‹ De la société américaineChapitre 47 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION

L'intelligence de la femme est comprimée; j'en vis une preuve évidente. A peine étais-je débarquée depuis dix jours, que je rencontrai, parmi les femmes, d'insupportables pédantes; dans mes excursions dans le pays, j'ai trouvé un plus grand nombre et une plus grande variété de femmes pédantes que l'exjjérience de toute une vie n'en ferait découvrir en Europe. Je pourrais remplir de portraits le reste de ce volume, mais je m'en abstiens par respect même pour ce pédantisme. Partout où l'intelligence a la carrière libre, le pédantisme n'existe ni chez les hommes, ni chez les femmes : il est le résultat d'une intelligence qui ne peut rester entièrement passive, mais qui, se sentant le besoin de déployer quelque force, le fait par l'intermédiaire d'une moralité étroite. Le pédantisme indique le premier effort de Tintelligence pour rompre ses entraves ; c'est donc un symptôme encourageant.

L'intelligence de la femme est comprimée par une injustifiable restriction des deux moyens d'éducation : l'enseignement positif et la discipline des circonstances. La première de ces restrictions, quoiqu'elle précède l'autre dans la chronologie de l'individu, en est une conséquence directe pour la totalité du sexe ; et comme, d'ailleurs, les femmes n'ont dans la vie aucun but qui exige une éducation large, cette éducation ne leur est pas donnée. L'éducation des femmes , en Amérique , est à peu près ce qu'elle est en Angleterre. On leur enseigne certaines choses qui sont jugées nécessaires parce que tout le monde les

apprend , dont l'utilité se borne à remplir le temps, à occuper innocemment Tattenlion, à perfectionner la conversation , à mettre les femmes à même de tenir compagnie à leurs maris et d'enseigner quelque chose à leurs enfants ; mais ce qu'on leur communique ainsi est, en général, reçu passivement, et ce qu'elles apprennent est dû surtout à la mémoire. Il est rare qu'on les entoure d'une combinaison d'influences propres à developer une saine activité intellectuelle ; cette activité même est réprimée, quand elle dépasse ce qui est nécessaire pour rendre facile la besogne du maître. Cela sera logique aussi longtemps que les femmes seront exclues des objets pour lesquels les hommes sont élevés. Tant qu'il y aura des droits naturels dont l'usage est interdit aux femmes, des réclamations justes qui ne doivent pas être écoutées, des matières importantes qu'elles ne doivent pas aborder même par l'imagination, l'activité intellectuelle leur sera dangereuse, et pourra paraître inconvenante. En conséquence, le mariage est le seul but laissé en perspective à la femme. Elle ne peut cultiver la philosophie que par caprice et sous peine du ridicule ; la science , que comme un passe-temps et à la même condition. L'art leur est, dit-on, laissé ouvert; mais on leur refuse l'instruction nécessaire et surtout l'indispensable expérience de la réalité. La littérature leur est aussi permise, dit-on; mais sous quelles peines et avec quelles restrictions? Pour montrer jusqu'où va l'insolence à laquelle est exposée , en Amérique, l'intelligence des femmes, il me suftirait

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