SCIENCE DE LA RELIGIO.N
C'est pourquoi la doctrine de l'un (le Christ) na jamais eu peur des universités, et n'a pas cherché, comme l'autre (celle de Mahomet), à bannir la science. Les païens ont attaqué Moïse ; ils ont contesté la parlie philosophique de son histoire de la création. Toutefois nul païen raisonnable qui n'admire les préceptes justes et rationnels du Christ, dont la vie fut conforme à sa doctrine . et dont la doctrine , conforme elle-même aux lois delà plu» haute raison, doit nécessairement fleurir dans les progrès de la science et dans le perfectionnement des facultés le plus capables de le comprendre. Sir THOMAS Browne.
Ce qui a le plus nui à la religion dans toute l'étendue de la chrétienté, c'est le mélange de la théologie à l'esprit et à la pratique religieuse. L'esprit et la pratique de la religion naissent de sa morale ; mais la théologie ou la science des choses religieuses se fonde aussi sur l'histoire, sur la chronologie, la philologie et autres branches des connaissances humaines. L'esprit et la pratique de la religion sont destinés à tous , puisque tous sont dans les mêmes relations avec leur
créateur et leur race , et sont doués de raison et d'affection. Mais, à présent du moins, la haute science de la religion est, comme toute autre science , destinée au petit nombre. Le temps viendra peut-être où tous auront de Tintelligence et la portée d'esprit nécessaires pour nous livrer à des investigations dans les régions spirituelles, suivre le principe religieux à travers ses symboles et ses manifestations extérieures tant dans les individus qu'au sein des sociétés , étudier ses documents dans un grand nombre de langues et apprécier les interpretations qui en ont été foites de siècle en siècle. Un temps viendra peut-être où les connaissances ihéologiques pourront être communes à tous ; mais cette époque n'est pas encore arrivée : et peut-être est-elle encore si éloignée, que la plus grande partie de la société cbrélienne semble ignorer ce qui distingue la science théologique de la pratique de la religion. L'étude scientifique et l'administration populaire de la religion ont non-seulement été confiées aux mêmes personnes , mais encore ont été mêlées et confondues dans les idées et les actes de ces personnes. Contrairement à tous les principes et à tout ce qui se fait dans les autres enseignements, l'étudiant, en abordant cette science, est prévenu d'avance des conclusions auxquelles il doit arriver. Les résultats lui sont donnés préalablement à toutes investigations , sanctionnés par des récompenses et des châtiments. Le premier dommage et infligé à Téludiant , sous une méthode d'enseignement aussi barbare qu'aucune de relies (jui, dans les siècles passés, ont retardé les
QUATRIÈME lARTIE. — RELIGION. 22"»
progrès de la science. L'étudiant devient administrateur, puis, à son tour, il nuit à son troupeau en mêlant un sentiment religieux des fragments de sa science scolaslique. Il enseigne dogmatiquement ce qui ne se rapporte ni aux devoirs ni aux affections ; commandant l'assentiment là où , en l'absence des connaissances nécessaires , un assentiment vrai est impossible ; là il ne saurait y avoir qu'acceptation passive ou un rejet ignorant. Il en résulte cette corruption du christianisme , qui afflige ceux qui voient où et comment le poison est mêlé au pain de vie.
La mission de la science ihéologique fut longtemps de conserver, et' consiste maintenant à recouvrer la simplicité primitive du christianisme. C'est une mission grande et noble que de rechercher et d'apprécier les opinions des siècles passés , afin de remonter à la source des corruptions, et de les séparer des eaux pures de la vérité. C'est une grande et noble lâche, que de dominer les souvenirs des anciens temps et d'envisager l'Évangile éclairé de sa lumière primitive. C'est une grande et noble tâche que de dépouiller les mots et les idées du masque mensonger qui cache le véritable esprit de 1 Évangile. 3Iais ces grands et nobles travaux ne sont que des moyens pour arriver à un but plus grand et plus noble encore. Ce qui constitue la dignité de la science théologique, c'est qu'elle est subordonnée à l'administration de la religion. Ce dernier rôle était celui que le Christ lui-même s'était attribué; rôle le plus sublime qui puisse être rempli par l'homme , et qui n'est si sublime que pour indi-
qner que , lorsque sa dignité sera pleinement comprise, il ne sera confié aux mains d'aucune classe d'hommes. Il est probable qu'il y aura toujours des théologiens, mais nul homme ne sera prêtre dans ces jours à venir, où chaque homme sera un adorateur consciencieux et persuadé.
Sous de certains rapports , il peut sembler désirable que les théologiens de notre époque en soient aussi le clergé : cela était à souhaiter par des raisons analogues à celles qui, alors, constituaient les prêtres qui furent d'abord les juges, puis les hommes d'État, puis les lettrés de la société. On a prétendu et l'on prétend encore que ceux qui avaient appris à purifier le christianisme de ses corruptions et à connaître son histoire étaient les plus propres à l'enseigner à l'intelligence du peuple. A-t-on eu raison !
Il a pu en être ainsi à une autre époque ; mais ce temps est passé. La presse fournit les moyens de placer les résultats évidents des investigations ihéologiques entre les mains de ceux qu'elles intéressent. Il ne semble pas qu'il y ait , entre le théologien , en sa qualité de théologien, et l'adorateur, aucune relation qui le constitue l'organe de son adoration. Les habitudes d'esprit les plus favorables au succès des études théologiques ne sauraient donner qualilé pour une bonne administration des inlluenccs religieuses. Cela est prouvé par les faits, par l'efficacité restreinte de la prédication et par la fatale confusion qui résulte de l'habitude où est le clergé de faire entendre , du haut de la chaire , des fragments de ses études mêlés à des