‹ De La Situation Juridique Des Édifices Domaniaux Affectés Au Culte CatholiqueChapitre 55 sur 58 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

1904-1905. Rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. La loi de Séparation est votée, Le Pape la condamne. Il frappe d'interdiction les cultuelles.

1921-1922. Des négociations ont été engagées entre le chargé d’affaires français à Rome et le Vatican. |

Ce revirement était prévu ; il était dans la logique des choses : lesfictionsn’ont qu’un temps, les réalités durent.

La France ne pouvait être plus longtemps absente du Vatican, poste merveilleüx d'observation mondiale, centre unique d'influence. Du point de vue national, chacun ne peut que se féliciter de l'y voir à nouveau représentée.

. Elle ne peut l’être d’une façon profitable qu’une fois dissipée l'atmosphère d’hostilité, créée parles luttes

passées. D’où les pourparlers récents. Ils se sont

poursuivis laborieux : déjà des bruits pessimistes circulent sur leur issue. Nous ne doutons pas, quant

à nous, que, si de part et d'autre on veut arriver à un

accord, on parvienne à en trouver les bases.

Cependant des difficultés subsistent. Les idées républicaines ne sont, ilest vrai, nullement incompatibles avec le dogme catholique : Eglise a de tout temps-montré qu’elle pouvaits’acommoder de tousles régimes. Mais le principe séparatiste est en opposition formelle avec sa doctrine. « Qu'il faille séparer l'Etat «de l'Eglise, est-il dit dans l’encyclique Vehementer «nos,c'estune thèse absolument fausse, une très per- « nicieuse erreur. Basée en effet, sur ce principe que « l'Etat ne doil reconnaître aucun culte religieux,elle « est d’abord très gravement injurieuse pour Dieu, « car le créateur de l’homme est aussi le fondateur’ « des sociétés humaines et il les conserve dans l’exis- « tance,comme il nous soutient. Nous lui devons non «seulement un culte privé mais un culte social pour « l’honorer. En outre, cette théorie est la négation « claire de l’ordre surnaturel. »

Du moins, à défaut d’ün pacte d’alliance, peut-on espérer un traité de paix. Constatons toutefois qu'il est regrettable qu'il n’ait pas élé conclu plus tôt. S'il est réalisable aujourd’hui, il l'était bien davantage encore, quoiqu'on ait pu dire, en 1904. Le meilleur. moyen de se séparer n’était-il pas de se reconnaître officiellement en pouvoirs distincts, de fixer par une discussion courtoise, sinon amicale, les limites de chacun d’eux en contractant ? Le Gouvernement français a négligé jadis de le faire : ce fut une lourde erreur.

Enchainé dans des concepts égalitaires, il a cru

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que, parce que le nouveau régime légal était acceptable pour les Eglises protestante et israélite, il l'était également pour l'Eglise catholique, comme si des différences existant entre les divers cultes ne surgissait pas la raison d’être de régimes spéciaux et appropriés à chacun d’eux. Il est inexact, en effet, pour quiconque a souci des faits, d’assimiler le culte catholique aux autres cultes, car les catholiques, par cela même qu'ils se disent tels, abdiquent volontairement leur liberté pour toutes les questions relatives à organisation de leur cuite. La hiérarchie romaine l’exige. Point ne suffit, dès lors, d’instituer pour eux un régime légal, si libéral puisse-t-il sembler ; il restera lettre morte s’il n’est pas accepté par Rome. Or il était manifeste, c'était une question de dignité pour Pie X, qu’absiraction faite de toute autre considération, nolamment de but hostile que poursuivaient certains promoteurs de la loi(x), il ne pouvait accepter, fût-ce tacitement, un régime sur lequel il n'avait pas été même officieusement consulté.

Mgr Touchet, évêque d'Orléans, l’exposait jadis

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1. Anatole France interprétait fidèlement leur pensée, lorsqu'il écrivait : « Après la Séparation, l'Etat ne s’emploiera plus à fairele discernement des évêques orthodoxes et des évêques hétérodoxes, et les fidèles se partageront entre les uns et les autres. Le pouvoir spirituel du pape est illimité. Mais tout pouvoir spirituel, pour s’exercer librement, a besoin d’un pouvoir temporel, c'est précisément l'opinion de l'Eglise. La liberté produit natu-

rellement la diversité. Sous le régime futur, les Eglises dissidentes ne seront point étouffées en naissant. On verra s'établir

d’une façon lumineuse (1) : « Voici ce que l'Eglise

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pense d'elle-même : elle se sait une société fondée, organisée, commissionnée par Jésus-Christ, qui est Homme-Dieu. De lui, elle tient son commencement, sa hiérarchie, ses lois, sa mission. Aucun de ses pouvoirs propres, essentiels, ne lui vient des autorités terrestres. Le Pape, successeur de Pierre, est son chef suprême, de par l’'Homme-Dieu, et il tient de l'Homme-Dieu ses droits et ses devoirs. L'Eglise, avec son chef suprême, ses chefs subordonnés, son peuple dont l’'évangélisation est la fin immédiate de la hiérarchie, est de par l’'Homme- Dieu, une société complète. Elle eue telle, et ne peut s’estimer autre. Or l’attribut premier de toute société complète, c’est qu'on ne peut disposer d’elle sans elle. Toute société complète qui a un chef souverain dans son ordre, qu'elle soit faible, qu’elle soit puissante, entend être traitée comme autonome. Qu'elle soit la République de Saint-Marin qui tient dans le creux d’une main

d'enfant, qu’elle soit la République américaine qui

une multitude de sectes rivales. L’nnité d’obédience sera brisée (L'Eglise et la République, chez E. Pelletan, 1904, p. 113).

Voyez dans le même sens, /. 0f., 24 mars 1905, Ch. des Dépu-

tés, M. Paul Deschanel : « Les schismes restent libres mais ce «nest pas de cela qu'il s’agit : Vous avez pu voir comme moi, « que certaines personnes voient dans les schismes un des effets «les plus souhaitables de la Séparation ». — M. Laurent Bougère : « C’est évident ». — M. E. Réveillaud: « C’est certain. »

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