QUATRIEME PARTIE. RELIGION. Î
me disait , en entendant louer quelqu'un comme homme et comme chrétien : « Comme si être chrétien, c'était hnecjylus ultra de la perfection ! comme si être homme n'était pas beaucoup plus qu'être chrétien! *
La manière dont les femmes se font une occupation de la religion témoigne non-seulement du vide qui existe quand l'on tombe dans une telle méprise, mais de la vigueur avec laquelle le sentiment religieux se reporterait vers les grandes choses et les occupations importantes de la vie, si cela était permis. J'étais frappée de cette vérité en voyant des femmes braver l'ouragan, la gelée, la neige, pour se rendre d'un prêche à un autre , et employer leur journée à visiter les pauvres et les malades; en leur voyant faire, dans leur Nouveau Testament, une lecture quotidienne qui leur était trop familière pour laisser dans l'esprit une impression durable. J'ai vu des ecclésiastiques et des dames tomber dans les erreurs les plus grossières sur des faits importants de Ihisloire de TEvangile, dont ils lisaient un passage tous les jours. Il n'est pas étonnant que cette manière de lire s'oppose à la compréhension complète de ce qu'on lit; mais je m'étonne que ceux qui ne sauraient Tignorer ne changent pas de méthode et ne se mettent pas, une bonne fois, à apprendre ce qu'ils ont vainement cru savoir toute leur vie.
La femme d'un membre du congrès, personne consciencieuse et religieuse , s'est fait une règle unique pour juger tous les individus; elle se demande, avant tout, s'ils sont pieux. Je n'ai jamais pu comprendre ce
qu'elle entendait par là. Elle désirait , disait-elle, que son mari quittât le congrès, attendu que, n'étant plus jeune , il était temps qu'il songeât au salut de son àme. Après une longue conversation sur ce sujet , elle ne put arriver à comprendre que la religion n est pas une occupation , mais une affaire de principes et de caractère, et que, comme il nest pas de plus important devoir que celui qu'accomplit un membre du congrès, il n'est pas de situation dans laquelle un homme puisse atteindre à une plus grande élévation religieuse, si l'esprit de religion est en lui.
La moralité et la religion du peuple des États-Unis ont beaucoup souffert de cette circonstance, que, surtout dans la ISouvelle-Angleierre , la société y est ostensiblement religieuse. A mesure que cette société vieillira, la religion y sera plus naturelle et moins affectée dans ses dehors : on commence à s'y apercevoir que ce qui rend religieux les individus et les sociétés , c'est l'esprit plus que la forme. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est de revendiquer leur droit héréditaire de liberté; c'est d'être libres et naturels sans craindre ni la licence ni l'irréligion. L'esprit de leurs pères vit fortement en eux , et , d'ailleurs , ils ont en eux l'esprit d'humanité, qui est le saint des saints de la religion. L'idée juste ou fausse du devoir leur est présente pendant toute leur vie, et l'amour de leur prochain est dans leurs cœurs : avec cela, comment n'auraientils pas la certitude d'être toujours religieux? Ce à quoi ils doivent viser, c'est que leur religion soit libre et pur.
OUATRIÈME PARTIE. — RELIGION.