‹ De la société américaineChapitre 118 sur 135 · QUATRIEME PARTIE. RELIGION. 2o · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. RELIGION. 2o

qui obslruent rintelligence ot les actes des autres relii^ionnistes ; ils professent une religion empreinte d'une liberté plus grande , et déclarent que le christianisme, tel qu'ils le considèrent, a une affinité avec tout ce qu'il y a de libre dans la nature , de hardi et de vrai dans l'esprit humain , et qu'il doit être mis en pratique dans toute combinaison sociale, tout exercice de la pensée, tout acte de la vie. Les ecclésiastiques qui prêchent ces dogmes vivent à une époque de crise et au milieu d'un effrayant conflit de principes. D'un côté, est l'oppresseur s'efforçant de retenir sa puissance pour la conservation de son or; avec lui sont rangés le mercenaire, le perfide pusillanime, l'ambitieux et le faible. De l'autre côté, sont les amis des esclaves, et avec eux ceux qui, sans aucune chance de récompense, sacrifient leur ré})ulatiori, leur fortune, leur repos et risquent leur vie pour le principe de la liberté. Que fait le clergé unitaire au milieu de cette guerre qui n'admet ni paix ni trêve, mais qui doit finir par la défaite du principe de la liberté ou de l'oppression?

M. May a eu, je crois, l'honneur d'être le premier ])asteur unitaire qui ait embrassé la cause du bon droit. J'interpelle son ennemi le plus acharné; qu'il ose dire s'il a sacrifié à son inlié{)idité une seule grâce chrétienne, s'il a rien perdu du trésor de sa piété, de sa douceur et de sa charité , au milieu des épreuves qu'il a dû subir. Au lieu de cela , son dévouement à un devoir éminemment difficile a développé en lui une énergie de caractère , une force de raison que ses meilleurs amis ne lui soupçonnaient pas. Je n'ai pu.

sans un sentiment de honte pour la faiblesse de certains hommes revêtus des fonctions les plus hautes, entendre l'insolente compassion avec laquelle quelques-uns des ecclésiastiques ses confrères parlaient d'un homme qu'ils n'ont pas le courage éclairé de suivre sur le hamp de bataille du devoir, et sur lequel ils déversent leur pitié dédaigneuse du haut de leur orgueil. Le docteur Follen l'a suivi de près; et il a tout lait, tout sacrifié pour s'identifier avec la cause de l'émancipation. Je l'ai entendu , à une époque périlleuse, prier à l'église pour « l'esclave malheureux, avili, insulté, chargé de chaînes de fer et de chaînes d'or. » Ce n'est pas ici le lieu de dire quels ont été les sacrifices; on connaît les services récents du docteur Channing.

Je connais encore deux ecclésiastiques unitaires qui ont fait, en faveur de la bonne cause, une déclaration ouverte et périlleuse, et un ou deux qui, en leur particulier, ont refusé de prendre parti contre celte cause; mais c'est tout. Le clergé unitaire, pris en masse, quoique désapprouvant l'esclavage, peut être regardé comme hostile aux abolitionnistes. Quelquesuns de ses membres ont prétendu près de moi que ce sujet leur répugnait; d'autres se contentent de voiries défauts individuels de quelques abolitionnistes ; d'autres disent que leur chaire est la propriété de leurs ouailles, dont ils n'ont pas le droit de troubler la tranquillité par leurs prédications; dautres allèguent que cette affaire ne les regarde pas ; d'autres encore , qu'on les renverrait sur-le-champ de leur chaire, s'ils abordaient la question des droits de Ihomme , pensant que

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le sujet n'est pas assez religieux, et d'autres, enfin, qui s'excusent en se fondant sur une doctrine qui , je le crois, est née des circonstances, à savoir ; qu'il appartient au clergé de décider de la quantité de vérité que le peuple peut supporter, et de la lui administrer en conséquence. Ainsi, tandis que la société traverse la plus grande des révolutions morales, rejetant sa plus vicieuse anomalie, et appliquant son christianisme à sa politique et à sa conduite sociale , le clergé , et même le clergé unitaire , présente de nombreux exemples de ministres qui se plaignent ou ridiculisent les apôtres de la révolution, prêchent sur le spiritualisme, sur^la science, sur des vérités spéculatives , propagent des objets d'amélioration de troisième ou quatrième ordre, et abandonnent aux laïques la tâche d'exécuter la première et la plus pressante réforme morale de l'époque. Us méconnaissent leur noble mission , qui consiste à éclairer et à guider, dans les temps de crise, le sentiment moral de la société. Non -seulement ils refusent de coopérer au triomphe de la cause par leurs actes, leurs écrits ou leur parole, mais ils sont convenus d'éviter de parler en chaire des droits de l'homme jusqu'à ce que la tourmente soit calmée ; personne ne leur demande de torturer la sensibilité de leurs auditeurs par des sermons sur l'esclavage : ce qu'on leur demande , c'est de ne pas leur cacher les principes de foi et de liberté avec lesquels l'esclavage est inconciliable. Après ce que j'ai vu, je ne puis m'empêcher de conclure qu'à présent la classe plus coupable , relativement à la question de l'esclavage, n'est pas celle des

planteurs, ni même des commerçants; c'est la classe des ecclésiastiques ; ils sont les plus coupables , parce que non-seulement ils ne sont pas aveuglés par riiabitude, les préjugés ou l'intérêt pécuniaire , mais font , au contraire , profession de passer leur vie dans l'étude des relations morales, et qu'ils ont pris l'engagement de proclamer la parole de Dieu tout entière. Que du moins, quand la cause juste aura triomphé , ils n'aient pas l'audace de se vanter de la gloire de leur pays, et puisque , dans cet âge du martyre , ils reculent devant le rôle de confesseurs, quon leur interdise le droit de marcher en triomphe avec la « glorieuî-e armée. » jNéanmoins , si le clergé d'Amérique suit l'exemple des autres arrière-gardes de la société, il sera le premier à se glorifier d'une réforme que tous ses efforts auront tendu à retarder.

La méprise honteuse et funeste dans laquelle le clerué est tombé sur la véritable nature de ses fonclions, la supposition qu'elle consiste à subordonner la vérité à la portée d'esprit de ses auditeurs, ont déjà pour résultat d'éclaircir les rangs dans les églises et d'obliger le peuple à chercher une administration de la religion mieux adaptée à ses besoins. Tout ce qu'il y a de manque de foi dans autrui et dans les principes , et de foi surabondante en soi-même dans cette manière d'envisager le devoir pastoral qui a été soutenu en particulier et prêché en public , est trop évident pour qu'il soit besoin de le faire ressortir davantage ; pour indiquer ses conséquences, il sufiit de renvoyer à l'histoire de tous les clergés..

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