‹ De la société américaineChapitre 111 sur 135 · QUATRIEME PARTIE. RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. RELIGION

tanisme élève contre le théâtre une opposition si énergique , qu'il n'y a pas lieu d'espérer que ce grand moyen d'exercice intellectuel produise dans la société le bien moral qu'on pourrait en attendre. Du reste , la race proscrite des artistes dramatiques est, sous le point de vue du talent et de la moralité, ce que doit être naturellement toute classe proscrite et déprimée. Le directeur du théâtre de Boston a fait de grands efforts pour relever leur condition et leur art; il a impitoyablement purifié son établissement , et en a exclu tout ce qui pourrait blesser la pruderie de Boston; mais tout a été inutile ; l'incompatibilité est trop grande, et ceux qui font le plus de cas des plaisirs dramatiques seront les premiers à demander la clôture des théâtres américains. Je sais plusieurs familles qui n'ont pas de liaison avec le clergé , et qui ne se donnent pas pour strictement religieuses , où Shakespeare est caché par des raisons de pruderie ; je n'ai pas besoin d'ajouter que, chez ces gens-là, il n'y a pas la plus légère intelligence de ce que c'est que le drame. Si l'on rencontre par ci par là un lecteur de Shakespeare , on ne tarde pas à découvrir (lu'il ne voit dans les chefsd'œuvre de son théâtre qu'un recueil de passages descriptiques, didactiques, etc. En cet état de choses, il ne faut s'étonner ni regretter que le clergé s'abstienne du théâtre. Quant à la danse , ou cet amusement est innocent, ou il ne l'est pas : s'il ne l'est pas, personne ne doit danser; s'il est innocent, les ecclésiastiques doivent danser comme les autres, car ils ont, comme nous , un corps à animer à un esprit et égayer. Si vous

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établissez cette distinction en raison de leurs fonctions, vous ne devez pas en rester là, il faut aller jusqu'au célibat du clergé, et jusqu'à ses lugubres spéculations qui ont contristé le génie naturel et libre du christianisme.

La coutume ascétique de s'occuper de la moralité daulrui a été poussée, à Boston, au point d'exciter fréquemment la satire de quelques-uns de ses citoyens les plus sages. C'est une preuve que celle habitude ne tardera pas à tomber en désuétude. Lorsqu'on parlait d'ouvrir un théâtre italien, quelqu'un fit observer que cela n'était pas possible, attendu que le nom seul de théâtre suftîrait pour effrayer. « Eh bien, » dit un autre, appelez-le cours de musique avec accompagnement d'exemples, et tout le monde y viendra. >

Les cours abondent à Boston , et j'en suis charmée, du moins, jusqu'à l'ouverture des amusements publics qui, tôt au tard , seront nécessaires. Ces cours ne sont pas dune grande utilité pour l'instruction scientifique et littéraire, ces sortes detablissements n'ayant, en général, d'autre résultat que d'activer les études particulières; mais, à Boston, il est probable qu'ils remplacent des réunions pleines d'exaltation religieuse, beaucoup plus nuisibles que les cours ne sont utiles. Les dissipations spirituelles auxquelles se livre le monde religieux, partout où règne l'ascétisme, sont plus préjudiciables à une morale saine que ne l'ont jamais été les amusements [oublies en usage dans les temps modernes. On peut douter que la licence même ne soit pas également encouragée par l'cxcilatiou

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