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DE LA SÉNÉ6AHBIE

car le producteur dégoûté abandonne un travail qui serait largement rémunérateur et pour lui et pour nous, si nous voulions, et il faudra le vouloir, améliorer notre système de batelage.

Aujourd'hui que les escales n'existent plus, que le fleuve, livré bientôt toute Tannée à l'activité libre de nos commerçants, sera accessible à tous, il faut prévoir que de Gandiol à Médine , et même au delà du Félou, des comptoirs vont s'établir et mettront nos produits manufacturés à la portée du consommateur. Celui-ci aura intérêt à livrer le plus tôt possible, au traitant français le plus voisin, les produits du sol, et à retirer ainsi de son travail la rémunération qu'il a droit d'en attendre ; mais ce mouvement d'affaires ne pourra se maintenir et se consolider qu'autant que les denrées, enlevées promptement, iront a Saint-Louis , et de là en Europe, fournir aliment au mouvement rotatoire entre la métropole et la colonie. Dès lors l'attention se trouve naturellement amenée à étudier quelque système de batelage qui réunisse tout à la fois la rapidité dans les transports et l'économie.

Pourquoi le commerce ne ferait-il pas construire de grands bateaux plats semblables à ceux employés sur nos rivières en France?

Le gouvernement, dans le principe, et pendant un temps assez long ensuite, devrait fournir à la co-

lonie deux remorqueurs ^ dont la double fonction consisterait à conduire ces bateaux plats de Saint- Louis À Médine, et à introduire dans le fleuve les navires venus d'Europe.

Ces remorqueurs, d'un fort échantillon, ne calant que deux mètres, munis d'une machine de cent vingt chevaux, commandés par un capitaine au long cours bien payé, armés d'une artillerie suffisante, feraient la police du fleuve, supprimeraient en quelque sorte la distance entre Saint-Louis et Bakel , et mettraient fin aux entraves comme aux dangers de notre barre.

Les bateaux plats ou chalands, hàtis sur un modèle dressé par l'administration, d'une capacité de trois cents tonneaux au plus, seraient remorqués, moyennant une rétribution aussi légère que possible, au point désigné par leurs propriétaires. Rien n'empêcherait que telle maison , dont les affaires seraient très-considérables, ne mit dans son chaland, remorqué à vide la plupart du temps, les pièces d'un ou de deux chalands démontés et d'une reconstitution facile. Une fois arrivé au lieu désigné , le chaland , muni d'un faible équipage, s' abandonnant au courant, s'arrêterait devant les divers comptoirs de la rive gauche et les débarrasserait des produits emmagasinés. Ce chaland, faisant ainsi la cueillette, parviendrait à Saint-Louis.

Ce système de batelage pourrait être pratiqué en toute saison pour le bas du fleuve ; mais Bakel n'est accessible que de juillet à décembre; il faudrait donc, pour débarrasser les comptoirs du haut pays, un mode de navigation plus active encore.

PoDORy aujourd'hui construit, ne sera véritablement d'une utilité considérable, commercialement parlant, qu'en servant d'entrepôt entre Saint-Louis et Bakel. Les chalands qui en partiraient, entraînés jusqu'à Médine, viendraient y déposer leur chargement; c'est là que seraient conduits les navires venus d'Europe, et introduits dans le fleuve par les remorqueurs; c'est de ce point qu'ayant reçu leur chargement ils reviendraient à Saint-Louis^ économisant ainsi un temps précieux. Ce procédé bien simple permettrait à un chaland de réaliser au moins six voyages à Galam, et d'enlever une masse énorme de produits. Il est inutile de faire remarquer qu'il diminuerait les frais actuels de plus des deux tiers; on pourrait demander dès lors à la terre du haut pays tout ce qu'elle peut produire.

Ceci est prochainement réalisable, si nous en

croyons nos convictions; supposons-le accompU. Est-il hors de propos de jeter un coup d'oeil sur l'aspect que prendrait alors notre colonie , si triste en ce moment et de son présent désœuvré, et de son avenir menaçant?

