QUATRIEME PARTIE. RELIGION. îi'J
oflFre rinconteslable preuve qu'on peut s'en reposer sur l'instinct religieux du peuple , du soin de fournir à ses besoins religieux. Ce n'est que depuis quatre ou cinq ans que cette vérité est devenue incontestable , même dans l'État de Massachusetts. Jusqu'en 1854, tout citoyen de cet État était obligé de contribuer, dans une proportion quelconque, à soutenir une secte ou une église. L'incompatibilité de cette obligation avec le vrai principe déraocralique fut alors pleinement reconnue, et la religion fut abandonnée à l'appui volontaire. Il est inutile de dire que l'événement a justifié et au delà la confiance de ceux qui ont assez de foi dans le christianisme pour voir qu'il n'a aucun besoin de la protection de l'État, et n'en est que plus recommandable aux affections de l'homme.
Quant à l'autre point à examiner, le caractère du clergé , il y a plus à dire.
Il est évident que, sous l'empire du système volontaire , la plupart des abus les plus fâcheux qui ont déshonoré tous les clergés chrétiens ne sauraient exister. En Amérique, le clergé, ne peut aspirer au pouvoir politique ; il ne peut jouer à la loterie des bénéfices ecclésiastiques ; il ne peut étaler ni luxe ni pompe mondaine. Ces vices sont impossibles sous le système volontaire , au spin d'une république. Nous voyons, au contraire, le clergé protestant faire presque toujours cause commune avec le parti fédéral , toutes les fois qu'il lui arrive d'exprimer une opinion politique. Mais, comme on peut le croire , le clergé appartient au parti de la crainte ; et à l'exception des gens d'église ,
hommes d'Etat de Tancien monde, il arrive, presque partout, que ceux dont la foi peut soulever des montagnes, qui enseignent que Ton ne doit pas craindre <i ceux qui tuent le corps et ne peuvent rien faire de plus, î composent la classe la plus timide de la société, la dernière à prendre part aux grands conflits des principes. Ils sont toujours restés cachés dans leur tente pendant que se livrait la lutte entre la moralité et les abus. Comme corps, ils ont toujours appartenu au parti de l'aristocratie et de la crainte. Il en est ainsi en Amérique où le parti de la crainte est déprimé, comme partout où le parti aristocratique a eu le dessus. En Amérique, le clergé, pris en masse, ne convoite pas la richesse : elle est si généralement hors de sa portée, que l'adoption de la profession cléricale est, d'ordinaire , un témoignage non équivoque de désintéressement. Je dis d'ordinaire , parce qu'il y a des exceptions. Une considération si grande s'attache à cette profession , qu'elle l'élève au niveau des plus riches. Il arrive fréquemment que de jeunes ecclésiastiques, appartenant presque toujours à des familles pauvres, épousent des femmes riches, et lorsqu'il y a plusieurs filles dans une famille opulente, il est à peu près convenu que l'une d'elles devra épouser un ecclésiastique. Auprès des bons effets que produit cette habitude, on doit signaler aussi un mal funeste qui n'est pas spécial à lAmérique : c'est que cela amène des aventuriers dans la profession ecclésiastique. Plus d'un planteur du sud a commencé par être ecclésiastique pauvre, et a dû à son mariage les moyens de