‹ De la société américaineChapitre 102 sur 135 · QUATRIEME PARTIE. RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. RELIGION

promesses et à des menaces. Ce n'est pas à dire que les administrateurs de la religion doivent être ignorants ; seulement leur science ne doit pas êlre scolaslique et technique. L'organe d'une assemblée religieuse doit posséder la connaissance des résultats distincts de l'étude théologique et une somme suffisante de science intellectuelle et morale pour pouvoir, si les sympathies sont assez chaleureuses, s'identifier avec l'esprit et le cœur de l'humanité. Il doit avoir des relations et des intérêts de l'homme dans la vie , pour être à même de se placer à son point de vue en regardant l'infini ; il doit se rendre l'interprète des sentiments communs à tous, afin de faire un appel aux affections et aux désirs qui sont dans tous les cœurs. A cet effet, il doit prendre une part active à la discussion des grandes questions morales de son époque : y porter , avec toute la force de son expérience , les principes de la religion , et y puiser une nouvelle lumière pour éclairer ces principes, de nouveaux arguments en faveur du devoir, et de nouvelles forces pour animer à la pratique les convictions de ses co-adorateurs.

On connaît les fluctuations par lesquelles les méthodistes, en Amérique et ailleurs, ont passé pour arriver au vrai principe de la religion. D'abord, ils ont clairement reconnu la corruption de la doctrine chrétienne et l'inutilité du service religieux résultant de l'habitude d'arracher le théologien à ses études pour le faire monter en chaire ; professant la croyance de l'inspiration immédiate et spéciale, ils abjurèrent toute science humaine. Il est probable qu'il s'écoulera beaucoup de

temps avant qu'ils puissent mettre en pratique la véritable méthode, celle qui consiste à séparer le rôle du théologien de celui du prédicateur. Toutes les communions, aux États-Unis, se plaignent de la disette de ministres du culte ; le besoin en est si pressant, qu'en ce qui concerne les catholiques, comme nous l'avons vu , la durée des études a été abrégée de deux ans. Le temps est venu maintenant, et c'est à TAmérique à en donner l'exemple, de se dispenser des formalités qui restreignent le culte religieux. Il y a plus d'un inconvénient grave à interrompre les études d'un jeune lîomme pour le faire prêcher avant qu'il ait pu acquérir les qualités nécessaires à la prédication. Il vaudrait beaucoup mieux admettre librement aux fonctions ^'administrateur religieux quiconque sent et parle religieusement, de manière à se rendre l'interprète fidèle des pensées des autres. Lors même qu'il serait nécessaire de reconstituer les sociétés religieuses, de rendre les réunions destinées à l'instruction ecclésiastique moins nombreuses et d'en varier les exercices, il ne saurait en résulter d'inconvénients plus graves que l'interruption des études théologiques et la détérioration du culte public. Dans le sauvage ouest, où la population ne peut, pas plus qu'ailleurs, vivre sans religion, les voisins d'un fermier se rassemblent autour de lui de trente milles à la ronde ; il lit, il parle , il prie , et leurs âmes sont rafraîchies. Si le besoin national peut ainsi être naturellement alimenté au cœur de la forêt et de la prairie, pourqucii pas aussi dans les villes? Les villes ont l'avantage de posséder un plus

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