‹ De la situation des ouvriers en Angleterre mémoire présenté à la Commission d'enquête sur les conditions du travailChapitre 42 sur 66 · B. — SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

B. — SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES DE PRODUCTION

Les sociétés coopératives de production n'ont jamais eu autant de succès en Angleterre qu'en France.

Sauf rélablissemenl de New Lanark, fondé au commencement de ce siècle par Robert Owen, et les leruies d'Assington, dont je parlerai tout à l'heure, on n'a l'ait qu'imiter avec circonspection, et même avec dé* fiance. les tentatives plus ou moins beureuses, faites chez nous eu 184B. Ces premiers essais n'ont pas été encourageants. Les Équitables Pionniers, toujours prêts à consacrer leurs ressources à toutes les œuvres utiles à l'artisan, fondèrent en 183/i une ûialure de coton, sons le nom de Rochdale manufacturing coopérative Society, La tentative était hardie; les fondateurs qui abordaient ainsi ce grand problème n'étaient que quelques ouvriers, qui commencèrent avec une seule chambre pour établissement. Ils étaient les seuls actionnaires de la société. Après un prélèvement de 5 pour 100 en faveui' de leur modeste capital, le reste des bénéfices, s'il y en avait, devait être partagé, une fraction étant encore attribuée au capital, c*est-à-dire

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aux actiounaires, et l'autre partie distribuée propor* ttonnellement au salaire de chacmi des ouvriers, actionnaires on non. Malgré son nom, la société n'était donc pas absolument coopérative; car, pour cela, il aurait fallu, d'une part, que tous ceux dont elle employait le travail fussent actionnaires, et, d*autre part, ([u'une fois l'intérêt de leur capital perçu, les bénéfices fussent répartis entre ces ouvriers entir'reinent au prorata de leur travail. Mais c'était une l>eile et intéressante expérience, qui devait faire voir si les ouvriers étaient capables d'appliquer, sans aucun aide, le système du partage des bénéfices et de faire prospérer une pareille entreprise. Cette preuve de capacité fut faite; mais l'expérience prouva du même coup que les ouvriers cèdent volontiers à cet esprit d'exclusion qu*il8 reproclient tant aux patrons. La première année donna de beaux bénéfices; ils attirèrent de nouveaux souscripteurs, qui apportèrent 125,000 fr., et permirent ainsi d'augmenter l'établissement. Eu 1861, grâce au zèle des ouvriers et des employés, la filature était en pleine prospérité. Elle construisit une vaste fabrique au prix de 1,250,000 fr., dont les ouvriers furent euxmêmes les entrepreneurs et gérants et où s'établirent 300 artisans de choix.

Le succès élait complet, mais ce succès même fut la tentation qui entraîna la société hors de la voie qu'elle s'était tracée. Devenus riches, les actionnaires renièrent leur origine, et, pour augmenter leur part de bénéfices, dépouillèrent le travail de la sienne, réduisant ainsi les ouvriers à de simples salaires. L'établisse-

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ment prospère aujourd'hui; maison ne peut plus le

citer comme une société coopérative. Cependant, son premier succès permet de considérer comme favorable Fessai tenté.

' Peu auparavant, en 1S51, deux petites sodëtës, l'une composée de six tailleurs et l'autre de neuf charpentiers, avaient été fondées à Manchester. Celleslà étaient absolument coopératives. Les ouvriers étaient

associés à toutes les pertes comme à tous les profits de leur modeste entreprise. Elles ont donné quelques bénéfices, mais elles sont demeurées insignifiantes.

A Wolwerhampton, enl86!i, une société coopérative s'est formée dans des conditions particulièrement intéressantes, car elle a été fondée par une Union au milieu d'une grève. La Tille de Wolwerhampton a le monopole de certaines espèces de serrures, et cette industrie est entre les mains de sept à huit maisons employant 250 ouvriers. Le refùs d'une élévation de salaires, après une promesse donnée, ayant amené une grève, sept unionistes, apportant ensemble 225 fr., formèrent un petit atelier; après avoir réussi à gagner • l'équivalent de quelques semaines de salaires, ils virent leur nombre croître jusqu'à 100. Ils fondèrent une maison que le lock^ut des patrons fit prospérer. Ceuxci changèrent alors de tactique, reprirent le travail et vendirent à perte pour ruiner ce nouveau concurrent. La société accepta la lutte et ses membres se soumirent à toutes sortes de privations. Les patrons essayèrent en vain d'acheter tous les matériaux dont leurs rivaux avaient besoin; puis ils voulurent réduire les salaires

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IMllATlVt PU1\LE.

de leurs pi opres ouvriers, mais ils ne réussirent qu'à

les envoyer grossir les rangs de la société. Celle-ci travailla pour ses magasins et attendit, pendant deux ans, de meilleurs prix. Enfin, après avoir failli sombrer, elle a vu les maîtres se relirer du niarclié et, l'anné^e dernière, les acheteurs accepler ses prix. Elle parait aujourd'hui solidement établie.

