‹ De la sensibilité cornéenneChapitre 8 sur 29 · SENSIBILITÉ DOULOUREUSE · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ DOULOUREUSE

Il se servait de cheveux ou de poils; il les classait suivant leur force de flexion, employant de préférence des poils ayant à peu près la même section mais de longueur différente. Pour mesurer leur force de résistance, il les attachait à l’aide d'un fragment de cire au bout d'une petite baguette, à l’aide de laquelle il les tenait bien perpendiculairement contre le plateau d’une petite balance de précision et voyait quel poidsil fallait ajouter dans l’autre plateau pour les faire plier. Ce procédé était très long et très délicat, peu applicable dans la clinique courante, mais très précis pour des expériences de physiologie, à condition de faire de nouvelles pesées presqu'à chaque fois qu’on s'était servi d’un poil préparé, la résistance du poil pouvant varier considérablement suivant l'humidité ambiante.

Bien plus précis, s’il eût été pratique pour l'examen oculaire, l'appareil imaginé par Vaschide ét Toulouse, et qu'ils décrivent dans leur T'échnique de psychologie expérimentale. I est basé sur la mesure de la sensibilité par des corps pointus et rigides n’exerçant d’autre pression que leur propre poids. Ce sont de petites a1guilles à tête d'aluminium; elles traversent une plaque métallique relevée aux deux bouts de façon à ce qu'on puisse la saisir commodément. En baissant la plaque doucement sans force initiale, la pointe de laiguille qui la traverse vient se poser sur la surface à explorer, et, n’étant pas fixée à son support, n'exerce qu’une pression égale à son poids. Il aurait été difficile de se servir de cet instrument pour lexamen de la cornée : d’une part en raison de la difficulté à toucher bien perpendiculai- .

rement la cornée, d'autre part en raison de la multiplicité d'examens nécessaires pour trouver celle qui convient à indiquer la limite de perception. La même eritique peut d'ailleurs s’apphquer à l'appareil de Frey. Or il est important de rechercher le plus rapidement possible le point minimum de perception, car, ainsi que nous l'ont prouvé les expériences que nous avons faites, l'œil pleure et s'injecte ; or, un œil qui pleure et qui s’in-

Jecle a uné moindre sensibilité qu'un œil normal.

S2. — Sensibilité tactile.

Frey refusait à la cornée toute autre sensibilité que la sensibilité douloureuse. Willibald êt Nagel s'efforcew, dans un traité important, de réfuter cette manière de voir. « Puisque ces résultats, dit Nagel, portent pour moi le cachet de l’invraisemblance, j'ai entrepris des expériences nombreuses et je conteste que les nerfs ne soient capables de transmettre autre chose que des sensations douloureuses. Il est certain que le toucher est perçu par la cornée sans sentiment de douleur, et qu'on peut provoquer une sensation de froid très poignante. Frey s'est laissé séduire manifestement par une méthode très belle, mais il a négligé de la comparer à d’autres méthodes. Ün poil appuyé sur la cornée produit le même effet qu’une aiguille sur la peau qui ne donne que de la douleur; il ne peut fonctionner que comme appareil piquant et non pressant. Comment alors avec la sensibilité si exquise de la cornée ne ressent-elle aucune dou-

leur lors du clignotement des paupières? Ce n’est pas seulement à cause de la faiblesse de contact de la paupière, exactement moulée sur l'œil, car on peut augmenter cette pression sans douleur.

«La nature de l’objet explorateur esttout dans la sensation de toucher ou de douleur: Pour ne pas produire cette derniére, il faut se servir d'un objet lisse et humide, et cette humidité doit provenir d’un liquide isotonique : la solution de chlorure de sodium physiologique. La température doit être la même que celle de l'œil.

« Aussi le meilleur objet est un pinceau mou trempé dans celte solution.

« En expérimentant sur soi-même, on sent nettement des sensations de toucher et non de douleur. Ce qu’on ne peut s'expliquer, c'est qu'après un contact un peu prolongé la sensation de toucher se transforme en sensation de douleur: soit qu’on produise le contact avec un poil sans toucher la cornée par sa section, et qu’on l'y laisse quelque temps, soit qu’on se serve de la même manière d’un pinceau. »

Il arrive à former des conclusions très nettes :

« Il est inexact que, comme Frey le prétend, la cornée ne soit capable de donner que des sensalions douloureuses ; l'erreur s'explique par l’emploi de cheveux d'irritation qui produisent un effet piquant. En évitant cet effet, on obtient de pures sensations de toucher. Il est également facile, à condition qu’on emploie des méthodes propres à ce but, de produire des effets Lactiles sur la cornée. Le toucher punctiforme de peu de durée avec un cheveu est également sans douleur. »

Il nous est difficile d’affirmerla présence ou l’absence du sens tactile sur la cornée. On doit se rappeler qu'au point de vue de l’exam'en clinique de la sensibilité, les sensations de toucher sont bien peu de chose auprès des sensations douloureuses. En examinant nos malades, ils ont tous accusé une sensation qui évidemment n’est pas douloureuse à l'extrême, mais toujours désagréable. Il nous semble que la cornée n’a pas besoin, pour ressentir une douleur, réelle d’un contact punctiforme ; on sait combien fait quelquefois souffrir immédiatement un cil reposant à plat entre la cornée et la paupière, il ne produit pas cependant de piqüre.

D'ailleurs Nagel est le seul auteur admettant pour la cornée la sensibilité tactile, Ranvier ne l'avait trouvée: que vers la périphérie, les autres la dénièrent en quelque endroit que ce fàt.

La localisation est fort mauvaise. La cornée à toujours tendance à rapporter au centre toutes les sensahons qu'elle éprouve. Un compas de Weber spécial fait avec deux poils fins et placé sur la cornée ne fait percevoir de sensations distinctes qu'avec un écartément de plus d'un demi-centimètre.

$ 3. — Sensibilité thermique.

La cornée peut-elle sentir le froid et le chaud? Non, d'après Frey, seulement à la périphérie pour Kruckmann. Nagel reprend la eritique de la manière d'expérimenter de ces auteurs. « Lorsque Frey conteste l'exis-

Page 1