‹ De la situation des ouvriers en Angleterre mémoire présenté à la Commission d'enquête sur les conditions du travailChapitre 21 sur 66 · VALEUR DES SALAIRES POUR LES PATRONS · texte numérisé non relu

VALEUR DES SALAIRES POUR LES PATRONS

bons, les matières premières y sou l à meilleur marché que partout ailleurs; 2"" les macliioes elles-méiues, ainsi que le charbon qu'elles consomment, étant aussi à meilleur marché, il en est de même du travail qu*eiles produisent; S*» la location du capital est également à meilleur marché que partout ailleurs. De là vient que TAngleterre peut à la fois combattre tous ses rivaux sur leur propre terrain au point de vue du bon marché, et doDuer eu même temps à la main-d'œuvre une part beaucoup plus large qu'ailleurs dans le prix de Tentreprise. Les ouvriers anglais sont redevables de r(M(''\ation de leurs salaires, nun-seulement à la prospérilé commerciale de leur pays, à sa richesse minérale, et à la puissance de son crédit, mais aussi à ces machines qui, travaillant à meilleur marché que ne le peut, h l'étranger, la main de Thomme, les protègent contre une concurrence à laquelle, saus cela, rindustrie de la Grande-Bretagne, avec ses hauts salaires, ne pourrait résister. La meilleure preuve que ces hauts salaires n'ont pas, dans de telles conditions, nui au développement de la richesse nationale se trouve dans les chiffres mômes qui indiquent ce développement. De 1763 à 1870, la population a triplé, tandis que les importations se sont multipliées vingt l'ois, les exportations, trente fois : celles-ci sont de 156 fr. 95 c. par téte, tandis qu'elles ne sont que de 72 fr. 81 c. en France; dans la même période, la navigation a passé de un million et demi à trente-six millions de tonnes : enfin, fait plus concluant encore, le commerce a doublé dans la courte période de 1855 à 1870, et s'est élevé

DES SALAIRËS

de six milliards et demi à treize uiilliurds et trois quarts.

Mais la question qui doit nous occuper particulièrement est celle du prix vérilnblc de la main d'œuvre, c'est-à-dire de la quantité de travail eirecld' obteuu moyennant une somme donnée. Il y a dans cette question trois éléments : le salaire, le travail produit, le temps nécessaire pour le pi ininire. Les rMi)ports entre ces ti'ois éléments cijaageat selon les temps et smtout les pays. Si nous prenons comme base Ûxe le travail produit, les éléments variables seront le prix, d'une part, et le temps, de l'autre. On arrivera alors à reconnaître combien le simple cUilTre du salaire à la joui^née peut être trompeur ; car, dans les pays où il est le plus bas, la longueur du temps nécessaire pour produire un travail donné compense la modicité apparente du prix de la main-d'œuvre, à tel point qu'il arrive parfois que c*est dans ces pays que le prix réel du travail est le plus élevé. Eu coiuparanl, d'autre pai l, la quaulilélixe de travail et le temps dans deux localités ou à deux époques différentes, on arrive à des résultats non moins remarquables; car on est bien souvent obligé de reconnaître que c'est rouvrier qui a la journée de travail la plus courte qui produit le plus, comme c'est souvent celui qui est payé le plus cher qui produit au meilleur marché.

Les chitTres suivants suifiront pôur montrer combien le prix du travail produit est peu en rapport avec le prix de la journée d'ouvrier. J'ai donné plus haut (page 12} le taljieau du salaire des ouvriers employés

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dans la construction des chemins de fer de 18/|3 à 1869. Je repreuds ici dernière ligue de ce tableau, in4iqaant le prix moyen de la semaine d'ouvrier gar année, et je place au-dessous, année par année, le pm du tiav^ii accompli.

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L'expérience de M. firasscy dans les constructions de chemins de fer sur le continent lui a apprisf que l'ouvrier anglais, mieux nourri et par conséquent plus fort, et en outre plus exercé à ce genre d'ouvrage, travaillait, quoique beaucoup mieux payé que l'ouvrier du pays, à meilleur marché que ce dernier. Il a reconiui aussi que, si les salaires des ouvriers locaux ont été augmentés par ces entreprises, leurs qualités se sont développées en même temps de telle sorte que, quoique mieux payés après (juektues années, ils produisaient en somme à meilleur marché qu'au déhut des travaux.

A la même époque, les journaliers employés à la construction des chemins de fer étaient payés k fr. 37 c.

par jour en Angleterre, et 2 fr. 07 c. en Irlande ; cependant, la construction était plus coûteuse en Irlande,

parce que l'ouvrier irlandais, mal nourri, ne peut pas physiquement donner la même quantité de travail que Touvrier anglais. Ainsi encore, dans Fagriculture, dix laboureurs irlandais ne produisent pas plus que quatre laboureurs auglais.

Dans la construction du chemin de fer de Rouen, les terrassiers anglais, recevant 6 fr. 87 c. par jour, travaillaient plus économiquement pour l'entrepreneur que les terrassiers français qui ne recevaient que . 3 fr. 12 c. La ligne de Dieppe, qui fut faite par des ouvriers français, pay^ à la tâche, et gagnant en moyenne 3 fr. 50 c. par jour, fut aussi coûteuse proporiionneiiement que celle de Rouen. Sur celle de Gaen, les Français, payës 3 fr. par jour, n'étaient pas plus économiques que les Anglais, payés 5 fr. Enfin, au brise-lames d'Aurigny, les Français étaient payés 6fr. 25 c, les Anglais 7 fr. 50 c, et les uns et les autres produisaient à peu près le même travail. La différence dans la quantité de travail produit a augmenté dans la môme proportion que le salaire pour les ouvriers français ainsi employés auprès des Anglais, et nous ne pouvons nous refuser en passant la satisfaction de constater l'hommage (\uq M. Brassey rend à leui*s qualités. 11 déclare qu'ils étaient plus économes , plus rangés et plus prévoyants que les Anglais, et cite, comme preuve, qu'ils pouvaient attendre leur paye un mois, tandis que les Anglais étaient toujours en instances pour l'anticiper.

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