‹ De la société américaineChapitre 3 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION

aussi bien que politique ; la poursuite des richesses aurait été restreinte sans difficulté ; la crainte de Topinion et de la violence aurait été bannie, et de nobles facilités, auraient été offertes aux progrès de rhomme extérieur comme aussi aux jouissances de l'homme intérieur ; mais il n'en a pas été ainsi , et l'on a eu un mélange de vieilles et de nouvelles influences, d'où est sortie une nouvelle espèce de civilisation.

La considération que l'ancien monde acccorde à la richesse est resiée dans le nouveau, quoique, je le crois et je l'espère, avec une force moins grande. Quoique tout le monde, en Amérique, et presque lout le monde en Angleterre , travaille pour arriver à la richesse, il me semble néanmoins qu'en Amérique ce but est moins qu'en Angleterre l'unique objet de la pensée et de toutes les sollicitudes. En Amérique, il est évidemment subordonné à une autre idée qui est encore une idole, mais d'un ordre supérieur à la premièi'e : le culte de l'opinion a certainement le pas sur celui de la richesse.

Dans un pays où la volonté de la majorité décide dans toutes les affaires politiques , on doit céder à la tentation d'appartenir à la majorité , à moins que cette tendance ne soit combattue par de puissants intérêts, ou par la probabilité d'un prochain triomphe de la minorité. Dans ce cas, il faut à la minorité une volonté forte pour être minorité ; une volonté forte est redoutée par les faibles, qui ont assez peu de foi pour croire qu'elle met en péril l'égalité politique , fondement principal de leurs institutions. Cet effroi amène la

persécution, ou, du moins, l'opprobre : l'opprobre devient un danger réel ; comme tous les dangers , il est plus redouté qu'il ne mérite de l'être, et plus il est redouté, plus il dure. C'est ainsi que, par un manque de foi dans l'infaillible opération du principe de vérité et de règle de justice , les principes ne sont plus que de vains mots dans lesÉtats du nouveau monde comme dans les royaumes de l'ancien monde; et la jeune nation qu'on espérait voir commencer une nouvelle et plus noble vie sociale met en pratique, dans sa civilisation, une idée peu supérieure à celles qui ont régné chez des nations moins bien partagées qu'elle en liberté politique.

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