‹ De la société américaineChapitre 117 sur 135 · QUATRIÈME PARTIE. RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. RELIGION

d'arabition et de cupidité, reste à savoir s"il est également pur de celui d'une déférence aveugle pour Topinion. Il embrasse son état, en général, dans des vues pieuses et bienveillantes; mais, dans Texercice, y conserve-t-il toute son indépendance morale? Je ne puis l'aire à celte question une réponse favorable.

Les vices d'une classe quelconque ne doivent pas être reprocbés avec trop de rigueur aux individus; d'après leur étendue même, ces vices doivent provenir de quelques influences toutes-puissantes; tout en condamnant ces influences, on n'en doit pas moins plaindre les individus de se trouver placés sous leur empire. Le clergé américain est la classe la plus arriérée et la plus timide de la société dans laquelle il vit : se tenant à l'écart des grandes questions morales de l'époque; dépourvu de connaissances réelles ; sans force ni efficacité dans la pratique de la vertu ; ignorant cette liberté chrétienne et républicaine qui est lalmosphère natale de la piété et de la sainteté, et que son premier devoir est d'entretenir et de propager. Les causes immédiates de sa degeneration sous ce rapport ne sont pas difficiles à reconnaître.

Ce n'est pas seulement parce que l'existence du clergé dépend de l'opinion de ses ouailles; on peut excuser le commun des hommes de suivre en toutes choses la ligne de conduite qui assure la tranquillité, sans trop s'enquérir de la nature même de cette tranquillité ; mais si une pareille tendance peut être excusée , elle ne doit pas être louée dans le commun des hommes, et il faut la blâmer dans tous les pasteurs

qui croient posséder les principes les plus purs de la liberté ëvangélique.

Le premier inconvénient grave qui résulte de la répugnance du clergé à traiter devant leur troupeau des (juestions actuelles, c'est que le clergé lui-même arrive inévitablement à se faire des idées fausses sur la nature de ses fonctions pastorales; j'en citerai un exemple frappant : le clergé n'a pas bougé encore au sujet de la question de l'abolition. Un petit nombre d'ecclésiastiques presbytériens ont courageusement tout risqué pour cette cause, quelques-uns comme membres des sociétés abolilionnistes, d'autres comme professeurs, dans l'Institut d'Oberlin et dans ses succursales où toute distinction sur les hommes de couleur a totalement cessé. Mais la masse du clergé presbytérien est aussi hostile aux abolilionnistes que les propriétaires d'esclaves eux-mêmes. Je pense qu'ils ne récuseraient pas M. Breckinidge pour modèle. Quant au clergé episcopal, il garde, en général, le silence au sujet des droits de l'homme ou litit servir son influence contre les abolilionnistes. Sans parcourir ici la liste de toutes les communions religieuses, il suflira de dire que les ministres, en général, sont opposés à l'abolition, si l'on en juge par leur silence dans la chaire, leur conversation en société et la conduite des hommes le plus immédiatement placés sous leur influence. Je passe aux unitaires, la communion religieuse que je connais le mieux , parce que je suis moi-même unitaire. Les membres de cette communion croient être affranchis de beaucoup de superstitions

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