

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offrant quelque utilité à ceux qui voudront avoir de cette colonie une connaissance un peu exacte.

Revenus à Saint-Louis, nous allons jeter un nouveau regard sur sa population, et chercher à démêler les causes de sa naisère. Qu'on daigne nous pardonner la franchise de nos idées et de nos paroles.

Certes, la France a été généreuse pour sa colonie ; elle a, depuis la reprise de possession, dépensé pour le Sénégal des sommes énormes; il n'est pas de sacrifices qu'elle ne se soit imposés pour pousser le pays dans une voie de progrès; et cependant la colonie s'éteint!..... A quelles causes faut-il rattacher cet état de dépérissement par trop évident? Elles sont multiples.

Une de Ces causes résidait dans les changements fréquents de gouverneurs : nous en a\fons vu dixneuf j titulaires ou' intérimaires^ depuis le mois Je décembre 1840. Mais pourquoi, dira-t»on, ce haut fonctionnaire reste-t-il si peu de temps en exercice? Serait-ce parce que le Sénégal est ingouvernable?

Sans douté le gouvernement de ce pays est difficile, au double point de vue des hommes et des choses ; mais cette difficulté n'est pas le motif réel de la mobilité des chefs de la colonie.

Le haut fonctionnaire qui, sous le titré de gouverneur, représente, dans les établissements d'outre-

mer, rautorité souveraine, sort presque toujours du corps des officiers de vaisseau.

Ces officiers de la marine impériale sont des mi-

litaires intrépides; ils ont porté et ils porteront toujours haut et ferme le glorieux drapeau de la patrie ; personne plus que nous n'honore leurs éminentes qualités et leur rare distinction ; mais nous oserons le dire, parce que cela est vrai : les principes d'administration et d'organisation civiles sont complètement étrangers à leurs études, à leurs pratiques habituelles. Ils n'ont donc que peu d'attrait et de compétence pour des travaux non militaires^ et, s'ils acceptent les gouvernements coloniaux, les sollicitent souvent, c'est, les uns, à titre de consolation de la non-obtention d'un grade, d'autres pour attendre un grade promis... Aussi, lorsque leurs vœux sont réalisés, se hâtent-ils d'abandonuer ces positions transitoires, auxquelles rien ne les attache. Encore s'il ne s'agissait que des colonies de l'ouest; elles sont arrivées à un point où il suffit d'assurer à leurs habitants les bienfaits et les garanties d'une bonne police. Tout homme intelligent et un peu énergique, secondé par d'habiles chefs d'administration, peut suffire à cette tâche. Mais pour administrer un pays comme le Sénégal^, il faut, des mœurs et des institutions locales , une connaissance qui ne s'improvise pas.

Quand, de Saint-Louis, siège du gouvernement, l'autorité doit faire sentir son bras à des distances très-considérables; agir et faire agir dans des directions diverses ; ménager des intérêts qui se combat* tent; calculer, pour le succès d'un plan, sur des sympathies et des antipathies de races ; pénétrer ces avidités individuelles qui se cachent si hal)ileinent sous le beau masque de Vintérét général ; diriger, sur une étendue de plus de trois cents lieues, une politique qui, pour être efficace, doit tenir compte de mœurs, de préjugés, de fanatismes et de prétentions très-compliqués, comment adm^ettre qu'un homme,, même très-capable, étranger la veille au pays, puisse se placer avec fruit à la tète d'une administration aussi vaste ?

Sans doute^ si le gouverneur qui survient voulait consacrer quelques années à l'œuvre qu'il entre- (H'end, il parviendrait, par une application assidue, à s'initier aux difficultés locales ; mais l'expérience nous a malheureusement démontré que la moyenne de séjour d'un gouverneur était de neuf à dix mois; de sorte qu'il nous quitte au moment où il commençait à comprendre la langue des affaires sénégalaises.

Si nous avons eu l'heureuse chance de rencontrer, parmi nos gouverneurs, quelques administrateurs réellement distingués, c'est qu'ils connaissaient

déjà le pays avant d'être investis du pouvoir de l'administrer. Tel a été, par exemple, et le premier de tous, M. le comte iiouèt^fVillaumez^ dont les vues étaient larges et solides ; tuais il ne voulut conserver l'autorité effective que du mois de février 1843 au mois d'avril 1844. Dans cette trop courte période, son esprit éminent avait deviné (les considérants de son arrêté du 1"" avril 1843 en font foi) la voie dans laquelle il fallait introduire le pays : sa main éner^ gique l'y aurait lancé; mais le temps lui manqua, comme il a lïianqué à M. le conUe de Gramont^ qu'une mort prématurée enleva à nos sympathies.

Nous venons de signaler une des causes du mal qui ronge le pays; avant d'indiquer les autres, il faut, pour exposer la situation avec quelque ensemble, reprendre les choses de plus haut<

Quand, en l'année 1817, la France reprit pos^ session du Sénégal, elle trouva à Saint-Louis une population libre très-restreinte. Quelques chefs de famille de la race' intermédiaire y étaient en posr session de l'influence et de la richesse. Courtiers ^ntre les peuples de l'intérieur et les négociants européens établis au chef-lieu, en relations continuelles avec les premiers, ils avaient persuadé à ceux-oi que la conduite des choses politiques en rivière ap^ partenait aux traitants ; que le gouveriiieur devait, dans cet ordre d'idées, se déterminer par leurs ins-

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pirations. Ces erreurs étaient si bien enracinées dans l'esprit des chefs riverains, raisonnant par analogie avec ce qui se pratique chez eux, que^jusqu^à cette année, ils adressaient leurs lettres d'affaires au gouverneur et aux chefs du Sénégal.

