TROISIEME PARTIE. — ClVILlSATlOiN. ol
de cette même race saxonne qui n'est pas partout aussi aimable. J'imagine que Ja pratique de Tindulgence, essentielle dans une république, est la cause de cette particularité agréable. Dans une république, nul, en théorie, ne doit dominer son voisin; dans l'intérêt même de ses droits, il ne peut longtemps la mettre en pratique. Si l'indépendance morale de quelques-uns, d'un grand nombre même, succombe sous cette pression égale et universelle, il en résulte, comme compensation, que les accès de tyrannie domestique sont par cela même restreints, et que le respect pour les droits réciproques , que les citoyens sont obligés de manifester extérieurement, ils l'observent également, dans l'intimité du foyer, à l'égard des êtres faibles et inoffensifs qui les entourent.
On aura peut-être quelque peine à concilier ce caractère universel de douceur avec la multiplicité des duels aux États-Unis, avec cette susceptibilité meurtrière qui ne se borne pas seulement aux habitants encore à moitié barbares du territoire. Quand on sait qu'à la Nouvelle-Orléans il y a eu, en 1834, plus de duels que de jours dans l'année, qu'entre autres quinze ont eu lieu un dimanche matin; qu'en 1855, dans cette ville, il s'est livré cent deux duels du P'" janvier à la fin d'avril, sans parler des coups de fusil et de pistolet échangés dans une querelle ; quand on se rappelle le duel entre Clay et Uandolph, la mort d'Hamilton dans un duel, et un grand nombre de faits du même genre, on s'étonnera qu'une nation chez laquelle de telles choses arrivent soit renommée pour la bienveillance
de son caractère. Mais la Nouvelle-Orléans est une localité à part : Vesprit de caste et la crainte du blâme régnent en maîtres dans ce séjour de licence effrénée ; les duels y ont lieu presque tous entre jeunes gens, et pour des causes frivoles. Sur ces cent deux duels que nous avons mentionnés, tous, à l'exception d'un seul, ont été de cette nature, et même sur les lieux la fréquence des duels excite un sentiment de dégoût et de honte. Une cour d'honneur fut instituée i)Our restreindre cette fatale manie; mais, malheureusement, elle n'obtint aucun résultat efficace ; son influence dégénéra au point qu'elle se borna bientôt à déterminer les armes des combattants, en sorte qu'elle finit par sanctionner le duel au lieu de le réprimer. Les duels les plus fréquents et dont l'issue est le plus fatale sont les duels à l'épée des créoles français.
Les cas extrêmes qui manifestent avec le plus d'évidence la folie et la perversité de cette pratique, la crainte lâche et vile sur laquelle elle se fonde, commencent à produire leur effet. Les jeunes gens qui vont dans l'ouest établir des sociétés nouvelles prennent quelquefois leur responsabilité à cœur et sont résolus à profiter de l'occasion favorable qui s'offre à eux pour substituer le vrai au faux courage, le courage moral au courage physique. La malheureuse cl déplorable affaire survenue à Philadelphie, où l'on vit un jeune homme doux et inoffensif, fils unique d'une veuve, forcé à se battre malgré ses énergiques r<îmontrances , obligé de subir le feu de son adversaire , et percé d'une balle au