‹ De la société américaineChapitre 39 sur 135 · TROISIÈME PARUE. CIVILISATION. V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARUE. CIVILISATION. V

que nous ne pourrions jamais obtenir un repas confortable; mais, comme il nous fallait, à tout prix, manger, nous persistâmes à nous arrêter en cet endroit. La première pièce dans laquelle on nous fit entrer était bumide, et il n'y avait pas de feu allumé; or, nous étions déjà grelottants de froid. Je crus m'apercevoir que la famille évacuait la pièce voisine ; on nous l'offrit , et d'immenses bùcbes furent entassées dans la cheminée. Deux des demoiselles de la maison, en robes de cotonnade , les cheveux tressés et relevés, suivirent leur mère dans la cuisine , d'un air grave et d'un pas tranquille ; deux autres restèrent dans l'appartement , et après avoir arrangé leurs cheveux devant la glace , en notre présence , elles se mirent à préparer la table, tout en tricotant dans les intervalles. L'une ou l'autre était presque toujours assise avec nous, s'occupant à tricoter et répondant à nos questions avec une simplicité grave. Bientôt on nous apporta un des meilleurs déjeuners que nous eussions eus en Amérique : un plat chargé de tartines de beurre, des biscuits tout chauds, des beefsteaks, de la sauce aux pommes, des pommes de terre chaudes, du fromage, du beurre et deux plats d'œufs. Nous fûmes servis avec beaucoup de soin par les quatre demoiselles tricotant et leur mère, et l'on prit poliment congé de nous. La carte ne se monta qu'à deux dollars et un quart pour nous tous. « Avez -vous jamais vu des filles comme celles-là? » s'écria le jeune Carolinien , fraîchement débarqué d'Europe ; « à leur port et à leur démarche, on les prendrait pour quatre prin-

cesses captives î » Nous nous écriâmes tous que nous ne souffririons pas qu'on médît de ces jeunes personnes. Elles nous avaient traités avec ralteniioa la plus affectueuse , et nul ne pouvait dire si leur réserve était plus grande que ne le comportaient leur situation et leur position de fortune.

Tant de voyageurs ayant eu plus fréquemment l'occasion d'observer les manières américaines dans les voitures publiques et dans les bateaux à vapeur que dans les maisons particulières, tout a été dit sur ce sujet; seulement j'atteste que je ne crois pas que les Américains ne mangent pas plus vite que d'autres : la célérité aux tables d hôte est remarquable ; mais il en est de même en Angleterre , où Ton n'accorde aux voyageurs que dix minutes ou un quart d'heure par repas; dans les maisons particulières, je ne me rappelle pas avoir jamais été pressée. En voyage , la civilité empressée et non interrompue de tous les messieurs a quelque chose de frappant pour un étranger : le degré d'attention accordé aux femmes est plus grand, selon moi, qu'il n'est inutile et agréable à ceux qui le témoignent et à celles qui en sont l'objet; mais les manières dans une diligence américaine peuvent offrir une leçon et un exemple à beaucoup d'Européens qui ont une haute idée de leur civilisation. Je ne dirai pas précisément que tous les messieurs, vieux ou jeunes, malades ou bien portants, fatigués ou non, cèdent de droit aux dames les meilleures places de la voiture, ni que, en Virginie, par une journée de juillet , cinq messieurs prennent place , pendant plu-

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