CHAPITRE I
$ 1. — Modifications par les sections cornéennes.
Il semble, d’après les recherches de Ranvier sur la régénération du tissu cornéen et en particulier des nerfs de la cornée, que ce travail de réparation se fasse avec une rapidité surprenante. Cet auteur a pratiqué diverses sections cornéennes comprenant toute l’épaisseur ou une partie seulement de l'épaisseur de la cornée. Il a suivi la régénération jusqu'au troisième jour seulement. H examina la sensibilité des lèvres de la plaie; pour lui, elle est absolument nulle dans le secteur cornéen partant de la lèvre centrale de la plaie si l’incision porte sur la totalité de l'épaisseur, et incomplète si l’incision n’en a intéressé que les deux tiers. Son étude à porté principalement sur la régénérescence des nerfs au niveau de la cicatrice là où ils reviennent avec cette prodigieuse rapidité; plus bas, la régénérescence doit se faire suivant les lois qui la régissent pour toutes les fibrilles nerveuses.
Vingt-quatre heures après la section, il constate que
de la lèvre marginale les cellules épithéliales s’éboulent suivant le mécanisme de réparation de l’épithélium cornéen, mais entraînent avec elles les arborisations nerveuses ; ce même phénomène se produit de la lèvre centrale, mais, tandis que les fibrilles marginales bourgeonnent et poussent déjà, les fibrilles centrales, séparées de leur centre trophique, sont en quelque sorte mangées par les cellules. |
Quarante-huit heures après, ces mêmes phénomènes s’accentuent, mais de la profondeur du plexus fondamental poussent des bourgeons qui pénètrent au sein de la masse fondamentale et s’y arborisent, s’efforçant de regagner l’épithélium cornéen.
Par conséquent, les nerfs qui occupent l’épithélium de la plaie proviennent du glissement des fibres nerveuses épithéliales et sous-épithéliales et du bourgeonnement des fibres du plexus fondamental.
Trois jours après, la végétation s'accroît encore davantage seulement pour les fibres en rapport avec leurs centres trophiques.
Les recherches de la sensibilité cornéenne que nous avons faites chez les opérés de cataractes ont été fort curieuses en ce sens qu’elles furent tout à fait conformes aux travaux de Ranvier et que nous avons pu suivre par le retour de la fonction sensitive le retour anatomique des fibres nerveuses.
Ce retour se fait très vite au niveau de la cicatrice (15 à 20 jours). Mais par contre il est très long dans tout le lambeau cornéen. Nous avons pu suivre des malades de notre service pas à pas, pratiquant un examen tous les