TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION
sieurs lieues, sur l'impériale de la diligence, où il n'y a rien pour se retenir et pour appuyer ses pieds , pour qu'une jeune personne, d'une santé délicate, ait de la place pour étendre ses pieds et changer de position. !1 est évident que si elle n'avait pas la force de voyager, comme tout le monde, en diligence, sa fomille aurait dû voyager en voiture particulière ou rester à la maison plutôt que d'exposer cinq personnes à risquer leur santé et sacrifier leurs aises dans l'intérêt d'une seule. Quelques bons effets moraux que cette abnégation puisse avoir sur le caractère.des messieurs, ce n'en est pas moins une habitude fort préjudiciable aux dames; leurs manières en voyage ne sont rien moins qu'aimables. Des femmes qui sont charmantes chez elles sont, en voyage, de vraies enfants gâtées; il n'est pas rare de les voir trembler de peur et jeter de grands cris à la moindre apparence de danger; mais il y a quelque chose de pire encore dans le froid égoisrae avec lequel elles acceptent ce qu'il y a de meilleur en tout, sans s'inquiéter si elles imposent des sacrifices aux autres, et même, dans le sud et à l'ouest sans accorder un mol ou un coup d'œil de remerciment. On les prendrait véritablement pour des enfants gâtées , quand les messieurs ne sont pas là pour leur être sacrifiés. Dans la salle des voyageurs, en attendant les repas ou la voiture, et dans la cabine d'un bateau à vapeur, je n'ai jamais vu des manières plus repoussantes que celles de certaines Américaines; elles ont l'air de croire que vous voulez l'es maltraiter, jusqu'à ce que vous leur ayez prouvé le contraire; leur
regard est oblique et soupçonneux , ou bien elles vous regardent en face ; elles vous observent d'un air froid et immobile; si vous vous approchez, elles se mettent à rinstant même , sur la défensive, vous repoussent froidement pour prendre les meilleures places; dans tout ce qu'elles disent et font, pas la moindre trace de franchise ou de bonne humeur : voilà les conséquences désagréables qui résultent pour les dames de l'habitude d'être gâtées. Les dames de la Nouvelle - Angleterre, qui, par suite de la supériorité de leur nombre , sont obligées de com{)ter beaucoup moins sur les soins des autres, sont des compagnes de voyage bien plus agréables que celles du reste du pays ; on en pourrait conclure que c'est chez ces dernières un défaut dont il leur serait facile de se comger. J'ai toujours éprouvé que , lorsque je pouvais me contenir et montrer que je n'avais pas de mauvaise intention, l'apathie commençait à se fondre, les jolies dames s'humanisaient et se montraient comme je pense qu'elles sont chez elles au milieu de leur ménage. Si ces dames voulaient bien se demander de quoi elles ont peur, et pourquoi on serait moins gai, moins obligeant, moins agréable dans la société fortuite de cinquante personnes, dont l'agrément dépend principalement de leurs bons offices mutuels, que chez soi, au milieu d'une demi-douzaine de voisins, elles etfaceraient une tache désagréable dans les manières nationales , et aux charmes déjà si nombreux de leur patrie ajouteraient un attrait de plus.
J'aurais beaucoup à dire des mœurs de la cam-