‹ De la société américaineChapitre 41 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. HT · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. HT

pagne en Amérique ; mais le tableau qu'en a fait miss Seedgwick dans ses ouvrages est si beau et si frappant de vérité, qu'il serait inutile de m'y arrêter. Ces tableaux sont également intéressants pour le lecteur anglais et pour les Américains, à cause de la pureté et de la fidélité de l'esprit démocratique qu'ils respirent. La femme qui sut si bien apprécier le bonheur de vivre dans la société qu'elle a décrite méritait l'honneur d'être la première à la représenter aux alfections de l'humanité.

Les manières des classes riches dépendent nécessairement de la nature des objets et des intérêts qui les occupent; mais elles ne sont pas, en général, aussi agréables que celles de leurs voisins moins opulents. L'ostentation inquiète de ceux qui vivent pour le faste et l'étalage a, comme je l'ai dit, quelque chose de vulgaire ; c'est la seule vulgarité qu'on trouve dans le pays. C'est principalement aux eaux qu'il faut la voir se déployer : à Rockaway, dans le Long-Island, pendant que la compagnie attendait le dîner, je vis un jour, dans uue vaste salle, un certain nombre de groupes dont le croquis aurait fait la fortune d'un caricaturiste habile. Si une dame ayant de bons yeux et un ingénieux pinceau voulait esquisser les phénomènes d'affectation qu'on peut voir en un jour dans la piazza et le salon de Rockaway, elle pourrait devenir un utile censeur; mais ce serait une tâche trop pénible et trop honteuse pour quiconque possède un esprit vraiment républicain ; pour moi, en pareille compagnie, je ne pouvais revenir de mon éionnement ; j'étais comme

si l'on m'avait placée sur une sorte de terrain équivoque, entre la société complètement imaginaire des romans soi-disant maritimes, publiés depuis quelques années, et les larges esquisses de la vie américaine par M^ Darblay. Cela ne ressemblait à rien de réel , quand je voyais les jeunes demoiselles , resplendissantes de parure, se promener avec affectation, tenant à la main un mouchoir de batiste , de soixante-dix dollars, et s'arrêter en extase en voyant entrer un petit enfant; les mères aussi, pleines d'une affectation d'une autre espèce , et les frères errer çà et Là , tantôt avec gravité, tantôt avec nonchalance; et, au milieu de tout cela, pas une physionomie, pas un mouvement, pas un ton naturel qui viennent vous dédommager. J'évoquais alors, comme contrastes, les scènes de village dont j'avais été témoin : la noce joyeuse , les promenades en chariot, les offrandes de fleurs sauvages à l'étranger, la politesse mutuelle et simple , et je pouvais à peine croire que des scènes si opposées existassent dans la même république.

Les manières du genre de celles que je visa Rocka- -Nvay sont, dans le pays, considérées comme vulgaires: cela doit être, car celles de la majorité leur sont bien supérieures. Elles ne méritent d'être remarquées que parce qu'elles sont absolument anti-républicaines dans leur principe et leur expression: or, le moraliste doit signaler, dans chaque classe, tout ce qui s'éloigne du principe républicain et imprimer le cachet du mépris à des manières vicieuses ou fausses dans une société basée sur des principes constitués. Le mépris , ainsi

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