‹ De la société américaineChapitre 123 sur 135 · QUATRIÈME PARTIE. — RELIGION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — RELIGION

Quel remède à cela? un changement dans l'administration religieuse. Le peuple ayant été élevé à croire qu'il voyait le christianisme dans ses ministres, il est d'abord résulté de cette erreur qu'on s'est mépris et qu'on se méprend encore sur le véritable esprit du christianisme. Les conflits moraux dont nous sommes témoins servent à rectifier celte erreur, et le peuple commence à s'apercevoir que ce qu'on croyait un miroir fidèle n'est qu'un grossier réflecteur ; ce qui l'amènera à regarder par ses propres yeux , sans aucun intermédiaire. La profession cléricale est trop difficile et trop périlleuse, trop peu justifiable en principes, trop opposée à l'esprit de l'Évangile, pour survivre longtemps aux investigationsreligieuses et individuelles auxquelles les fautes du clergé poussent chaque jour le peuple.

En attendant, à quoi devons-nous donc nous confier en matière de religion? à l'administration de Dieu et au cœur de l'honmie. Dieu n'a-t-il pas ses voix, différentes des nôtres , pour instruire l'homme alors qu'il s'égare? Dans l'ouest sauvage, loin des églises et des prêtres, il est doux de voir la religion fleurir à l'ombre des forêts, au souffle des vents, à la lumière des étoiles. L'enfant sur la pelouse n'est pas seul à prêter l'oreille pour entendre les pas de Dieu sur le parquet de sa création; nous sommes tous enfants et tous nous prêtons l'oreille. Des impulsions religieuses s'éveillent partout où il y a vie et religion ; partout où il y a affections à nourrir, vieillesse et enfance à protéger. S'il est vrai que la sensibilité religieuse ne soit jamais

mieux éveillée que par le spectacle de la beauté morale, Texistence de la religion est partout assurée ; car la beauté morale n'est pas moins perceptible à l'intelligence humaine que la lumière du jour aux yeux humains. La religion vivra tant que vivra l'histoire de l'Evangile, tant la beauté morale y resplendit avec éclat : comment ceux qui la contemplent pourraientils ne pas comprendre que , si elle se dévoilait à l'esprit de l'homme, elle serait à l'instant adoptée par sa raison et par son amour. Du jour de sa naissance elle a réorganisé et vivifié la société et poursuit maintenant son œuvre dans le nouveau monde. Comme je l'ai dit, les institutions de l'Amérique sont profondément implantées dans le christianisme; son esprit doit se frayer une route certaine au travers d'une société où il est, en quelque sorte , inné; le manque de confiance en ses propres forces ne peut arrêter pour toujours cet esprit dans sa sainte mission ; il continuera à signaler les anomalies , à démasquer Ihypocrisie , à gourmander la mauvaise foi, à sympathiser avec le proscrit, et à chasser les passions sordides de ce temple de la société, le plus glorieux qui ait jamais été construit. La société sera infailliblement chrétienne comme la démocratie est évidemment chrétienne.

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