Tant que la populatioA resta stationnaire dans son développement, que la captivité ^ cette lèpre heureusen)ent disparue, maintint la population noire dans un état de dépendance absolue, les hommes dont nous parlons conservèrent des prérogatives dont ils étaient en possession depuis un temps ijamémorial ; mais lorsqu'à côté de l'esclavage germa un principe de liberté, que l'engagement à temps, institué en 1823, créa dans la colonie une classe d'hommes libres de droit, les esprits prévoyants purent entrevoir que les conditions d'existence des anciens chefs de famille devraient, dans un temps plus ou moins éloigné^ se modifier sensiblement.

D'un autre côté, le Sétiégal, dans, les premières années de notre possession nouvelle, avait, au point de vue sanitaire, une réputation redoutable, qui repoussait les hommes d'entreprise, et, par conséquent, les capitaux ; mais quelques fortunes promptement réalisées, les récits des capitaines de la marine commerciale, dirigèrent bientôt vers le Sénégal les vues du commerce etirôpéen ; et le gouvernement métropolitain, toujours plein de sollicitude pour l'avetiir

de ce pays, entreprit de créer en Sénégambie une colonie à culture pour les denrées iropicales.

Sans doute Tentreprise avorta; mais ni le dévouement de l'homme distingué qui la mit en mouvement, ni celui de ses auxiliaires, ne sauraient être contestés. Si le succès ne vint pas couronner de patriotiques efforts, c'est que le point de départ avait été mal établi, les ressources locales mal définies , et le sol à exploiter imparfaitement expérimenté.

L'erreur vint de la pensée] séduisante que la culture se ferait fructueusement par des mains sénégalaises. Dans son désir ardent de succès, M. le baron Roger, crut que les hommes de Saint-Louis se hâteraient de diriger leur activité vers des travaux çigricoles; mais, pénétré fortement de son idée; il ne tint pas assez compte de ce fait, démontré par l'histoire, à savoir, que les races, les classes trafiquantes, aiment mieux déchoir et périr que de revenir à la terre, cette mère de la vraie richesse.

Pendant que cette œuvre importante . périssait sous le vice de la pensée primitive, la population avait acquis un certain développement. Des négociants nouveaux, trouvant les maisons anciennes poiirvues d'agents, avaient cherché à se créer des intermédiaires ; ils ne tardèrent pas à réussir, c^r les plus intelligents des engagés à temps, après s'être initiés, sous les yeux de leurs engagistes et à leur

insu souvent, aux pratiques de la traite, étaient mûrs pour entrer en concurrence.

Dès lors cette sorte de monopole, sinon légal, au moins effectif, exercé par les anciens traitants, commença à s'altérer. La matière à exploiter, la gomme, était d'une abondance restreinte, et l'industrie humaine se trouvait impuissante à l'augmenter; il fallait donc, le nombre des partageants s' étant accru, que la masse du produit fût divisée en parties moindres.

Or ce fractionnement, s'opérant sous l'influence des efforts individuels, àtnena deux résultats infaillibles : l'amoindrissement des grains, et, par suite, des ressources des anciens traitants, et une exigence extrême de la part des vendeurs de gomme.

La colonie vécut dès lors dans des fluctuations perpétuelles. La dette des habitants vis-à-vis du commerce européen s'augmentait d'année en année. Quelquefois des circonstances accidentelles venaient jeter une lueur d'espoir dans une population qui s'abandonne facilement à l'illusion. Une année où Yharmatlan avait, plus largement que de coutume, ouvert l'écorce des gommiers, où la goinme atteignait en Europe un prix élevé, des sommes importantes restaient au crédit des traitants, et ceuxnci^ croyant à un avenir favorable, reprenaient leurs illusions; mais bientôt les mômes causes, agissant

avec la même puissaDce, replongeaient ta popuja** lion dans un état pire que le précédent.

L'autorité locale, toujours pleine de sollicitude, cherchait vainement, dans toutes les directions^ un remède à des maux trop réels.

Reproduire ici la série des mesures prises pour introduire quelque régularité dans les transactions, pour refréner dans de justes limites une concurrence qui dissipait chaque année, au profit des Maures, le capital colonial, ce serait nous engager dans des détails fastidieux.

Nous nous contenterons de dire quelques mots sur cette question .

L'idée de la liberté du commerce était inconnue de notre population, car celles de privilège, inculquées parles compagnies qui, avant 1789, exploitaient le Sénégal, exerçaient un empire absolu.