- Nous avons dit qu'il pourrait sortir du Sénégal , dans quelques années, cent mille tonneaux d'arachides. Pour qui connaît le pays, ce chiffre n'a rien d'exagéré. Ces masses de produits demanderaient la présence annuelle à Saint-Louis de trois cent cinquante navires de trois cents tonneaux l'un (la barre ne comporte que des bâtiments d'un faible tirant d'eau). La gomme , dans cet ordre d'idées, ne serait certainement pas négligée ; mais on comprend qu'au lieu d'être la seule ressource du commerce local, elle ne deviendrait plus qu'un produit accessoire, qui n'absorberait pas uniquement le temps, les ressources et les espérances de toute une population. Le Maure, très-arrogant aujourd'hui, sachant que nous pouvons alimenter par ailleurs nos spéculations, deviendrait souple et facile ; les mille relations que fait naître le commerce et qu'il entretient initieraient les populations riveraines à nos principes et à nos mœurs. Quand elles se seraient convaincues que nous «e voulons que leur bonheur , que nous rémunérons convenablement leurs travaux, qu'un «sprit de droiture et de justice nous anime et nous dirige, elles briseraient elles-mêmes les barrières que l'isolement, le fanatisme et les mille préjugés qu'il engendre ont élevées entre elles et nous , et bientôt nous exercerions sur la rive gauche une influence

salutaire qui nous rendrait les pacifiques domina*

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leurs de cette vaste partie du continent africain « Si nous détournons un moment nos regards du fleuve, et du merveilleux spectacle offert par une activité commerciale sans intermittence, pour les diriger sur le chef-lieu de nos établissements, quel immense mouvement ne voyons-nous pas se développer à Saint^Louis 1 ! !

Charger et décharger ces mille barques qui remonteraieùt ou descendraient Incessamment notre magnifique fleuve, ces navires d'Europe, sources de riçhfiss€N9 et de fécondité; un travail abondant et lucratif pour les ouvriers de tous les états ; nos laptots ne connaissant plus le chômage ; les traitants' toujours employés; les maisons ne restant jamais sans location; la ville agrandie, bordée de quais, débarrassée de tous miasmes et de ces ignobles cases en paille, signe certain de la misère publique ; les environs assainis; cette jeunesse, qui sent eu elle

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de la sève et l'amour d'un travail régulier, recherchée pour les mille comptoirs qui borderont le fleuve, y trouvant la récompense légitime de la probité, du zèle et de l'activité; une population heureuse, bénissant le nom français, et sentant s^élever en elle le niveau de son intelligence et de sa moralité : n'est-ce pas là un but glorieux à rechercher et. à atteindre? Le gouvernement de V Empereur ^ qui peut obteiÛF à peu de frais, selon ik)u&, la régénération

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de ce pays y cherchera à la réaliser, même au prix de sacrifices sérieux; il n'hésite pas d'ailleurs: nous en avons tous les jours la preuve. Aujourd'hui, en effet, les grandes pensées, les hautes inspirations sont à l'ordre du jour; l'autorité, que rien n'«ntrave plus dans sa marche, veut partout le; progrès rraà et l'amélioration des conditions sociales; aussi sûÊûh mes-nous très-fermement convaincu que le Sénégal touche à ce moment, appelé par nos vœux les plus ardents, ou ses destinées transformées vcmt le lancer dans une voie qui lui fera rencontrer l'oubli de ses longues souffrances et le bonheur.

La métropole devra , comme une mère dévouée , venir, dans les premiers temps, en aide à sa fiUe africaine; mais ses sacrifices ne seront pas stériles : en faisant de ce pays une grande et belle colonie, où la culture, pratiquée par la main des peuplades riveraines, ne d^nandera qu'un peu de protection^ elle affranchit tout d'abord son industrie, son com* merce et sa marine des tribute que nous payons en €e moment à l'étranger. L'arachide, achetée aujonr* d'hui avec du numéraire dans les différents pays de la côte occidentale d'Afrique, ne viendra désar-mais en nos mains qu'en échange des produits de notre industrie nationale ; pour sortir du Sénégal , elle ne devra employer que des navires français- Nôtre navigation retirera dès lors un avantage iio<*

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