‹ De la société américaineChapitre 33 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. CT · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. CT

jeunes lioinincs de Boston. Tous les regards les observent ; on veut voir si ceux qui brûlent maintenant d'ardeur pour une liberté complète respecteront plus tard les rêves de leur jeunesse, ou si , arrivés au milieu de la vie, ils tomberont dans la lâcheté, l'apathie et l'intolérance.

Qu'ils essayent seulement, et ils verront combien sont grands le bien-être et la paix qui accompagnent le complet exercice des droits, dût-il leur fermer pour un temps la carrière de la politique et peut-être de la fortune. Qu'ils regardent les traits du petit nombre de ceux qui, au milieu de Boston, vivent aussi librement que s'ils étaient au centre des prairies, ils verront sur ces visages une brillante sérénUé que ne pourrait donner le seul sentiment de la sécurité, La poursuite de la sécurité contre le dommage extérieur est ce qu'il y a de plus inutile dans ce monde. La seule sécurité oblenable porte habituellement un autre nom , c'est le repos dans la vérité absolue. Là où il y a une tempérance de caractère qui défie la médisance, une foi dans les hommes qui désarme le soupçon, une intrépidité qui eu impose à la méchanceté, et un esprit d'amour qui gagne la confiance, là est la sécurité, elle n'est que là. Si une ou jjlusieurs de ces conditions manquent, la sécurité fait place au danger dans la même proportion, et la prudence ne pourra jamais être que dune utilité passagère. La prudence règne aujourd'huien souveraine sur la population âgée de Boston et sur une portion trop grande de la jeunesse ; lindépendance anime le reste. Il faut savoir laquelle des deux aura succombé quand

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la jeunesse actuelle de la ville sera devenue ses législateurs, ses magistrats et ses représentants sociaux.

Je vais citer un extrait qui indiquera la nature des pensées et des sentiments de quelques personnes sur les lieux :

(t La liberté de pensée et d'opinion est opiniâtrement maintenue : dans cette orgueilleuse contrée, cette affection est devenue , en quelque sorte , un lieu commun : nos discours et nos journaux religieux ou politiques en sont remplis. Mais, après tout, est-ce là, parmi nous , le signe caractéristique d'une communauté quelconque? En est-il une seule qu'un juge compétent puisse montrer du doigt en disant : « Là l'opinion est libre? Au contraire, n'est-ce pas un fait douloureux et déplorable que , dans aucun pays de la terre, elle n'est plus enchaînée qu'ici ; que ce que nous appelons ici l'opinion publique a élevé un desposlisme comme il n'en existe nulle part? L'opinion publique! c'est un tyran assis dans l'ombre , entouré de mystérieuses et vagues terreurs , tenant ses pouvoirs on ne sait de qui ; monarque asiatique , inabordable , injuste , indétrônable, peut-être illégitime, mais irrésistible dans son pouvoir pour asservir la pensée , réprimer l'action, faire taire la conviction, et placer perpétuellement les cœurs timides sous le joug indigne d'une lâche crainte, la crainte d'une opinion menteuse, de jugements bruyants qui , répandus pour un jour par le souille populaire , contrôlent, par la bouche d'une impudente folie, les paroles et les actions du sage. De cette influence et de cette loi , de cet asservissement à l'opi

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