Les anciennes familles, ne voulant point tenir compte des faits contemporains, regardaient les nouveaux affranchis cooune des intrus et des usurpateurs; aussi faisaient-elles les efforts les plus suivis pour écarter, par des moy^s détournés, ces travailleurs qui demandaient leur part dans les produits sénégalais. C'est ainsi que la traite de la gomme fut soumise, d'année en année, à des réglementations toujours influencées par des idées de monopole. Quand en France le droit reconnu pour

chacun d'user librement d'une industrie quelconque fécondait les germes de la richesse nationale, on s'attachait au Sénégal à étouffer le plus possible Tactivité et Tinitiative individuelles.

Tantôt on imposait à la guinée, élément principal de nos transactions en rivière, un ycvL minimum y qui déterminait naturellement le taux maximum de la gomme, encore dans les mains des Maures. On savait d'avance que la mesure serait inefficace ; car comment empêcher celui qui avait intérêt à violer cette règle de faire ou de promettre, en dehors de la surveillance de l'autorité, un cadeau au détenteur du produit?..... Mais les traitants et les négociants espéraient chaque fois que la mesure serait observée; on multipliait à cet effet les menaces de rigueur contre les contrevenants; mais le Maure luttait toujours, on le comprend, pour sauvegarder ses intérêts : il ne vendait que dans la proportion de ses besoins les plus restreints, et préférait conserver, en l'enterrant, le surplus de sa gomme. Bientôt l'heure des échéances approchait ; un traitant violait le compromis y et chacun l'imitait. Quand Tautonte était avertie , le mal était irrémédiable. Le résultat, en fin de compte, était ruineux; mais on avait gagné du temps.

L'année suivante, un chef nouveau avait pris le gouvernement : on essayait une liberté illimitée qui,

toute l'activité commerciale étant concentrée sur deux poinrts, sortes de champs de bataille, ne donnait pas de résultats meilleurs... On alla ainsi, de monopole en commerce libre, et de celui-ci en privilége, jusqu'à tenter la création d'une société sans capital réaliséj d'une nature indéterminée, dans laquelle entrèrent tous les traitants. Seule elle devait exploiter le commerce de la gomme dans les basses escales, et répartir entre tous ses membres le produit net de ses opérations. Mais elle n'eut besoin que de vingt-deux navires et d'autant de traitants... La masse de la population restant dès lors à peu près inactive à Saint-Louis, on vit bien qu'il fallait renoncer à ce mode de commerce ; car la population qui vit du louai^e de ses services était par lui condamnée à mourir de faim daps un temps prochain. Aussi cet essai ne dura-t-il que pendant une campagne.

Mais on était toujours à la recherche de quelque combinaison qui, pondérant le mieux possible les intérêts en conflit, assurât aux transactions une régularité fructueuse. On se décida à créer une corporation de traitants privilégiés, dirigée, sous la surveillance de l'autorité, par une chambre syndicale. Le but de l'ordonnance du 15 novembre 1842 était, évidemment, de restreindre le nombre des traitants, et d'arriver, par suite, à amortir cette ar-

deur de concurrence qui compromettait si gravement la situation commerciale de la colonie... Mais ce but fut manqué.

Nous avons fait, jusqu'ici, la part de Timprévoyance et du défaut d'ordre, qui ont amené, en partie, la ruine des traitants; nous manquerions à la vérité si nous ne montrions pas une certaine face de la question^ fort curieuse, à notre avis, qui prouve combien il a été, jusqu'à ce jour, difficile d'équilibrer des intérêts qui se combattent.

Lorsque la traite s'ouvrait, les anciens traitants, tous liés d'affaires à un n^ociant européen, trouvaient dans la maison de celui-ci le crédit nécessaire à l'opération. La campagne finie, ils devaient, selon les conditions du marché, une quantité de gomme ou une somme d'argent.

Ainsi les maisons de commerce anciennes avaient, de leurs marchandises ^ un placement à peu près certain.

Mais les maisons nouvelles, privées d'acheteurs sérieux, couraient risque de voir leur existence impossible.

Dès lors elles créèrent une classe particulière de traitants, qui, au lieu d'acheter à crédit et de trafiquer à ses risques et périls, ne fut plus composée que d'agents, ou salariés, ou simplement intéressés aux bénéfices éventuels.

On comprend, les frais en rivière étant supposés les mêmes, que le traitant de la première catégorie, qu'on peut avec juste raison appeler traitant négociant, devait, en achetant sa cargaison, laisser dans la maison qui Talimentait un bénéfice quelconque; il recevait donc la marchandise grevée de ce bénéfice, et il avait à réaliser en rivière celui qui rémunérait ses travaux.

Mais le traitant de la seconde classe, simple agent, n'avait à se préoccuper que du bénéfice réservé au vendeur. La maison qui l'employait pouvait donc tenir vis-à-vis du Maure les prix à un chiffre toujours inférieur à celui que devait demander le traitant négociant. De cette situation, si nettement tranchée, naissait à l'escale, entre les deux classes, une rivalité qui, en se perpétuant, a ruiné ceiix de la première catégorie.

On le voit, le résultat n'est imputable à personne; chacun usait de son droit, et les effets qne nous déplorons aujourd'hui sont dus à une force universelle.

