‹ De la situation des ouvriers en Angleterre mémoire présenté à la Commission d'enquête sur les conditions du travailChapitre 33 sur 66 · C. — LES GBÈTBa · texte numérisé non relu

C. — LES GBÈTBa

Il me reste à donner ici un tableau des principales grèves et des lockroui, ou contre-grèves des patrons, qui ont troublé Tindustrie anglaise* Quoique ces luttes ' soient intimement liées à l'histoire des Unions, on verra qu'un tr^s-î^rand nombre s'est produit tout à fait en dehors de l'influence de ces associations.

Avant 1826, les grèves sont moins bien organisées, moins nombreuses peut-être, mais plus violentes qu'elles ne l'ont été depuis. En 1810, grève des cotonniers du Laneashire. En 1812, les Luddites brisent les métiers dans le Nottingham. En 1815, grève des shi[)\vrighls de Liverpool. En 1818, grève des tisserands du centre. Ën 1819, un meeting au sujet de cette grève donne Heu, à Manchester, à une émeute réprimée d'une manière sanglante. En 1820, grève des tisseurs de laine; en 1822, des charpentiers, etc.

Industrie du bâtiment. Une grève Importante éclate dans le Laneashire en 1833. Les patrons répondent par un lock-oal: les ouvriers (lé|)ens(Mit /i50,()()0 fr., et, après six mois de chômage, sont obligés de céder.

m INITIATIVE PRIVÉE.

Le 23 juillet 1859, les ouvriers du bâtiment, de Londres, se mettent en grève contre un patron pour obtenir la réduction de la journée de dix à huit heures. Les patrons s'associent et congédient 7,856 ouvriers. La lutte se termine sans résultat décisif; mais, en 1861, les deux puissances, qui sont restées en présence, font un compromis : le travail sera payé à Theure. Depuis lors, le prix de l'heure a déjà été trois fois élevé sans grève.

£n 1864i une grève sérieuse éclate à Manchester, à propos d*une querelle insignifiante entre quelques oiiviiers et un contre-maître.

Le 1'^ juillet dernier, les maçons, les charpentiers et d^aulres ouvriers de Londres se sont mis en grève dans quelques ateliers pour obtenir la réduction des heures de travail de dix à neuf, et l'ëlévation du prix de rheure de 83 c. à 93 c, ce qui leur aurait assuré un salaire égal ponr une journée plus courte. Les patrons ont répondu en fermant tous leurs ateliers, mais n*ont obtenu que peu d*appui dans la province. Les ouvriers ont eu le tort de réunir deux questions, qu'on avait séparées pour en rendre la solution plus facile : la durée de la journée et le prix de l'heure. Ils ont repoussé les conseils désintéressés de ceux qui les engageaient à demeurer inflexibles sur la première , qui, une fois tranchée en leur faveur, le serait sans retour, et à accepter un arbitrage sur la seconde, qui demeure soumise aux fluctuations du commerce. 11 s*en est suivi une èrise fort longue et pénible pour eux. Les Unions des différentes professions étaient liguées entre elles; elles avaient de fréquentes réunions pour concerter leur

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action et répartir les fonds provenant de souscriptions recueillies dans la province. Maïs elles ne purent rester d'accord ; les maçons se fatiguèrenl les premiers et traitèrent séparément avec le comité des patrons. Us obtinrent : \* une réduction de temps un peu moindre que celle qu'ils demandaient et correspondant à peu près à neuf heures en hiver et à neuf heures et demie eu été; et 20 une élévation de 3 c. dans le prix de r heure. Cette transaction souleva rindignation de leurs camarades, à tel point que bon nombre de maçons n^osèrent pas rentrer dans les ateiiei^ frappés d'interdit par les dissidents. Cependant, la querelle finit par s'apaiser. Les deux comités des patrons et des ouvriers, qui, jusque-là, n'avaient pu même entrer en rapports entre eux, mirent de côté leurs défiances et leurs prétentions, et conclurent enfin un arrangement analogue à celui qui avait été accepté par les maçons. Le récit de ces négociations, dans lesquelles tous les points eu litige ont été successivement éliminés ou tranchés, pourrait faire tout un volume d'histoire diplomatique. Cette longue grève a été remarquable par l'absence de tout désordre et l'administration économique des fonds destinés à la soutenir: elle a été conduite comme une véritable affaire. Mais elle est surtout importante par l'influence que l'opinion publique a exercée sur les deux pouvoirs en présence : ceux-ci, loin d'agir, comme autrefois, d'une façon presque occulte, ont tenu à mettre chaque jour le public dans la confidence de leurs aflaires; ils Font pris pour arbitre dans leur litige, et la nécessité de plaider, pour ainsi dire, leur

