ESPRIT DE CASTE
Ce mot, ou, du moins, le sens qui s'y rattache, ne passera pas plus de mode dans une république que chez les Indous. L'idée pourra varier dans son application spéciale; mais, partout où il y aura société, il y aura hiérarchie tenace. Comme cela est naturel et inévitable, cela, par conséquent, est bien. Reste la
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question de savoir quels doivent être les titres à la supériorité.
Comme il n'y a point, en Amérique, de hiérarchie féodale, excepté dans les Étals à esclaves, où vivent deux classes bien tranchées sans aucun autre intermédiaire, il semble absurde que ce qui reste en Europe de distinction féodale soit imité en Amérique. Partout où existe, aux États-Unis, une apparence d'aristocratie conventionnelle, elle doit prendre sa source dans la richesse, car elle ne peut s'appuyer sur la naissance. Une aristocratie d'argent est vulgaire par tous pays, et surtout dans une république. C'est la seule espèce de vulgarité que j'aie vue aux Étals-Unis.
J'imagine que les Anglais qui se sont plaints le plus de la vulgarité des manières américaines ont agi ainsi par deux causes : d'abord , en prenant pour base de leur jugement leurs idées conventionnelles, ce qui est une vulgarité de leur part; et ensuite parce que leurs relations avec les Américains ont été -limitées à ceux qui se considèrent comme l'aristocratie des États-Unis, aux opulents et fastueux citoyens des ports atlantiques.
Les voyageurs anglais sont reçus de la manière la plus hospitalière par cette classe de la société; on les présente dans le beau monde de Boston, de New-York ou de Philadelphie, et ils apprennent à voir le pays des mêmes yeux que leurs hôtes. Il n'y a pas de mal là dedans; c'est très-naturel, mais ce n'est pas pour un étranger le nçioyen de bien connaître le pays et sa population. Le voyageur qui cherchera soigneusement à voir par lui-même, non avec des yeux d'Européen cl