Quand le mal, né à Saint- Louis, se développait en rivière, pour réagir ensuite sur le chef-lieu, qu'on recherchait le remède et qu'on portait ce reniède à l'escale, on échouait toujours, car on négligeait la cause pour agir sur ses effets. Entraver la liberté d'action à Saint-Louis, nul ne Tosait et

nul ne te pouvait. Comment empêcher un négociant d'agir à son gré?

Après avoir tenté mille épreuves, on acquit la conviction que les remèdes mis successivement en avant n'étaient que des palliatifs; et, devant leur impuissance constatée^ on dut recourir à un moyen simple. et énergique : <î' était de livrer chacun à son activité propre, et de proclamer que le commerce serait libre en rivière.

Mais la liberté du commerce amenait forcément la suppression des escales et des mille coutumes payées aux chefs riverains. Ici nous touchions aux! intérêts des Maures ; ceux-ci trouvaient, dans les tributs qu'ils levaient sur nous, des ressourcée trop précieuses, et surtout trop commodes, pour souscrire de bonne grâce, soit à leur amoindrissement, soit à leur transformation. Il leur plaisait, outre l'émolument,' de percevoir, aux yeux de leurs nationaux, des redevances qui avaient l'air de. constater leur prétendue souveraineté politique. Or, le jour où nous les priverions de ces prérogatives usurpées et de ces revenus arbitrairement agrandis, ils devaient nous susciter des difficultés qui amèneraient' la guerre. Cependant il n'y avait pas à hésiter ; la situation était trop intolérable ; il fallait la briser. . .

La guerre est venue; mais ces terreurs, plus ou moins sincères, que certains affichaient à SainMx>uiSy

se sont bien vile dissipées quand on a vu l'énergie avec laquelle M. Faidherbe^ notre gouverneur, surmontait des obstacles qui auraient fait, sinon pâlir, au moins hésiter d'autres moins déterminés. La fuite honteuse du roi des Trarzas a démontré tout ce que sa puissance avait de chimérique, et bientôt, nous l'espérons, le système nouveau donnera satisfaction à tous les intérêts , permettra à toute force de se produire, à toute intelligence de se faire jour.

Mais que la population prête l'oreille à une voix amie: nos sympathies pour elle, bien connues, nous autorisent à ne pas lui déguiser la vérité et nous commandent de la lui dire : qu'elle le sache bien, le

temps des fortunes rapides est passé Elle devra

désormais marcher lentement dans la conquête de l'aisance et du bien-être.

Que les jeunes hommes, auxquels appartient l'avenir, se pénètrent fortement des idées et des mœurs françaises; qu'ils n'oublient jamais que c'est par la patience, la probité, la régularité et un travail assidu , qu'ils devront obtenir la confiance des détenteurs des capitaux; et, après s'être montrés des agents fidèles, économes et intelligents, ils deviendront, à leur tour, des patrons habiles.

QuMls se préoccupent, avant tout, d'acquérir quelque instruction : c'est une grossière erreur de croire

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qu^il suffit, pour être traitant^ de se transporter en rivière, et là de courir après l'occasion d'échanger de la guinée contre la gomme; que le meilleur traitant est celui qui lutte le mieux, de ruses et de détours, avec les habitants du désert. Il faut que les jeunes hommes abandonnent à tout jamais ces pratiques mauvaises, qu'ils développent leur intelligence et leur sens moral, et qu'ils montrent aux barbares une supériorité dont le germe ne se trouve que dans la civilisation européenne.

Nos conseils s'adressent à tous les traitants, à ceux de la race intermédiaire aussi bien qu'aux noirs ; mais nous reconnaissons que tout est à faire dans l'ordre d'idées que nous signalons. Nous serions injustes, toutefois, si nous rendions la population responsable, d'une manière absolue, de l'état de choses actuel : elle est peu éclairée, sans doute; mais n'a-t-elle pas été un peu trop abandonnée à elle-même ! ! !

Jetons un rapide coup d'œil sur la population noire, et demandons-nous quel est le progrès qu'elle a accompli depuis la reprise de possession. Hélas! c'est douloureux à dii*e, mais la rsice ^oloffe semble avoir rétrogradé.....

A quelle cause rattacher un effet aussi déplorable ? évidemment au mahométisme, qui, en se développant, a ramené les noirs à up état plus barbare...

Quand on voit une population intelligente, susceptible de progrès, se cantonner dans la barbarie, sous rinfluence d'individus qui exploitent largement les préjugés qu'ils ont fait naître ;^ quand ces marabouts, certains d'entre eux du moins, le fléàû des pays africains, prêchant T horreur du christianisme, surexcitent chaque jour la défiance des hommes de leur race, on s'indigne à la vue de ces exploitants qui s'abritent sous la loi française pour diriger contre elle des coups plus assurés.

Depuis 1817, nous avons négligé d'agir sur l'esprit de cette partie de la population ; nous l'avons livrée à elle-même; nous avons cherché à favoriser le mahométisme au lieu de l'amortir; nous avons dédaigné d'exercer cette pression salutaire dont l'action, a la longue, se fait sentir sur les esprits sans les froisser; et aujourd'hui qu'il est urgent d'envisager en face une situation menaçante , nous trouvons que le mal est grand et la médication difficile.

