QUATRIEME PARTIE, — RELIGION
résultant des émotions religieuses passionnées, séparées, de l'action, et il est certain que les vices spirituels les plus dangereux , Torgueil , régoïsrae , la tyrannie et la superstition, fleurissent abondamment dans les serres chaudes des réunions religieuses. L'horreur qu'inspirent les transgressions sensuelles fait perdre de vue ce qu'ont d'odieux les vices spirituels. Si, toutefois, une pure intelligence avait à décider entre les uns et les autres, elle comprendrait, que les vices qui naissent de la fragilité de la nature humaine sont moins incurables et moins révoltants que ceux qui sont, en grande partie, factices et qui proviennent de la perversion des plus hautes facultés de l'homme. Il est difficile de décider quelle nature de vices ( si toutefois il est possible de tracer entre eux une ligne de démarcation) produit le plus de maux et consomme, le plus complètement, la ruine de l'homme; mais il est certain que la sympathie des âmes naïves vS'attache plus volontiers aux publicains et aux pêcheurs qu'aux pharisiens de la société : en cela ils ont raison. Toutefois , l'ascétisme démontre l'existence d'un sentiment énergique du devoir religieux qui n'a besoin que d'être rendu plus large et plus éclairé. Un ecclésiastique à principes libéraux, un homme aussi démocratique dans sa religion , aussi sincère dans sa charité qu'aucun laïque du pays, me faisait remarquer un jour l'existence de cette extrême sensibilité religieuse .dans les enfants des Pèlerins et me demandait ce qu'il fallait faire pour la cultiver et l'entretenir; il partageait ma crainte de voir cette disposition d'esprit s'exaspérer
par la superstition prédominante et qu'elle se transformât, dans la génération suivante, en quelque chose de bien difierent de la société religieuse. Nous proposâmes de grands changements dans les habitudes domestiques et sociales; moins d'observance religieuse dans les familles et plus d'intérêt véritable dans la partie intellectuelle de la religion ; plus de soins rationnels de la santé, en vivant conformément aux lois de la nature qui ordonnent l'exercice du corps et le délassement de l'esprit : nous demandâmes qu'on encourageât la promenade à pied, en voiture, en bateau, etc., et la jouissance du grand air et des paysages de la campagne; qu'on favorisât les amusements sociaux de toute esi)èce , et qu'on écartât toutes les entraves religieuses mises à la parole et aux actions; en un mot, qu'on respectât et qu'on approuvât sur toutes choses la spontanéité sous quelque forme qu'elle se produise. jNécessairement, cela ne peut être l'œuvre que de ceux qui approuvent et respectent la spontanéité; mais j'ai la certitude qu'ils sont assez nombreux, au centre même de la société américaine la plus ascétique , pour faire espérer qu'ils ne tarderont pas à s'affranchir du joug des prêtres et des dévots.
Des symptômes de l'apparition du véritable esprit de liberté venaient continuellement me charmer. Un ecclésiastique unitaire, se plaignant de la superstition de ses confrères, qui se vantaient perpétuellement de leur liberté relative, me disait : « Nous nous occupons tellement de nous tenir fermes sur le terrain de notre liberté , que nous n'avançons pas. » Un autre