C. — LOIS RELATIVES A L'INSTRUCTION PRIMAIRE
Le développement de l'instruction dans les classes ouvrières doit être considéré comme le plus grand progrès qu'elles puissent faire, car il ouvre la voie à tous les autres, et, sans l'instruction, le bien-être matériel n'est souvent pour leurs membres qu'un dangereux présent. Je pourrais donc, sans sortir de mon sujet, exposer en détail ce qui s'est fait en Angleterre pour répandre Tinstruction primaire et ce qui reste encore à y faire. Mais cette étude me retiendrait trop longtemps. 11 est d'ailleurs permis à un Français, qui
n'a Cil que trop d'occasions de voir à quel point l'instruction universelle contribue à la puissance de l'Allemagne et des États-Unis, d'espérer que TAssemblée nationale ne se laissera pas devancer par l'Angleterre et dotera notre pays des institutions propres à lui assurer à cet égard le rang qu'il devrait occuper dans le inonde civilisé.
Ce n'est pas ici la place de discuter la question de l'instruction gratuite et obligatoire. Mais le peu que j'aurai tout à l'heure l'occasion de dire prouvera, je crois, que, dans un pays qui n'a ni le suffrage universel, ni le service militaire obligatoire, où les réformes ne s'opèrent pas d'un seul coup et d'une manière générale, le système de l'instruction obligatoire est cependant en voie de s'introduire. Il pénètre peu à peu dans les mœurs, grâce aux prescriptions sévères des Factorles Acts, dont je parlerai plus loin. La nouvelle loi, dont je vais donner un aperçu, en prépare l'application en multipliant les écoles ; et, un beau jour, lorsque nous n'aurons peut-être pas encore adopté ce principe salutaire, l'Angleterre, sentant qu'elle est en état de l'appliquer, le proclamera et le pratiquera sincèrement et complètement.
J'ai déjà fait connaître les institutions qui ont pour but de répandre l'instruction élémentaire des arts et des sciences dans les classes ouvrières.
Quant aux lois qui rendent, dans certains cas, l'instruclion obligatoire pour les enfants, j'aurai à en parler à propos de la législation protectrice de l'enfance, à laquelle elles sont subordonnées.
INSTRUCTION PP.IMAIRK. 213
L'intervention de l'État dans l'éducation publique est une nouveauté en Angleterre, où le soin d'instruire les jeunes générations avait été, pendant des siècles, exclusivement conlié aux ministres de la religion ol'flcielle. Elle est plus ancienne en Irlande, où les autorités anglaises ont cherché en vain dans celte intervention un moyen de soustraire les anciens habitants du sol à l'iniluence du clergé national. Mais la vieille querelle nationale, qui donne à tout ce qui se fait en Irlande un caractère particulier, et qui complique les questions les plus simples, rendrait inutile, pour le but que je me propose, l'examen du système de l'éducation en Irlande. Je me bornerai à dire ici que les écoles mixtes ou nationales, qui donnent une instruction générale toute laïque, en confiant à certains moments les élèves aux ministres des religions diverses auxquelles ils appartiennent, ont eu un grand succès et promettent d'heureux résultats.
En Angleterre, l'intervention de l'État se révèle pour la première fois le 11 août 1840 par le vote de 750,000 fr. pour l'éducation publique. Cette intervention est réglée par la loi du 19 juillet iSkk, qui confirme et étend les pouvoirs du comité du conseil privé sur l'instruction publique, établit le principe que les sommes votées par le Parlement seront réparties à titre de subventions entre les écoles qui auront pour cela rempli certaines conditions, et institue enfin des inspecteurs chargés d'examiner les élèves, de visiter les écoles et de présider à cette répartition.
Jusqu'en 1870, le rôle du gouvernement s'est borné
'214 INTERVENTION LÉGJSLATINK.
à encourager ainsi les écoles fondées, soit par des particuliers, soit par les différentes communautés religieuses et principalement par l'Église anglicane, soit encore par les conseils municipaux, ou par des sociétés diverses. Avant de passer à la loi de 1870, la seule qui mérite ici notre attention, je donnerai quelques chiffres sur la statistique de l'instruction primaire en 1867.
Grande-Bretagne (Angleterre, Pays de Galles, Ecosse).
Les écoles qui ont reçu des subventions sont au nombre de 1o,881
Celles qui, sans en recevoir, ont été visitées par les inspecteurs 710
Les élèves inscrits dans les écoles subventionnées ont été au nombre de . . . . 1,352,372 (Il y avait place pour 1,782,102, à 8 pieds carrés de superficie pour chacun.)
Les élèves inscrits dans les écoles visitées. 38,728 (Il y avait place pour 55,576.)
Les recettes des écoles subventionnées ont été :
Dotations 1,M8,700 fr.
Contributions volontaires . . . 10,073,700
Contributions des élèves 11,792,800
Subventions de l'État 11,378,225
Autres ressources. 1,730,575
Total des recettes 36,39Zj,000