TROISIEME PARTIE. CIVILISATION
(le châtiment; et, toutefois, que d'efforts n'a-t-on pas faits pour comprimer l'action des femmes qui consacraient ainsi leurs facultés humaines à la question de Tabolition, et pour étouffer les convictions de celles qui seraient tentées de lever les yeux et de se laisser entraîner par l'admirable exemple qu'elles voyaient. On se rappellera que des femmes firent les premières prévaloir le droit d'association et de discussion, le jour où Garison fut saisi par la populace des gens comme il faut de Boston. En cette occasion , des affiches placardées dans la ville accusaient ces femmes de fouler aux pieds les bienséances et de compromettre la délicatesse de leur sexe. Les journaux , qui louent rinlervenlion des dames dans toutes les autres ques- . tiens de charité et de bienfaisance, pour lesquelles elles ont coutume de se réunir et de conférer, étaient remplis des reproches les plus vils et des insinuations les plus offensantes; tous les pamphlets publiés sur cette question censurèrent l'acte de devoir que les femmes avaient accompli en décidant elles-mêmes ce qu'elles avaient à faire. Une dame haut placée par ses talents et son caractère , dont on recherchait les ouvrages avant qu'elle eût fait quelque chose de mieux que le meilleur livre, en obéissant aux inspirations du devoir et en devenant abolilionniste , a été presque excommuniée depuis. Une famille de dames que leurs talents et leur loyauté recommandaient à l'estime de la société , et qui jouissaient d'une honorable réputation dans l'enseignement , a perdu toutes ses élèves depuis qu'elle a fait connaître ses opinions abolition-
iiistes. Le reproche qu'on fait aux femmes dans tous les cas de cette nature , ce n'est pas d'avoir des opinions abolitionnistes , mais bien d'y conformer leurs actes. Le bruit qu'on fait, en parlant de la modestie du sexe , ne prouve qu'une chose : c'est que la fidélité à la conscience est incompatible avec cette modestie. S'il en est ainsi, que la modestie succombe. C'est une fausse modestie qui est ainsi en danger. Sans doute, il y eut à Rome des hommes scandalisés de l'audace inconvenante des femmes chrétiennes venant dans l'amphithéâtre se faire mettre en pièces pour leur religion; sans doute, il y eut dans l'armée anglaise plus d'un officier trouvant incompatible avec la modestie de leur sexe l'action des femmes et des filles des héros révolutionnaires transformées en héroïnes révolutionnaires; mais l'événement a une puissance merveilleuse pour modifier la sentence définitive. Les chrétiennes intrépides, les braves Américaines d'il y a cinquante ans sont maintenant honorées, pendant que les courageuses abolitionnistes de nos jours, dignes de leurs aïeules , sont les confesseurs et les martyrs de notre âge.
Je pourrais citer un grand nombre de conversations et de faits pour prouver à quel point la moralité des femmes est écrasée ; mais je me bornerai à un seul exemple : une dame qui passe pour avoir un cœur sain et une tête lucide, quand des questions épineuses ne sont pas sur le tapis, louait, un jour, devant moi l'ouvrage du docteur Channing sur l'esclavage.* iMais, r> ajouta-t-elle, « ne trouvez-vous pas que ce soit grand