Je me bornerai à énumérer quelques autres sociétés moins importantes.

La Société des fabricants et doreurs de cadres de Londres, composée de 23 membres, dont six ouvriers (capital 36,67:) IV., chiffre d'à flaires en 1863, 135,375 l'r.), emploie k'^ ouvriers. Elle n'est pas absolument coopérative, puisqu'elle a des membres qui ne sont pas ouvriers, et des ouvriers qui ne sont pas membres.

La Société coopérative des ébénistes de Londres a 8S actionnaires et uu fonds de 6,575 k.; elle emploie 9 ouvriers, tous actionnaires, et a Mi en 1868 pour 30,125 fr. d'affaires.

La îSociété des ouvriers en chantiers de Deptlord, récemment fondée, n'a que 9 membres, 275 fr. en actions et 500 fr. prêtés. Néanmoins, elle a iait dans la première année 13,625 fr. d'aiïaires.

EnÛQ, en 1868, une société coopérative pour fabriquer des cardeuses a été fondée à Rochdale par 30 ouvriers, qui ont reçu des avances des Équitables Pionniers. Après prélèvement de 7 1/2 pour 100 pour le capital, les bénéfices seront partagés également entre . celui-ci et les travailleurs; on ne peut encore juger cette entreprise d'après ses œuvres.

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II faut encore faire mention, en finissant, d'un bureau central formé à Londres pour vendre les produits des différentes sociétés coopératives et leur assurer ce qui leur a le plus majuqué jusqu à présent, des débouchés faciles.

Ou voit que ces divers essais sont assez insigoiûants : les esprits ne sont pas tournés de ce côté, et toutes ces sociétés industrielles ont commencé avec un capital trop faible pour obtenir des résultats sérieux.

Mais il y en a deux dont le succès est d'autant plus

remarquable qu'il est déjà ancien et qu'elles apparaissent seules de leur espèce dans le domaine de Fagriculture. Leur exemple, quoique isolé, prouve que l'exploitation agricole n*est pas absolument fermée au systèiiie coo[)('ralif; il est donc utile d'en dire quelques mots, bien que la division de la propriété, qui a fait disparaître chez nous les derniers restes' des associations du moyen Ap:e, rende la coopération agricole encore plus dilïicile en France qu'eu Angleterre. C'est là, du reste, un obstacle dont nous sommes loin de nous plaindre.

La première société agricole d'Assington a été fondée en 1838 par M, Gurdon, propriétaire, qui la forma en réunissant quinze cultivateurs; ceux-ci apportèrent chacun 75 fr.; il leur en prêta 10,000, et leur loua une ferme de 27 liectares. Les actionnaires durent seuls éti*e employés. Quoique le fonds de roulement fût faible pour l'exploitation, celle-ci réussit. La société s'adjoignit bientôt siy aclionnaires nouveaux, prit à

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ferme 60 .hectares, paya à M. Gardon 5,000 tr. de

fermage, lui remboursa son prêt, acliela le matériel, s*assura pour 12,500 fr., et vit ses actions valoir six ou sept fois leur prix d'émission. Ge succès détermina M. Gardon à fonder une société analogue en 185^t. Toutes deux ont prospéré depuis lors. Kl les ne sont pas strictement coopératives, parce qu'elles comptent 50 actionnaires et n'emploient pas plus de 15 tmvaîlleurs; une partie des actionnaires fournissent donc le capital et prélèvent des bënéiices sans prendre part au travail, et les ouvriers, quoique actionnaires, sont payés au prix courant du pays, ne touchant dans les bénéficos (jue la part afférente à leurs actions, et non la part proportionnelle à leur travail. Ces sociétés n'en ont pas moips, à titre d'essai, une grande importance, pour TAngleterre particulièrement. En effet, c'est réiévatiou, par l'association, du journalier au rang de fermier, remède, efûcace peut-être, à la concenti'ation excessive des fermes et des propriétés dans un petit nombre de mains.

Ces exemples suffisent pour montrer combien la coopération absolue et théorique est d'une application difficile, puisque toutes les tentatives faites pour rétablir ont dû, pour réussir, s'écarter sur quelque point du principe même de ce système : les unes, en laisaut appel à un capital étranger, par l'excès du nombre des actionnaires sur celui des travailleurs ; les autres, en établissant deux classes de travailleurs, les actionnaires et les salariés; d'autres encore, en prenant pour base du partage des bénéfices le petit capital apporté

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