‹ De la société américaineChapitre 42 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION. Ho · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION. Ho

infligé , sera peut-être un moyen d'épargner ce ridicule à ceux qui seraient tentés de se le donner. L'ostentation , en Amérique, peut être diminuée par le ridicule et le dédain , comme l'a été le suicide en France. Il vaut mieux détourner les esprits faibles et vains d'entrer dans la carrière de la vanité que de les signaler alors qu'il est trop tard; d'ailleurs, n'est-il pas préférable, dans l'intérêt des esprits lucides et forts, de n'avoir à mépriser que des choses et non des person nés; s'il est utile , s'il est nécessaire, en effet, de stigmatiser un vice abstrait, il n'est pas également nécessaire de le personnifier dans les individus qui en sont atteints.

En considérant les manières des riches, on fiiit naturellement abstraction de la meilleure sorte de riches, de ceux dont les principes et l'esprit sont démocratiques , les désirs modérés, les occupations rationnelles. Leur richesse devient , à leur égard , une circonstance peu importante. Ils font plus de bien que d'autres, soutiennent un plus grand nombre d'institutions utiles ; ils possèdent des maisons et des bibliothèques admirables ; mais ces choses ne sont point associées à eux dans l'esprit de leurs amis aussi longtemps qu'elles ne le sont point dans le leur. Ils rentrent dans la classe des hommes honorables et indépendants , véritable gloire du pays, tous justes comme s'ils n'étaient pas riches. Vient ensuite une autre classe de gens riches: ce sont ceux qui font un usage utile de leur temps et de leur argent , mais qui n'ont pas le bonheur de posséder la véritable foi démocratique; ceux-ci ont des

SOGIKTÉ AMÉRICAI>E. — TOME III, 8

manières infiniment meilleures que celles de Rocka- Avay , mais moins bonnes cependant que celles des républicains plus purs : ils sont supérieurs à la vanité de l'étalage et aux luttes de la mode, mais ils redoutent Tascendant de l'ignorance et se défient des classes qu'ils ne connaissent pas. Ils lisent ; leur imagination habite l'ancien monde, et ils ont insensiblement adopté l'un de ses préjugés, à savoir que le peuple ne peut être qu'ignorant, passionné et avide. Leur conversation trahit une présomptiom et leur personne un malaise qui ne peuvent être que défavorables aux bomies manières. Celte classe, peu nombreuse, est, en général, si respectable et quelquefois si utile pour des objets importants, qu'il est bien à désirer qu'elle se reporte perpétuellement aux principes démocratiques qui calmeront ses inquiétudes et donneront à ses manières cette sérénité , apanage des républicains sincères qui ont tout à espérer et peu à craindre.

L'un des spectacles le plus curieux du pays est la réception du président. Rien de plus facile que d'en rire, car il n'est peut être pas de réunion d'hommes qui n'ait son côté risible. La réception du président prête , sous plus d'un rapport, au ridicule ; les hommes y vont en manteaux de voyage , en ceintures de cuir ; ou y voit des perruques de toutes les dimensions , et une immense variété de saints adressés au premier magistrat. Les femmes s'y rendent en chapeaux et en châles, causent, montent sur les chaises pour mieux voir, et, de là , promènent leurs regards sur les vastes salles. On raconte que deux jeunes filles , ainsi costii-

Page 1