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cause devant ce tribunal, dont ils ne pouvaient mépriser les jugemenU, les a astreiuts à une grande moderalîoii*

Industrie du fer« En 4863, altmés parle dére-

loppement des L nions, les maîtres de forges de Leeds et des environâ l'erment leurs ateliers pour obliger les ouvriers à cesser de kire partie de ces sodétéa. Us réussissent an bout de mois, grâce à l'arrivée de travailleurs belges. Mais les I nions se reforment bientôt. Celles de GaUshead et de Brieriey JM conoptent plus d'adhéreofts qu^auparavant Le U janvier 1865« les maîtres de forges- de toute l'Angleterre font sur les salaires des pudd leurs une rcJuction de 1 fr. 25 c. par tonne, et de 2 St. 50 c. sur ceux des lamineurs et des marteleur». D'après le système de Téchelle mobile, cette rédaction aurait dù ùlie faite quelques mois plus tôt : aussi est-elle acceptée par les deuxgraudes Umous; mais les pnddlenrs du Morth-btafford la repoussent Pour empêcher les Unions de les soutenir, tous les maîtres de loi ges de l'Angleterre ferment à la fois leurs établissements. Au bout de quinze jours, toute la population ouvrière^qui avait perdu près de huitmillioiis de salaires, souffrait cruellement, et l'industrie elle-même avait reçu un coup terrible. Aussi, sur une pioniesse donnée par les Unions, les pations s'empressent-ils de rouvrir leurs forges le 5 avril. Les Unions étaient ofûciellement reconnues. Depuis lore, on cite des grèves partielles, comme celle qui se termine par rexclusiuii de tous les unionistes des Mersey Iron Works, mais aucune lutte générale. En 1871, les ouvriers du

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nord de TADgleterre, après une lutte de quelques semaines contre Tassociation des patrons, présidée par

sir W. Ârmstrong, ont obtenu l'importante réduclion de la journéeà ueul heures de ti-avaii. Dans le district de Middlesborough, où le système de Téchelle mobile a été introduit le i*' avril 1872> le conseil d'arbitres chargé de rappliquer a rencontré certaines dUlicullés. Les arbitres ayant annoncé une augmentation de 7 1/2 pour 100 dans les salaires, les ouvriers, sans cependant se mettre en grève, ont réclamé 15 pour 100. De leur côté, les puddleurs de lord Dndley, dans le Stafidrd, ont demandé la réduction du nombre des chauffés de six à cinq par journée : il paraît Impossible de leur accorder, sans un remaniement complet, ce changement qui laisserait les fours allumés en vain pendant deux heures. Le baot prix du fer pendant six mois a été Toccasion de nombreuses disputes locales; de haut prix étant dà parhcuiièrement à réiévatiou correspondante de celui de la bouille, les maîtres de Ibrj^es soulenuient qu'il ne leur assurait aucun nouveau hénëiice, et que, pour faire droit aux prétentions ces ouvriers, appuyées pour la plupart sur les tariis de l'échelle mobile, il faudrait imposer au public une nouvelle élévation de prix. De nombreuses conférences ont eu lieu â ce sujet; on a plaidé avec passion de part et d'autre; on n'a pu se mettre d'accord que sur l'éventualité de cette nouvelle élévation, et cependant on s'est séparé sans dédaraliou de guerre. Patrous et ouvriers sentent que, dans un pareil moment, lorsque le public paye leurs produits à n'importe quel prix,

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leur premier intérêt est de ne pas se quereller à fond,

pour pouvoir soutenir ces prix avantageux. La réaction qui vient de se produire daus ces prix a mis un terme à ces dissentiments locaux. Les patrons qui, pour maintenir artificiellement les prix, avaient diminué leur production et éteint un certain nombre de fours, se sont vus obligés de les rallumer pour profiter de cours qu*il8 ne retrouveront peut-être pas de longtemps, et se sont montrés fort coulants vis-à-vis de leurs ouvriers.

Indastrie de la houille. Ën 1831, sans qu'aucune Union existât parmi eux, les ouvriers d'un grand

nombre de houillères se coalisent, sous la direction d'un des leurs, Tony Hepburn, pour obtenir que la • journée soit réduite à douze heures : ils sont 30,000 et finissent par remporter. Ge succès légitime leur donne trop de confiance, et ils échouent dans une nouvelle tentative de réduction des heures de travail.

