TROISIEME PARTIE. CIVILISATION
revendique pour chacune de ces classes, avec la vie et la liberté , le droit de chercher le bonheur à sa cuise. Il n'y aura pas d'alteinte à la propriété aux États-Unis.
Ce que je crois inévitable, c'est un accord général sur un principe de propriété plus rationnel que celui sous lequel les populations s'agitent frémissantes; sous lequel la sagesse et la paix de la société sont bien inférieures à ce que les autres circonstances permettent d'espérer et de prévoir.
Les Américains moralistes sont mécontents, c Notre civilisation actuelle, dit le docteur Channing, est caractérisée et souillée par une dévorante avidité de richesse; et une cause qui plaide en faveur du droit contre la fortune doit éveiller une violente opposition, surtout dans les villes où cette divinité est adorée....» « La passion du gain sape de toutes parts tout sentiment pur et généreux , et de toutes parts suscite des ennemis acharnés contre toute réforme qui menacerait de détourner de son cours le fleuve de la richesse. Il me semble , parfois , qu'une grande révolution sociale serait nécessaire pour briser notre civilisation mercenaire actuelle, afin que le christianisme, maintenant repoussé par presque tous les gens du monde, put se mettre de nouveau en contact avec l'ànie , et reconstruire la société d'après ses principes purs et désintéressés (i). » Voilà une prophétie. Les hommes pour qui la vérité et la justice ne sont pas de vains mots sont les prophètes de l'avenir.
'1) Lettre de Channing à B rney. 1837.
TOSE III. 4
Les hommes instruits de l'Amérique ne sont pas moins mécontents que les moralistes: ils se plaignent du caractère superficiel de Tinstruction ; de la dépression ou de la non-existence de la liltérattire. Quelquesuns espèrent que les choses iront mieux, plus tard, quand la nation aura vieilli. Le plus grand nombre pense que le mal provient de ce que les hommes ont à s'occuper des travaux de leur profession ; enfin , il en est qui croient que l'Amérique aurait une littérature si elle avait une aristocratie héréditaire, seul moyen, prétend-on, de laisser aux individus le loisir et la liberté d'esprit nécessaires aux travaux littéraires. On a démontré que c'était une erreur. La nature et l'économie sociale ne s'accordent pas au point de conférer habituellement le génie à ceux qui ont la richesse héréditaire. La capacité s'est manifestée parmi les hommes occupés et pauvres beaucoup plus fréquemment que parmi les riches qui ont du loisir , de manière à déconcerter la présomption humaine qui voudrait prescrire par quelles bouches les oracles du ciel doivent parler. Il suffît de jeter un coup d'œil sur la foule des génies, des philosophes , des savants et même sur la classe bien inférieure des hommes instruits, pourvoir combien peu de bienfaiteurs du genre humain sont sortis des classiques ombrages, des studieux loisirs, des retraites savantes, etc.; et combien est plus grand le nombre de ceux qui ont exhalé leurs axiomes, leurs chants, leurs prophéties leurs hymnes du sein même de la foule laborieuse ! Quoi de plus proverbial que la pauvreté des poètes, le besoin de philosophie