‹ De la société américaineChapitre 34 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION

uion, il résulte que nulle communauté n'est libre, bien que, sans nul doute, des individus le soient; mais votre comnuinauté , basée sur les principes que vous professez, est tenue de l'être (i). >

Voilà ce que j'avais à dire sur l'esprit des relations sociales : quant aux modes dans lesquels cet esprit se manifeste , leur agrément ou leur déplaisance est une affaire de goût; nulle nation ne doit avoir la prétention de juger les manières d'une autre , par une raison bien simple : c'est qu'il n'y a pas de règle commune de jugement; et, si un individu essaye de les juger, la sentence n'équivaut qu'à une déclaration de son goût particulier. Si, d'ailleurs, j'avais à exprimer ma pensée personnelle, je n'hésiterais point à dire que je préfère les manières américaines à celles de tout autre peuple.

Ce qui frappe le plus désagréablement un étranger, c'est la froideur et un air d'indifférence dans les auberges et les boutiques; l'habitude de fumer et conséquemment de cracher; le son de voix, surtout parmi les dames de la Nouvelle-Angleterre, et, au premier abord seulement, le ton de la conversation. Le grand charme de la société américaine consiste dans la déférence exquise et la bonté affectueuse qu'on se témoigne mutuellement.

Quant à l'habitude de fumer et ses désagréables conséquences, je n'en dirai rien, sinon qu'elle est trop invétérée pour que tout ce qu'on pourrait dire

(1} stale ihoughls ou the slate of the Times. Boston. 18?5. \K 27.

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daus un livre la corrigeât le moins du monde. Si le parquet des hôtels, le tillac des bateaux à vapeur et les lapis du Capitule ne dégoûtent pas les Américains au point d'amener à cet égard une réforme; si les avertissements des médecins ne peuvent rien , que restet-il à dire? j'abandonne ce dégoûtant sujet.

Il manque aux Américains un plaisir inconnu dans le timbre doux, sonore, argenté d'une voix de femme : un jour viendra sans doute où elles sauront parler autrement que sur le ton plaintif ou le ton aigu. Quand la santé des Américaines sera meilleure, leur voix s'adoucira; en attendant, elles ignorent combien leur manière de parler nuit à leur beauté remarquable et presque générale parmi elles.

Cbez les hommes, on ne peut s'empêcher de remarquer combien leur conversation paraît d abord lourde et monotone; ils causent d'un ton de voix uniforme, lentement et très-longuement , en sorte que l'étranger ne s'étonne pas que les Américains trouvent la conversation anglaise précipitée, rude et saccadée. J'ai trouvé lopinion assez généralement établie quen Angleterre la conversation est étudiée comme un art; un grand nombre de mes amis m'allirmaient la chose au point que je doutais presque si j'étais bien ou mal informée. S'il existe une pareille étude, je puis assurer que je n'en ai point trouvé d'application. Je n'ai jamais rencontré autant d'exemples particuliers de conversation artificielle «pie pendant les deux années que j'ai passées en Amérique; la conversation des hommes publics éminents était généralement plus

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