En 18/i4« les ouvriers du Durham, ne voulant pas se fier aux câhles en fer, se mettent en grève : ils échouent.

En 18/|9, les ouvriers delà minedeMarley Hill, voulant obtenir un accroissement de salaires, inventent

une nouvelle forme de grève. Pour ne pas laisser la place à d'autres ouvriers, ils continuent à travailler, mais en se limitant à une production insignifiante qui inflige une perte nette à la Compagnie. Celle-ci les congédie, et ils sont obligés de céder.

En 1853, une nouvelle grève au sujet des salaires échoue à Leeds. Dans cette même année, on en compté

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douze dans le Durfaam; une grève en Ëcosse dure

treize mois.

ËnûD, en 1858« les ouvriers du Yorkshire, qui ont eu querelle avec les patrons sur nombre de questions, en sont arrivés à ce point qu'ils les considèrent comme des ennemis irréconciliables et ne songent qu'à les ruiner. M. Briggs est l'objet principal de leur haine. La grève qui éclate chez lui s'étend à tout le district; les patrons prononcent un lock-out général. Mais une • transaction vient suspendre la lutte. Elle recommence à propos du pesage des berlines : dix-huit mines sont fermées et dix mille ouvriers restent sans ouvrage. On transige encore, mais seulement pour reprendre haleine. En 1862, une grande agitation règne dans tous les districts houillers ; les griefs des ouvriers sont nombreux, les uns légitimes, les autres futiles. C*est encore chez M. Briggs que la lutte reprend, cette fois à propos du triage du charbon. Des étrangers sont appelés pour remplacer les grévistes. Ceux-ci, expulsés de leurs cottages, en viennent aux voies de fait, el, le :25 septembre 1863, une grave émeute ensanglante les mines de Whitwood. Le rôle joué par U. Briggs dans ces luttes donne une grande importance à celui que noas lui verrons prendre dès Tannée suivante.

La querelle continue en 1864 dans le Durham. Les patrons appellent de nouveaux ouvriers, qui sont chassés par les grévistes, et ceux-ci reprennent l'ouvrage aux anciennes conditions. En même temps, des grèves, auxquelles les Unions sont étrangères, écla* tent dans le South Yorksbire, à Oaks et à Thom-

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clfflfe î nn kch-out les ayant suivies, PUnion intèrvient; un certain nombre de patrons la soutiennent effiçacement, et elle obtient un accroissement de salaires. La même année, elle est obligée de céder dans une grève entreprise à Slaveley.

£a une nouvelle grève daus le South Yorkçhire est marquée par certaines violences et écboue. Enfin, en 1868, tous les ouvriers de la houillère du Wigan C'', unionislcs et non-unionistes, se mettent en grève pour résister à un abaissement de salaires. Loin d'encourager ces grèves, 1* Union intervient pour les empêcher. Les ouvriers, sourds à ses remontrances, s'emparent de la mine et menacent de la détruire; pour les faire rentrer dans l'ordre, la troupe de ligne est obligée dMntervenir.

Dans ces derniers temps, l'élévation prodigieuse du prix de la houille a donné aux ouvriers le droit de se montrer exigeants, et ils ont usé et abusé de ce droit. Ils en ont usé dans les houillères où ils ont simplement demandé un accroissement de salaires proportionnéaux l>énéiices cousidérables faits par les pati ons, ou dans celles où ils ont profilé, comme chez lord Dudley, de celte occasion pour obtenir la réduction de leur journée à huit heures de travail elTeclif. Ils en ont abusé là où ils ont demandé un accroissement de salaires exagéré, ou voulu imposer aux patrons une réglemeulalion inacceptable. Ainsi, dans 1<î South Yorkshire, où ils avaient déjà obtenu une élévation considérable dans le prix de la main-d'œuvre, il» n'ont pas tenu compte de la situation véritable des patrons»

