‹ De la société américaineChapitre 116 sur 135 · QUATRIÈME PARTIE. • — RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. • — RELIGION

devenir planteur. Bien des pasteurs du nord ont plus d'élégance mondaine que de sainteté, et font tranquillement, tous les dimanches, leurs deux sermons, comme pour acquitter le prix du loisir de la semaine ; mais tant que les traitements du clergé seront aussi modérés qu'ils le sont maintenant, le plus grand nombre des ecclésiastiques embrassera sa profession en vue d'une existence laborieuse peu rétribuée. Je pense qu'on ne saurait douter que la vocation ne soit déterminée pas les motifs les plus purs , et que les dangers auxquels le clergé succombe plus tard ne proviennent du désavantage de sa position.

Il serait à désirer que l'on fit quelques changements dans le mode de rémunération affecté au clergé. A présent, les traitements sont faibles et les cadeaux considérables. Rien de plus naturel que de voir des ouailles reconnaissantes témoigner leur respect pour leur pasteur en ajoutant à son bien-être; mais, si l'on en calculait toutes les conséquences, on s'abstiendrait de cet usage et Ton augmenterait le traitement. Dans l'étal actuel de la moralité, il est rare qu'un individu ait des obligations pécuniaires envers un autre, sans qu'il en résulte un dommage pour l'un ou pour l'autre, quelquefois pour tous les deux. La sympathie, lesservices peuvent se prodiguer avec un avantage mutuel très-grand ; mais il est rare qu'on puisse en dire autant des cadeaux soit en argent, soit en nature (i) : cela

(1) C'est une vérité humiliante que, dans quelcjue rang de la société que ce soit, il est rare que deux hommes soient assez

provient des idées fausses qu'on a attachées à la richesse, en l'identifiant d'une manière trop étendue avec l'indépendance intellectuelle et morale. Je le demande à toute personne de bonne foi; lui est-il possible d'être avec un individu, auquel elle a des obligations pécuniaires, sur le même pied de liberté que s'il n'existait entre eux aucun rapport de ce genre? Si cela est vrai de personnes ayant des vues, un but et des intérêts de même nature, combien le danger moral est \)\us grand encore quand la personne obligée est chargée d'exercer une influence spirituelle. Je ne vois de parti à prendre, pour un pasteur qui se respecte , que de s'abstenir strictement d'accepter un don quelconque. Cela exigerait quelque abnégation de la part de ses amis; mais ils doivent savoir que les cadeaux sont le moyen le plus bas et le plus grossier de témoigner son respect et son affection. Plusieurs voies leur sont ouvertes: d'abord, en ayant soin d'assurer à leur pasteur un traitement annuel fixe, capable de lui ôter toute inquiétude sur l'avenir de sa famille; puis en lui accordant cette loyale amitié, cette franche sympathie, indépendantes de toute considération religieuse , qui l'encourageront dans ses études et le soutiendront dans les travaux de son ministère.

Le clergé américain étant ainsi absous du reproche

vertueux pour que, l'un ayant des obligations pécuniaires à l'autre, la moralilé de l'un ou de tous deux n'eu souffre pas : cependant il en est ainsi.

{Revue d'Edimbourg, XLVIIl , p. 305.)

Page 1