Loin, bien loin de nous la pensée de conseiller les moyens brusques et violents : ils répugnent à nos mœurs, et leur moindre défaut, lorsqu'ils se perpétuent, est d'être presque toujours inefficaces ; mais, à tout le moins, ne faut-il pas entourer de considération ce qu'une bonne politique et l'intérêt bien entendu de la population elle-même commandent d'abaisser graduellement.

Tant que le mahométisme jouira d'une existence officielle, tant que les marabouts seront honorés^^ tant que la mosquée subsistera, il est par trop évident que les progrès du christianisme seront nuls. Si l'autorité, par des procédés habiles, résolunient embrassés et systématiquement suivis, ne résiste pas à Texpansion de Tislamisme, elle ne réalisera sur ce sol aucun progrès moral.

La preuve que l'esprit européen a très-peu pénétré dans la population, c'est que la tangue française, parlée depuis plus de trois cents ans sur cette terre africaine, est presque inconnue des noirs de Saint-Louis ; ils la repoussent, parce que c'est le signe de la pensée d'une race chrétienne.

Toute conquête matérielle ou morale, qui se légitime parle temps ou par des bienfaits, impose sa langue; or, la langue française étant à peu près étrangère aux noirs, nous pouvons hardiment en conclure que l'idée. française est absente.

Il serait puéril d'attacher ce fait déplorable au peu d'aptitude des noirs; la vérité est qu'ils s'approprient les langues avec une facilité merveilleuse : il n'est pas rare d'en rencontrer parlante toutes les

langues du. fleuve; ih sauraient donc la nôtre

Mais, s'ils avaient tous ce moven de communication, ils perdraient bientôt \\x\e multitude de préjugés sur lesquels est basé le prestige des marabouts.

Ceux-ci, qui ne sont pas naïfs, leur inspirent pour notre langue une aversion égale à celle qu'ils ressentent eux-mêmes pour le christianisme.

Les marabouts savent que, pour consolider leur influence, ils doivent agir sur la jeunesse ; aussi n'hésitent-ils pas à accueillir avec empressement, à rechercher avec activité les enfants de Tun et de l'autre sexe. Pas un enfant mahométan ne fréquente aujourd'hui notre école.

Dans ce travail incessant de séparation et de désaffection, les marabouts ont été singulièrement aidés par une circonstance particulière. On sait que les honorables instituteurs chargés de l'école appartiennent à une congrégation religieuse ; leur costume et leur règle peuvent facilement les faire prendre pour des prêtres catholiques. Les marabouts n'ont pas manqué d'affirmer que les Frères de l'institut de Ploërmel ne s'occupaient qu'à convertir les enfants : cette invention leur a servi à faire déserter l'école du gouvernement et à peupler les leurs.

Il y a donc, dans la situation actuelle, un danger qu'il faut conjurer, des préjugés qu'il est urgent de combattre.

Nous le dirons jusqu'à satiété, les périls que le fanatisme léguera à l'avenir devraient former la préoccupation constante et du chef de la colonie et de la direction de l'intérieur.

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L'islamisme nous enserre! il tend à nous étouf*fer! Gomment en serait- il autrement? Saint-Louis est une ville ouverte ; les communications faciles et multiples qu'elle entretient avec la grande terre échappent d'autant mieux à toute surveillance qu'elles sont voilées par la communauté du langage. Or, sans parler des marabouts nés au. Sénégal, qui, tenant au sol par les liens de l'intérêt, gardent, en public du moins, quelque ménagement, les marabouts étrangers pullulent à Saint-Louis; ils s'y établissent^ ety pendant qu'ils s'emparent des enfants et les abrutissent, ils lèvent mille tributs sur la crédulité, l'ignorance et les superstitions des parents : grùgris de toute sorte, à toutes fins, remèdes, divinations, tout leur est bon pour s'enrichir. Lorsqu'ils se sont enrichis de la dépouille de leurs dupes, ces spéculateurs effrontés disparaisseat pour faire place à d'autres.

Le remède le plus efficace, à notre avis, consisterait à expulser en masse tous les marabouts étrangers, et à imposer des règles sévères aux Sénégalais qui prétendraient exercer à l'avenir la profession maraboutale.

Il faudrait ensuite que ceux qui voudraient jouir du titre de marabouts fussent agréés, en cette qua- \\\é, par l'autorité française. Munis de quelque signe apparent, logés dans un quartier déterminé, ces

marabouts officiels présideraient aux funérailles, avec défense expresse de procéder à aucune inhumation sans une autorisation écrite émanée de Tofficier de l'étal civil. Un marabout central, le tamsir^ serait chargé dé la célébration des mariages et de la constatation des divorces; il dresserait acte de ces faits.

Il faudrait en même temps contraindre, aii moyen d'une pénalité sévère, les mahométans à faire dres^ ser par Tofficier de Tétât civil les actes voulus par la loi. Qui pourrait croire que, dans un pays français où le Code Napoléon est promulgué depuis plus de vingt-cinq ans, les musulmans ne font connaître à Tétat civil ni naissances, ni décès? Abus déplorable, qui livre au hasard l'existence de la famille...