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Geux-civ liës par des contrats antérieurs, sontobligësde

fournir à leurs clients, à un prix relativement modéré, le cbarboQ que ces derniers reveadent ensuite aux prix actuels. Ils ne réalisent donc pas les bénéfices que lent assurerait sans cela le cours du marché de la houille. Néanmoins, dans plusieurs mines, les ouvriers ont voulu empêcher les patrons de compenser, par Tin* troductioQ de. nouveaux ouvriers, la diminution de l)ro(luction causée par la réduction de la journée à huit heures de travail. Ils ont prétendu restreindre le nombre de personnes employées dans chaque puits et restreindre aussi la quantité extraite par chaque mi* ueur. Les patrons, qui souvent ne perdaient pas à cette restiiction, puisqu'ils avaient encore des contrats onéreux sur les bras, se sont empressés de la présenter comme la seule et la véritable cause de la hausse des prix et d'en rejeter ainsi toute la responsabilité sur leurs imprudents ouvriers. Cependant ces querelles ont, en général, été courtes et restreintes, comme dans l'industrie du i'er, et pour les mêmes motifs. Patrons et ouvriers avaient trop à gagner pour ne pas sentir la nécessité de s'entendre promptement en toute occasion.

L'Association unie des mineurs a tenu au mois d'octobre derniei', à Walsall, une conférence où se sont réunis des délégués de toutes les Unions locales qui la composent. Des rapports faits par ceux-ci, il résulte qu'aucune grève sérieuse n'existait à cetle époque, mais que, dans certaines mines, les ouvriers se préparaient à demamder m accroissement de salaires, tan-

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dis qu'ailleurs ils avaient âéya obtenu des avantages très-considérables. En générai, ils s'efforçaient défaire limiter la journée à huit heures de travail; mais ce règlement n'affecle la production totnlo de la mine que par suite de la grande rareté des mineurs et parce que les osages aussi bien que l'opposition des ouvriers ne permettent pas de recourir au système des relais, qui n'est adopté que dans deux ou trois mines. Cette rareté même de la main-d'œuvre expérimentée prouve, d'une part, que le travail n'est pas ralenti, puisqu'il n'y a de chômeurs dans aucun district, et, d'autre part, que les relais, fort utiles lorsque les ouvriers sont abondants, seraient impossibles à appliquer dans les circonstances actuelles. Les représentants des Unions n'ont fait aucune allusion au système de la restriction adopté cet été par quelques-unes de ces associations, qui croyaient ainsi pouvoir iàire la loi à la fois aux patrons et au public, et prétendaient faire monter encore du même coup les cours du marché et le taux de leui*s salaires. Il n'en est pas moins certain que cette funeste politique a été appliquée dans plusieurs localilés. La première crise fera sentir à ceux qui l'ont adoptée combien elle est fausse et dangereuse pour ses auteurs.

11 est impossible de ne pas parler à ce propos de ta

part attribuée aux Unions dans le renchérissement extraordinaire du prix du cbarbon en 1872. Pour expliquer un changement aussi brusque, on a dit

que les grèves avaient été si nombreuses en An<îleterre, que la production totale en avait été singulièrement

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dimiDuëe : ce serait cette diminution qui aurait amené

le renchérissement. On pourra juger celle thc se lorsque les statistiques de l'année auront été publiées; mais je crois qu'elles en démontreront la fausseté. On ne doit pas attribuer le prix du charbon à une dimi* nution de production due à des grèves nombreuses, d'abord parce qu'il parait que la production n'a pas diminué, et ensuite parce que les grèves ont été bien moins nombreuses que dans d'autres années. Mais toutefois les Unions n'en- sont pas moins, dans une certaine mesure, responsables du renchérissement, quoique ce soit d'une autre manière. En effet, si, comme on 1 aflirme, la production de FAngleterre n'a pas diminué cette année, le prix de la maiuid'œuvre a singulièrement augmenté; la réduction des heures de travail, le plus souvent compensée par Fintroduction de nouveaux ouvriers, a élevé le prix d'extraction ; le&intermédiaires, middlemm ou marchandeurs pour I •exploitation des mines, débitants en détail pour la vente du charbon, ont abusé de la situation pour élever encore le prix de revient et celui du marché; enûn, la perspective d'une nouvelle augmentation des salaires a poussé bien des gens à prévenir la hausse par des achats immédiats et considérables. A tout cela s'est joint Tacr croissement constant de la consommation , et ces causes ont sulû pour déterminer, au moment où i on s'approvisionnait pour l'hiver, une de ces crises que les Anglais appellent à si juste titre des paniques.

