‹ De la société américaineChapitre 18 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. ôo · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. ôo

Le sentiment populaire s'élève avec tant de force contre la transmission des grandes fortunes et la préférence accordée à un enfant au détriment des autres , que nul n'essaye de le faire. Les rares tentatives faites par des personnes à prédilections féodales, pour perpétuer cette vicieuse coutume, ont heureusement échoué. On a beaucoup ri de l'expédient de l'un de ces testateurs, qui avait stipulé la réversion périodique des produits d'un domaine considérable, oubliant que les produits réversibles étaient vendables comme toute autre chose , et que , sous Tempire d'une démocratie, il n'est pas plus possible de régler les affaires privées que les affaires publiques des générations futures. Le plus grand propriétaire actuel d' Albany, dont tout le monde connaît la richesse héréditaire, se propose de partager sa fortune entre ses enfants, qui sont, je crois , au nombre de treize. Sans doute son exemple détruira la coutume de favoriser un seul enfant pour la conservation d'une grande fortune.

Ce progrès lent vers le nivellement de la propriété est une amélioration à l'état des choses dans l'ancien monde , où l'accumulation de la richesse par masse, le dénuement qui en résulte pour une portion considérable de la société et les lignes de démarcation qui s'établissent ainsi de classe à classe et d homme à homme, constituent un système trop absurde et trop barbare pour durer. Le progrès lent des Américains vers l'égalité dans la répartition des richesses est encore plus important en ce qu'il indique par quelle voie la société doit être un jour affranchie de ce qu'elle a

(l'absurde et de barbare sous le point de vue de sa propriété. Celte voie n'est encore aperçue que par un petit nombre; mais le grand nombre qui imite autant qu'il peut les errements du vieux monde, et nourrit avec soin ses prédilections féodales, ne pourra pas longtemps résister à la conviction que doit nécessairement amener en lui la force des principes républicains, à savoir que le seul moyen d'assurer une liberté sociale parfaite, assise sur des principes démocratiques, c'est la communauté des biens.

En Amérique on n'a pas une moins grande horreur que partout ailleurs du despotisme qui voudrait égaliser arbitrairement la propriété. Un pareil despotisme paraîtra toujours un fantôme de l'imagination. Le progrès vers le nivellement que demande maintenant l'opinion publique est d'accord avec la justice ; on veut que nul n'empiète sur la génération présente en vue de s'enricliir; que nul ne diminue la portion de ses enfants puînés pour enrichir l'aîné ; que nul n'empiète sur la génération présente en vue d'enrichir une génération à venir. Tout cela est admis et requis; mais, en vertu de la même règle et par suite du même principe, nul n'aura la permission d'enlever à l'homme laborieux la richesse acquise par son travail pour la donner à l'oisif; d'enlever au fort pour donner au faible ; d'enlever au sage pour donner à l'insensé. Une telle atteinte à la propriété ne peut jamais avoir lieu ni être sérieusement appréhendée dans une république où tous, sauf les ivrognes et les esclaves, sont propriétaires, et où la déclaration d'indépendance

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