‹ De la société américaineChapitre 109 sur 135 · QUATRIÈME PARTIE. RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. RELIGION

saurait être l'objet d'une question , et si elle était seulement accompagnée de la stricte justice qu'exigent les mômes principes de charité chrétienne ; s'il y avait une attention aussi zélée pour les droits de Tintelligence et de la conscience que pour le besoin et les souffrances des malheureux, on verrait la réalisation d'une haute moralité à un point que le monde n'a pas encore connu. J'ai vu des choses qui me persuadent que le principe de la charité s'est pratiqué dans toute son étendue , et j'ai remarqué avec plaisir les combinaisons adoptées dans l'intérêt de toutes les infortunes. C'a été pour moi un spectacle plus doux encore de voir des jeunes hommes et des jeunes femmes consacrant leurs soirées et leurs dimanches à communiquer, de la manière la plus bienveillante, une saine morale à la génération naissante. Mais rien ne m'a plus charmée que la parole que j'entendis, un jour, adresser par un jeune médecin à un jeune ecclésiastique, au moment où ils entraient dans un nouvel édifice destiné à servir, tout à la fois, de chapelle et d'école , et où la religion devait se développer librement parmi de jeunes et libres intelligences. « Maintenant,» dit le jeune médecin , « ces enfants vont dépendre de nous. Ne souillons jamais ce lieu par le plus petit acte de tyrannie spirituelle. Ayez l'œil sur moi et j'aurai l'œil sur vous, afin que nous ne fassions pas peser le poids d'un cheveu sur ces jeunes âmes. Si nous leur imposons une seule opinion , notre œuvre est à jamais viciée. Que, dans ce lieu, les intelligences soient complètement libres. > Celui qui prononçait ces pa-

roles peut être considéré, je crois, comme l'organe d'un grand nombre qui sait que la circonspection est indispensable pour rendre la charité utile et la prière efficace.

L'ascétisme qui règne en Amérique, dans une grande partie de la société , atteste l'existence d'un profond intérêt pour les matières religieuses. Ses effets sont déplorables; mais ils ne font que manifester la perversion de ce qui, en soi, est un grand bien. L'ascétisme est, en Amérique, à peu près ce qu'il est ailleurs; il fait descendre la religion à un état de cérémonial, de contrainte, d'anxiété et la dépouille entièrement de son libre, généreux et bienveillant caractère; il nourrit dans les uns un égoisme timide, et dans les autres une haine effrénée. Ses manifestations sont aussi remarquables à Boston que dans les villes d'Ecosse les plus rigides. 11 est naturel que les jeunes gens de Boston, après une semaine employée au travail, désirent, le dimanche, prendre de l'exercice, respirer un air pur et voir la campagne; mais, pour arriver à la campagne, il faut faire beaucoup de chemin et passer les ponts dont nous avons déjà parlé, et il fimt nécessairement que ces jeunes gens montent à cheval : or, ils ont été élevés dans la croyance que c'est un péché de monter à cheval le dimanche. Une fois qu'ils ont cédé à la tentation, ils se sentent portés à commettre une faute qui n'en est pas une, et il est rare qu'ils en restent là (i). Ils se

(1) L'auteur de la Famille avait , dans son livre , réglé remploi du dimanche autrement que la coutume ne raulorise.

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