Nous savons bien que les marabouts s'opposent de toute leur énergie à ce que ces déclarations soient faites. Dans leur désir de perpétuer, à leur profit, une société séparée et sourdement hostile, ils savent ne rien négliger : ils prennent le noir à sa naissance, le suivent quand il grandit, l'assistent lors de son mariage, ei ne l'abandonnent que lorsqu'ils ont confié à la terre sa dépouille mortelle. Si on veut détruire cette prépondérance déplorable, il faut porter le remède à la racine du mal, et c'est en rendant obligatoires les déclarations de naissances et de décès qu'on habituera les noirs à voir, dans

Tautorité et la loi françaises, une sauvegarde et un refuge. Alors, loin de s'isoler, ils se rapprocheront de nous par les mille liens d'une vie civile aujourd'hui tout entière à créer.

Ils résisteront d'abord avec cette inertie qui est Tapanage de leur race ; mais nous devrons les forcer à accomplir ce devoir, et le succès couronnera nos efforts. Le mahométan, en effet, et surtout le noir, ne respecte que la force : nous la voulons modérée, mais il faut l'employer. Pas de résultats ici sans pression; qu'elle soit douce, c'est notre vœu , mais qu'elle agisse avec continuité; Qu'on ne vienne pas, au Sénégal, parler de tolérance, de liberté des cultes ; ces principes ont peut-être leur valeur en des contrées où la raison humaine, arrivée à un grand développement, respectable parce qu'elle sait se refréner, a le droit, en se renfermant dans le cercle légal, d'invoquer la liberté de la conscience; mais n'oublions pas qu'ici nous sommes en présence de races livrées à des instincts grossiers, alimentés par une religion abrutissante. Si on' réfléchit, d'ailleurs, que toutes les sociétés primitives ont passé par ce régime de force, on nous accordera la légitimité d'un emploi modéré d'une force intelligente.

Pendant que l'influence maraboutale sera ainsi abaissée^ il serait bon d'ouvrir à la pensée française des foyers d'action. Dans ce but, il convien-

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drait d'établir dans chaque quartier une école dont la fréquentation serait rendue obligatoire, sans acception de religion, aux enfants de la circonscription. Pour éloigner toute défiance, la direction en serait confiée à des instituteurs laïques, sonnais à une forte surveillance. Là les élèves, pris très-jeunes, seraient initiés à l'élude et à la pratique de la langue française; tous les soins du maître devraient, dans le principe, se concentrer sur ce point capital : contraindre les enfarits à parler français.

Le marabout du quartier remplirait un rôle dans le jeu de l'institution : pendant que Je maître français marcherait vers le but qu'il faut atteindre à tout prix, le marabout enseignerait aux enfants à lire l'arabe, langue officielle du fleuve. Sa présence, au moins pendant la période de transition, serait une garantie pour les parents mahométans.

Nous croyons qu'il serait facile de réaliser ces simples vues ; leur mise en pratique ne tarderait pas à faire passer en nos mains la direction des esprits, résultat précieux qui ne serait pas acheté trop cher par quelques sacrifices d'argent.

Il est encore un point que nous ne devons pas négliger : les noirs sénégalais n'ont jamais adopté les vêtenaents français; à mesure que l'influence maraboutale grandit chez le noir, on le voit revenir au costume de la grande terre. Il faudrait donc l'a-

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mener à quitter ce costume. Ceci pouira faire sourire quelque esprit superficiel; mais tout homme qui a réfléchi à Tinfluence des signes extérieurs sur les masses partagera notre avis, nous le croyons.

Que tout agent salarié par l'État soit contraint à abandonner ses vêtements africains; que. sous x;e costume personne ne soit admis devant Kautorité judiciaire ou administrative , et nous sommes convaincu qu'on ne tardera pas à ressentir d'heureux effets d'une mesure dont les anglais n'ont pas dédaigné l'adoption.

Il existe, toujours dans le même ordre d'idées, un abus que nous ne saurions nous empêcher de signaler : les marabouts se sont emparés depuis longtemps de la liquidation des successions mahométanes. Il serait impossible, sans doute, de procéder au partage de ces héritages conformément aux règles du Code Napoléon ; les héritiers du sexe féminin n'ont pas, d'après le Koran, une part égale à celle des mâles; la légitimité des enfants, en présence de la pluralité des femmes, donnerait lieu à de graves difficultés ; les marabouts le savent, et, constitués en arbitres forcés, ils procèdent aux liquidations après avoir prélevé pour leurs soins le dixième de la masse brute.

Les partages, nous le reconnaissons, doivent être faits conformément à la ici musulmane ; mais pour-

quoi n'y serait-il pas procédé par un officier public français, qui prendrait pour bases les règles du Koràn ?

Les noirs, quand il s'agit de leurs tutelles et de leurs affaires civiles et commerciales, viennent avec joie auprès du magistrat français; ils sentent et di*

sent qu'ils trouvent là une justice meilleure Ils

auraient recours à lui pour les partages; mais le marabout s'y oppose, car il tient à son dixième.

