QUATRIÈME PARTIE. RELIGION
cas (le ses services pour maintenir, sous le joug de la religion, leurs femmes, leurs enfants et leurs domestiques ; mais, depuis cette époque, en prècliant pour eux il a prêché dans le désert. Un père de famille , pieux et éclairé, me disait : « N'accueillez qu'avec précaution la parole superficielle des ecclésiastiques sur cette matière (il s'agissait d'un fait relatif à une question sociale) ; ils n'y connaissent rien et n'y peuvent rien connaître. — Pourquoi? — Parce qu'il n'y a personne qui les en instruise. Vous savez que tous les ^ens raisonnables considèrent le clercré comme tenant le milieu entre l'homme et la femme. » Dans une république où la politique fournit, à la moralité de chaque homme, un exercice et des moyens d'expression, le clergé se tient en dehors du mouvement des partis et même de tous les intérêts politiques. Quelques-uns se bornent à voter ; d'autres, n'osant pas même aller jusquel-à, donnent, comme à l'ordinaire, pour excuse que lopinion ne permet pas que le clergé, dans les affaires du monde, soit sur le même pied que les autres citoyens. Si cela est vrai , l'opinion publique n'a pas le droit de dicter leurs devoirs privés aux instructeurs moraux de la société, et le public montre par là qu'il a besoin des exemples du clergé, raison de plus pour le clergé de remplir fidèlement ses devoirs de citoyen. D'où viendrait la répugnance du public à voir le clergé s'acquitter de ses devoirs civiques, sinon de l'opinion populaire qu'il est inapte à les remplir? Si la démocratie voit que presque tout le clergé est fédéraliste ; si les négociants et les avocats fédéralistes regardent le
'ir,/^ DE LA SOCIETE AMERICAINE.
cltTgé comme impropre aux affaires ordinaires et le considèrent comme tenant le milieu entre l'homme et la femme, on comprend quelle répugnance on doit éprouver à le voir prendre part à la politique , si , toutefois, cette répugnance existe. Il ne faut pas s'en rapporter, à cet égard , à la parole du clergé seul ; car il lui arrive souvent de croire le peuple incapable de supporter des choses dans lesquelles les oaailles ont déjà devancé leurs pasteurs.
Un troisième inconvénient très-grave , résultant de l'isolement du clergé , c'est que , tout en privant les ecclésiastiques de l'espèce d'influence la plus élevée que l'homme ait reçue en partage, elle leur en donne une d'une espèce inférieure, influence aussi pernicieuse aux autres que dangereuse pour eux-mêmes ; influence limitée aux membres les plus faibles de la société , aux femmes et aux hommes superstitieux. Ceux-ci les appellent de fidèles gardiens. Gardiens de quoi ? Une personne bien portante peut garder un malade; un homme, sain d'intelligence, peut garder un aliéné; une grande personne peut garder un enfant, et, dans un but social , un surveillant peut garder un criminel. Mais comment un homme garderait-il son égal dans les matières spirituelles les plus absolument individuelles de toutes ? comment un homme pourra-t-il s'interposer entre l'âme d'un autre et l'infini vers lequel elle tend? Si l'on dit qu'ils sont les gardiens de la vérité et non de la conscience , on peut leur demander d'exhiber leurs pouvoirs. Dieu a donné la vérité pour tous; chacun doit en piendrc ce qu'il peut