QUATRIEME PARTIE. — RELIGION. 2t
en recevoir, et celui-là se rend coupable qui confie à un autre la garde de ce qui lui a été donné pour luimême. Quant à l'aptitude du clergé au rôle de gardien, il suflira de dire ce que je sais : l'infidélilé a pénétré dans l'enceinte de leurs églises, dans une proportion qu'ils ne soupçonnent même pas; et il règne, parmi leurs ouailles, un dérèglement dont ils seront les derniers à être informés. Même dans les choses regardées comme étant de leur compétence spéciale, l'état de la foi et de la moralité , ils sont plus dans les ténèbres que les autres membres de la société. Quelques-unes des personnes les plus religieuses et les plus morales se trouvent parmi celles qui n'entrent jamais dans leurs églises; au contraire, parmi ceux qui forment l'auditoire du pasteur , pendant qu'il subtilise sur des abstractions, bâtit un édifice morale sur des principes imparfaits ou sur des impossibilités métaphysiques, il en est en qui la capacité même de croire fermement a été cruellement détruite; il en est qui cachent une morale relâchée sous les dehors rigides de la religion; d'autres , plus désespérés encore , sont arrivés au point de faire marcher simultanément et leur religion et leur dérèglement. Cela ne ressemble-t-il pas à l'aveugle conduisant l'aveugle?
Sur ceux qui considèrent le clergé comme de fidèles gardiens, son influence est mauvaise en tant qu'elle se rattache à son ministère ; quant à celle qui est inspirée par l'amitié et les relations sociales , elle est bonne ou mauvaise, selon le caractère des individus. Je n'ai pas une haute opinion de l'utilité des visites du
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pasieur à ses ouailles , excepté à des personnes pauvres et affligées qui n'ont guère d'autre sympathie humaine à attendre. Je ne m'étendrai pas sur un sujet désagréable , le dévouement des dames au clergé. Je pense qu'il n'y a pas de ministre à vues libérales qui ne voie et ne sente que trop vivement tout ce qu'il y a d'inconvénients à ce que les femmes n'aient de ressource contre l'ennui que dans la religion , et à ce qu'il y ait une profession spéciale chargée de l'administrer. J'ai entendu quelques-unes des femmes âgées, les plus rationnelles et les plus pieuses que j'aie connues en Amérique , parler , avec le sentiment d'une conviction forte, des inconvénients qui résultent pour leur sexe des visites faites à leurs ouailles par des ecclésiastiques jeunes et pauvres. Il n'y a pas beaucoup de différence entre la confession auriculaire de l'Église catholique et la confiance spirituelle dans les ministres qui mettent le plus d'empressement à s'acquitter de ces sortes de visites. On peut voir, dans les journaux religieux de TAmerique, les secours que les femmes donnent à de jeunes ministres par le moyen de travaux à l'aiguille ou de souscriptions. Si des jeunes gens ne peuvent gagner par eux-mêmes de quoi terminer leur éducation , pourvoir à leur nourriture et à leurs vêtements sans le secours des femmes, ils peuvent conclure en toute assurance que leur vocation est d'abord de gagner leur pain , sans préjudice de ce quelle pourra être plus lard (i). Mais cette dépen-
(I; Voir rappendice F.