On comprend, d'après ce qui précède, qu'il ne saurait plus être question d*ériger à Saint-Louis un tribunal musulman. Nous avons été un moment partisan de cette institution, parce que nous avions l'espoir que, touchés de ce bienfait, les musulmans sauraient le reconnaître par leur dévouement à la France; mais lorsque nous avons vu, en 1848 et 1849, les marabouts demander la plénitude de juriridiclion sur leurs coreligionnaires, affichant ainsi, à une époque où bien d'autres prétentions désorganisatrices se sont produites, leur désir, resté secret jusqu'alors, de constituer une société séparée, nous avons reculé devant le danger politique et moral de la mesure. Ce qui s'est passé depuis, ce qui se produit tous les jours, nous a prouvé et nous démontre que nous sommes dans le vrai.

En effet, et nous finirons par ceci, n'est-il pas certain que les noirs, loin de se croire rigoureuse-

ment tenus de servir la France, se permettent de se réunir et de discuter leur concours? N'est-il pas certain qu'ils se posent devant Tautorité locale comme une race indépendante? N*est-il pas vrai que nos meilleurs auxiliaires ne sont pas les hommes de la race woloffe^ mais des Bambaras et des Surracolets récemment établis à Saint-Louis? N'est-il pas certain qu'ils appellent leur tamsir, le gouverneur des noirs, bouroum Woloff? On voit donc qu'il est temps, grand temps, de les persuader fortement qu'ils ne sont pas- ici les alliés de la France^ mais ses sujets, et dès sujets tenus à une obéissance sans restriction.

A Tenir.

Si, par la pensée, nous embrassons les pays sénégambiens sur lesquels la France doit exercer son action ; si, pressentant l'avenir, nous voulons nous élever à quelque hauteur pour contempler Tensemble des races destinées à vivre sous notre influence ; si nous pouvons démêler les intérêts divers en contact avec les nôtres, notre œuvre ne manquera pas de quelque utilité en fournissant aux futurs administrateurs de celte colonie des indices d'une certaine valeur.

La domination de la France, nominale, il est vrai, jusqu'à ce jour, s'étend de l'embouchure du Sénégal

à la cataracte du Félou, sur un parcours de près de trois cents lieues ; le fleuve et la Falémé , son affluent, sur les bords de laquelle s'élève notre fort de Sennoudébou, nous mettent, à gauche, en contact direct avec le C^yor, le Walo, le Fouta, le Guidiaga, le Kassô, le Bondou et le Bambouk; à droite, avec

a ménager te plus étroit passage à travers les bancs du fleuve ; des tributs onéreux, déguisés sous un nom quelconque, payés aux différents chefs riverains; le commerce embarrassé par mille entraves, intimidé par mille avanies, écrasé, obligé de solliciter Tachât de denrées que les détenteurs ont un intérêt au moins égal au nôtre à nous vendre; la stagnation dans les comptoirs, la misère et presque le désespoir assis au foyer de l'habitant : tel est, bien faible encore et tout raccourci,; le tableau de notre situation actuelle.

Nous voudrions, nous, et nous croyons nos vœux susceptibles de réalisation, que Saint- Louis, devenu le centre d'un commerce important, fit sentir aux divers peuples qui gravitent autour de lui une influence décisive, salutaire à eux-mêmes et profitable à notre industrie; nous; voudrions que Tidée française, symbole à nos yeiix de ce qu'il y a de grand et de noble dans la civilisation» pénétrât peu à peu dans ce pays, sur lequel s'appesantit une barbarie jusqu'à ce jour invincible, s'ioflUrât dans les nioeurs de ces races che^z lesquelles Vacille depuis si longtemps la lumière morale, et qu'en fin de œmple la religion chrétienne, cette mère du progrès, pût^ triomphante, former la base.et j^'a^sseoir au sommet d*un édifice dont la création ajouterait à notre gloire nationale.

Loin de nous la pensée qu'il faut conquérir les armes à la main la partie de la Sénégambie que baigne le Sénégal : la conquête matérielle est inutile, mais la force et l'action morales doivent passer aux mains des plus habiles et des plus éclairés; il faut, enfin, qu'initiateurs des peuples qui nous environnent à des destinées meilleures, nous les protégions contre leurs oppresseurs et contre leurs propres tendances.

Le Cayor touche à Saint-Louis ; serait-il donc si difficile de l'entraîner définitivement dans notre sphère d'action?

Nous dominons le Cayor par trois points : Gorée, Mérinaghème, Gandiol. Quoique Gorée soit aujourd'hui détaché de Saint-Louis et que cette séparation puisse entraîner quelque hésitation dans nos combinaisons politiques, il nous semble évident que nous pouvons peser efficacement sur le Cayor.

En principe, les hommes de ce pays exècrent les Maures, dont ils connaissent, par une cruelle expérience, les tendances envahissantes et dévastatrices. Si les chefs ont souvent plié devant le roi des Tmrzas^ le peuple demande à être débarrassé à tout jamais de ses avanies; il est laborieiix,; très-porté à améliorer, par le travail, ses conditions d'existence; il comprend qu'il ne trouvera son bien-être que dans des relations suivies avec nous, et il est disposé à

les rendre fructueuses en multipliant les cultures.