Construction des navires en fer. Dès 1825, les sbipwrights de la Tamise, quoique ne formant

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pas one Union, se ccmltsent pour obtenir qae les contrats soient calculés sur une journée de 7 fr. 50 c, et ils réussissent en 1851. Les menuisiei-s de navires, an milieu de craelles privations, entreprennent une longue grève {)our obtenir, malgré la crise indostrielte, de plus hauts salaires : ils sont vaincus. En 1830, runlon des shipwrights de la Glyde se met en grève pour obtenir l'exclusion des non-unionistes : elle ne peut faire prévaloir cette injuste prétention. En 1866, elle recommence la grève en demandant une augmentation de salaires; les patrons prononcent un todHwi ; dix -huit mille ouvriers demeurent sans ouvrage, et, après de grandes souffrances, sont obligés de céder. Les forgerons de navires se mettent en grève en 1862, à Taraenal de Ghatham, pour ne pas travailler avec les shipwrights : ils échouent. Ceux de Greenock sont entraînés malgré eux dans la grève des chantîei's de la Glyde en 1866; néanmoins, ils sont frappés par le toeUr oui dirigé contre les shipwrights.

Fabrication des macliiiies. Les mécaniciens de Manchester sont en grève en 1837 ; mais la seule grande lutte qu'ils aient eu h soutenir éclate en 1851, lorsque la récente formation de rAssoctation unie leur donne une confiance exagérée dans leurs forces. Les machines automates viennent dispenser les fabricants de remploi des artisans et rendre l'apprentissage inutile. Les ouvriers, s'étant toujours opposés au tiavaii à la tâche, ne profitent pas de ces inventions, qui ont pour effet iin médiat de réduire leur nombre et le taux de leurs salaires. Ils s'en alarment et. réclament

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ile MM. Platt d'Oldham l'exclusion des journaliers, doDt ils craigneot désormais la coacurieuce. De plus, par un étrange préjugé, ils insistent pour maintenir le salaire à la journée, en exigeant des compensations pour les pertes que leur fait subir le travail des machines. Les fabricants de Manchester et des environs fument aussitôt leurs ateliers à tous les membres de l'Union : trois mille mécaniciens sont ainsi frappés, entraînant dans leur ruine neuf mille journalierâ. ils cèdent, après avoir dépensé près d'un million.

On ne peut, après cette grève, citer que des luttes partielles ; une en 1866, commencée en dehors de l'Union, et dans laquelle celle-ci intervient avec succès; une en 1867, dans les Atlas Works de Manchester, à propos du travail des enfants, dans laquelle les patrons publient une liste noire et où les ouvriers l'emportent; enûn, quelques autres moins importantes.

Je rappellerai en passant la grève des Conduor leurs de locomotives sur le chemin de ferd'Ep-som, le jour du Derby de 1865, ces ouvriers ne voulant pas que la Compagnie distribuât parmi eux des primes inégales.

Les Tailleurs sont en grève en ]H?>li pour obtenir que la journée de douze heures, payée 7 fr. 50 c, soit réduite à dix heures et payée 8 fr. 75 c. : ils échouent. En 1866, ils commencent une nouvelle grève chez quelques patrons, pour que le taux du salaire à la tâche soit élevé : après d'inutiles conférences, les par trons prononcent un loek-otU, mais^ accordent bientôt 15 pour 100 d'augmentation. En 1867, nouvelles pr4-

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tentions, nouvelle grève, nouvelles conlcrences, nouveau loehH>ut de dix-huit maisons. Trois mille ouvriers sans ouvrage posent des sentinelles pour empéclier les patrons d'embaucher de nouveaux ouvriers. Ce procédé, dit de pickeiing, est considéré comme illégal, et le président de l'Union est condamné pour ce Tait. 11 cherche en vain à faire condamner à leur tour les patrons pour intimidation ; et, se considérant comme désarmés, les ouvriers cèdent.

Les Verriers ne nous offrent qu^une grève, celle de 1868 qui, après un lock-out de trois mois, consacra la limite du nombre des apprentis.

On ne peut citer aucune grève importante parmi les Typographes.

Les Fileurs de coton ont eu à soutenir des grèves fort nombreuses, pour obtenir les garanties sanitaires et la réduction dans la journée de travail que j'ai indiquées plus haut. C'est en protestant par des • grèves contre le travail de nuit, contre l'abus du travail des eniants, contre la mauvaise ventilation des manufactures, contre les amendes et les cantines, quMIs ont obtenu l'intervention du Parlement en leur faveur. Ën 1829, une grève à Manchester coûte, a-t-on prétendu, 6 millions aux ouvriers : en 1829 et 1830, une grève, qui parait avoir été non moins dispendieuse, met, à Preston, trente nulle ouvriers sur le pavé. Nouvelles grèves dans cette dernière ville en 1836 et 1853, celleci accompagnée d'un loeh^out. En 1867, les ouvriers de Stockport se mettent en grève pour obtenir de plus bauls salaires. Mais la terrible crise du colon

LBS UNIONS.

sépare cette grève des précédentes, et les oui^riers n'ont oublié ni leurs sonffiraûces pendant ces tristes

mois de chômage, ni tout ce que les patrons ont fait pour les soulager. Aussi la grève , conduite avec mesure, réussit-elle sans beaucoup de peine, les demandes des ouyriers étant jusfes et modérées.

