QUATRIEME PARTIE. RELIGION. 3<Î
dance n'est pas du tout nécessaire ; il y a plus de ressources pour les ecclésiastiques qu'il n'y a d'ecclésiastiques pour en profiler.
Un jeune ecclésiastique se plaignit, un jour , à moi de l'affliction que lui causaient les visites qu'il faisait à ses ouailles : il venait de visiter et d'exhorter une mère qui avait eu la douleur de perdre son enfant; douleur contre laquelle avaient échoué ses consolations. La malheureuse mère était restée immobile, écoutant tout ce qu'il lui disait; mais il avait la conviction de n'avoir produit aucune impression sur elle, et qu'il était résulté de sa visite plus de mal que de bien. Comment aurait-il pu en être autrement? Que savait-il de la douleur d'une mère pleurant la perte de son enfant? On l'avait envoyé chercher comme une sorte de magicien pour charnier la douleur du cœur, comme si une telle douleur pouvait être charmée. La sympathie est le seul moyen de la rendre supportable, et certainement il n'en avait aucune; il n'avait qu'une timide affliction qui venait aggraver encore l'alfliction maternelle : il était donc tout simple qu'il ne pût produire aucun effet salutaire.
La religion n'est administrée avec avantage en Amérique que par le caractère personnel des membres les plus vertueux de la société en dehors de la profession théologique, et aussi par les actes et les prédications des membres du clergé qui mettent le plus de régularité dans leur conduite et dans leurs idées. Les ecclésiastiques dont le caractère est exclusivement clérical sont , après les ecclésiastiques vicieux , les plus dangereux ennemis du christianisme.
La cause n'en est pas dans le système volontaire , car le mal est également grand des deux côtés de l'Atlantique ; et une religion de l'État, comme en Angleterre, ne fait qu'ajouter à ce mal: elle est dans le clergé supérieur, dans le scandale d'une classe insouciante, ambitieuse et mondaine, et, dans le clergé inférieur, elle naît du spectacle d'une classe négligée, mal rétribuée et portant à elle seule tout le poids du ministère (i).
Le mal réside dans une superstition qu'aucune religion de l'État ne peut détruire ; dans celle qui consiste à croire que la religion puisse être dans quelque chose qui n'est pas la vertu. Il en résulte qu'il existe une profession ecclésiastique non pour l'élude de la science tliéologique, ce qui serait très-raisonnable, mais j)Our la dispensation de la vertu : de là vient que la vertu ecclésiastique est séparée par la pratique de la vertu active personnelle et sociale ; de là vient encore que la classe agricole d'Amérique , continuellement en présence du grand-prétre de Dieu, la nature, et liors du contact mondain d'une société égarée par la superstition, est toujours en avant du reste de la société sur la grande question morale de l'époque, tandis que le clergé est toujours en arrière.
(1) Rien d'amusant comme de voir le point de vue sous lequel nos institutions aristocratiques et ecciésiasliques sont envisagées par la simplicité lOpiiblicaine : on m\i plusieurs fois demandé si les évoques anglais n'élaient pas une aiistocratie intermédiaire entre les lords et les communes.
\,Nolc de l'Auteur.)