370 Di: LA SÉNÉGAMBIE

Si on faisait dans ce pays une propagande infatigable de ridée française ; si ses habitants, en raison des améliorations dont ils profiteraient , pouvaient apprécier sérieusement les bienfaits de notre intervention ; s'ils voyaient l'autorilé française, cherchant à introduire dans leur pays une police meilleure, le délivrer des incursions» des Trarzas et des avanies des Kiédos, nul doute qu'ils nous secondassent ; dans tous les cas, ils verseraient sur notre marché, ils le font déjà, une quantité très-considérable de produits utiles.

Si les chefs féodaux du Gayor , qui s'engraissent du sang du peuple, voulaient nous résister, nous viendrions à bout de ces obstacles. En ménageant les Diambours^ en réveillant les restes de la famille Maïor^ en poussant, par les trois points indiqués plus haut, une force quelconque vers le centre, secondés par les sympathies de la masse , nous saurions les réduire bientôt à une complète impuis-> sance.

Le Walo nous appartient; il suffit d'en chasser Mohamet-el-Abid^ Elj-, son fil^, et leurs misérables bandes. La chose est faite, grâce à l'énergie du gouverneur et de nos braves soldats; le courage et I espoir se réveillent chez les Sébébaors; ils veulent, et ils voudront bien mieux l'année prochaine, échapper à la domination des Trarzas^ et se reconstituer

en Etat indépendant; ils sollicitent, ils acceptent avec joie la domination de la France. Là, les Maures et la. branche Tedgiègue expulsés, point d'obstacles sérieux: le fanatisme mahométan, dont il faut tenir compte plus loin , n'existe pas au Walo ; pays de plaines, couvert de pâturages, notre intervention et notre surveillance y seront faciles; mais il jfaut repeupler ces contrées désolées.

Celui qui connaît cette partie de T Afrique, et tout ce qu'a d'intolérable le joug féodal qui pèse sur ses habitants, sait comme nous avec quelle avidité les opprimés des pays voisins rechercheront la permis* sion de s'établir dans le Walo. En voyant la condition des noirs sénégalais, leurs prérogatives et cette force de la loi française qui met à l'abri de toute injustice, de toute avanie, leurs personnes et leurs propriétés, ils comprennent parfaitement qu'un sort pareil leur serait réservé, et ils aspirent à jouir d'un état social dont ils reconnaîtraient les bienfaits par un travail assidu et une soumission dévouée.

Que le Walo devienne donc un lieu d'asile, et, sous peu d'années, nous le verrons, cultivé par des mains actives, devenir le grenier de Saint-Louis et le centre d'une vaste activité commerciale.

A un autre point de vue, d'ailleurs, le Walo peut

offrir à la métropole une utilité qui a son in^por-

tance.

37â DK LA SÉNÉGAMBIE

Les colonies de Touest sont privées de bras; là se trouvent des Français distingués d'esprit et de cœur; elles sont frappées d'une stérilité relative, parce que les anciens travailleurs, livrés à euxmêmes trop brusquement peut-être , ont été mis en possession d'un droit de libre arbitre qui, pour eux, se traduit en la faculté de ne rien faire, ou à peu près. La mère patrie a déjà jeté sur ces pays qui méritent sa bienveillance un regard secourable; elle cherche à y introduire des travailleurs.

Nous allons toucher à une question délicate.... mais nous reculerons d'autant moins devant l'expression de notre pensée que nous l'avons émise dès l'année 1841, à une époque où, comme bien d'autres, nous sentions venir l'émancipation. Notre faible voix se perdit alors dans le mouvement des choses; mais, puisque l'occasion nous est donnée de reproduire nos idées , nous le ferons avec francliiçe.

Avant tout, qu'on le sache bien, nous sommes^ autant que quiconque, nous avons été avant bien d'autres les adversaires convaincus et déclarés de l'esclavage; les annales judiciaires du Sénégal en feraient foi si notre affirmation ne suffisait pas; mais nos principes sur cette question ne nous ont jamais fait perdre de vue les intérêts sérieux des établissements français d'outre-mer. Puisque ces établissements sont nécessaires à la prospérité de

notre patrie, encore faut-il, pour les conserver, leur donner les moyens de soutenir leur existence.

Ceci posé , nous pensons que le problème du travail, pour les colonies de l'ouest, ne peut trouver sa solution que dans l'engagement à temps des noirs du bas de la côte.

Pourquoi, lorsque, débarrassée des préoccupations d'une guerre éminemment nationale, la France tournera sur elle-même sa merveilleuse activité, n'organiserait-elle pas, dans de vastes proportions, l'émigration des noirs que nous venons de désigner?

Nous voyons de suite l'objection grave qui va se dresser contre ce système. Vous voulez, dira-t-on, arracher les noirs à leurs foyers, exciter, par l'espoir renaissant d'en tirer profil, l'ardeur de ceux qui s'emparent de leurs personnes, et organiser une traite nouvelle? Sans doute l'objection a de la valeur ; mais, pour nous servir d'un mot vrai, quoique vulgaire, entre plusieurs maux, ne faut-il pas choisir le moindre?

Peut-on nier que la race noire, frappée d'une mystérieuse malédiction, ne soit, depuis le commencement du monde, livrée à tous les abaissements, à toutes les oppressions? Sous l'impulsion de deux nations généreuses, cette malheureuse race commence à entrevoir des jours meilleurs, à prendre

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