Dans le cours de 1872, des grèves ont éclaté dans des professions où l'on n'en avait pas encore vu. Les Ouyriers des docks de Londres se sont mis en grève pour obtenir 62 c. au lieu de M c. par iieure; une certaine augmentation leur a été accordée.

Les Boulangers de Dublin ont fait une grève qui a échoué, après avoir causé une grande gène dans la capitale de rirlaude. Ceux de Londres, voulant à leur tour obtenir une augmentation de salaire et, plus encore, une modification dans les heures de travail, se sont fortement organisés, ont entamé des négociations avec les patrons, et, les menaçant de la grève, sans y recourir, ont obtenu de plusieurs d'entre eux des concessions, qui seront pr()ljal)lcmeiit accordées par tous.

L'un des principaux griefs adressés aux Unions est d'avoir amené une élévation excessive, et par conséquent funeste à l'industrie, du taux des salaires. Cette élévation, compensée souvent par une augmentation du prix de la vie, a ses avantages, comme ses inconvénients. Ses avantages, lorsqu'elle est amenée par des circonstances naturelles, sont, comme on l'a vu plus haut, d'assurer un travail meilleur et plus considérable. Les inconvénients sont, lorsqu'elle dépasse la , juste mesure, d'amener un déplacement de l'industrie

INITIATIVE PRITÉE.

aù prtofft ûés cioatrées où la maiiMf (ëuyre est à meil^

leur marché. La première pensée de rinternatioiiale, lorsqu'elle n'était pas encore une société politique, ou plutôt une âssociaiion de conspirateurs, avait été de liarer à cet inconvénient en produisant une élévation ëp^ale do salaires dans tous les pays. II est facile de prouver combien un piareil but était cliimérique. Mais, ai même il avait pu être atteint dans toutes les contrées européénnes, il aurait eu un résultat auquel ceux qui tendaient à ce but n'avaieut certainement pas songé. Il aurait ouvert une ère nouvelle pour ces innombrablei * populations de l'Orient, qui sont étrangères à notre civilisation, comme aux utopies qu'elle développe, et qui cependant entrent eu communications de plus en plus fréquentes avec nous et commencent à peser danp la iMilance de nos affaires. Aussi, en Angleterre, se préoccupe - t- on déjà de la concurrence, stimulée par le renchérissement universel de la main-d'œuvre, de^ races industrieuses, sobres et économes, qui peuplent le Japon, qui, de la Chine, débordent sur les colonie^ australiennes et sur la côte américaine du Pacifique. Les Cbinois, sous la direction de quelques contre-maîtres anglais , et avec l'appui des capitaux anglais, se sont déjà mis à construire de grands navires à vapeur. Si le capital ne trouve plus moyen d'eniployer la u)aind'œuvre à un prix rémunérateur en Europe, il émigré naturellement dans les contrées où elle s'offre à lui à bon marché; rien ne l'empêchera de s y établir, nonseulement pour la construction des navires, mais pour

rindustrie 4e la soie^ du coton, eti'e^iploitation toutes

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les richesses naturelles que possède reitréme Orient;

Mais on peut mettre en doute Tinfluence des Unions sur le taux des salaires : en réalité, celle influence est presque imperceptible. Sans entr^ dans une discussion approfondie, on peut le prouyer par deux exemples: D'une part, il est évident que le liant prix des salaires en Amérique contribue puissamment à maintenir leur taux actuel en Angleterre. Or les Unions n*ont en rien contribué à l'établir en Améri(jue : il est antérieur à leur formation, et il existe sui'tout dans l'industrie agrieole des États de l'Ouest, où ne se trouTe aucune Union. D*antre part, les salaires du continent se sont élevés , sans l'intervention des Unions, et par le seul fait des lois économiques, dans une proportion bien plus forte qu*en Angleterre. Ainsi, tandis qu*îls s'élevaient de 38 pour 100 au Creusot, ils n'augmentaient pour ainsi dire pas dans l'industrie analogue en Angleterre, malgré les efforts d^une Union qui disposait d'une réserve de plus de k millions de francs.

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