‹ De la société américaineChapitre 48 sur 135 · TROISIEME PARTIE. CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. CIVILISATION

de citer les trois dernières pages d'un article de la Revue de l Amérique du nord, sur le dernier "roman miss Sedgwick. Je sais que beaucoup en ont rougi et ont exprimé hautement leur désapprobation; mais le fait seul qu'il a pu se trouver dans le pays mi homme pour récrire, un éditeur pour le répandre, que d'aussi intolérables outrages aient pu se produire en public , un tel fait est une preuve suliîsante de la dégradation du sexe. Ainsi, il ne reste aux femmes que le mariage. Je me trompe; on prélend qu'elles ont encore la religion. La religion est un état de l'esprit, non un but : c'est l'atmosphère morale dans laquelle les êtres humains doivent vivre et se mouvoir. On ne vit pas pour respirer, on respire pour vivre. Une Allemande douée de talents et de facultés extraordinaires me faisait observer, avec surprise , que toutes les connaissances des Américaines étaient basées sur la théologie. Elle me disait que, dans son pays, la théologie était cultivée avec les autres sciences, mais que l'Amérique était le seul pays où elle constituait la base de toutes les connaissances. Celte dame , même en se plaignant ainsi, présentait la chose sous un aspect trop favorable. Les femmes américaines ne réunissent pas les conditions requises pour létude de la théologie ; la différence entre la théologie et la religion, la science et le caractère est encore à peine connue parmi elles. C'est la religion qu elles cultivent comme occupation ; de là ses faibles influences sur la conduite aussi bien que sur l'intelligence. Les femmes se rejettent sur le mariage comme sur le seul but qu'on leur ait posé

dans la vie ; car la somme et la substance de l'éducation des femmes, en Amérique comme en Angleterre, ont pour but de les accoutumer à considérer le mariage comme la condition unique de leur existence, sans qu'elles puissent en ambitionner une autre.

La moralité des femmes est écrasée. S'il est quelque chose dans le monde d'une universalité absolue, c'est la découverte et l'adoption du principe et de la loi du devoir. Comme tout individu, homme ou femme, a une raison et une conscience, c'est une tâche que chacun est autorisé à accomplir par lui-même. Mais non-seulement cela est interdit aux êtres qui, comme les Américaines, n'ont, pour ainsi dire, aucun but en perspective dans la vie , mais toute la force de l'opinion est dirigée avec amertume contre celles d'entre elles qui font un libre usage de leur intelligence, en décidant en quoi consiste le devoir et quels sont les moyens de l'accomplir. Il n'y a rien d'extraordinaire, aux yeux de l'observateur désintéressé, dans l'intérêt profond qu'inspire à des femmes la situation des esclaves, de ces mères, de ces épouses, de ces hommes découragés et avilis par l'esclavage; il est naturel qu'elles cherchent à leur venir en aide , il est naturel qu'elles rougissent de la lâcheté de ces esclaves Mancs du nord , que Tintimidation empêche d'user du droit de la parole et de la presse en faveur d'une race opprimée; il est naturel qu'elles prennent la résolulion de ne pas suivre cet exemple; il n'y a rien que de jusliliable en elles à user de leur liberté morale, chacune pour son compte et en bravant les menaces

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