‹ De la société américaineChapitre 54 sur 135 · TROISIÈME PARTIE, — CIVILISATION. i · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, — CIVILISATION. i

ciliation des parties , la cause peut être facilement reprise. Dans le Massachusetts , le terme cruauté reçoit une si grande latitude , et les motifs admissibles ont été si sagement réglés , que les divorces s'obtiennent avec une facilité remarquable. Il en est résulté ce qu'on devait naturellement attendre : c'est que là on n'entend jamais i>ailer d'un divorce , etc. Un légiste eminent de Boston , exerçant sa profession depuis longues années , m'a affirmé qu'il n'en avait jamais vu qu'un exemple. Il en est ainsi partout où la loi présente un remède facile , et , toutes choses égales , en raison même de ses facilités , par la raison évidente qu'il résulte de la protection offerte par la loi à la partie lésée que les mariages se contractent avec plus de sécurité et qu'une égalité plus grande préside aux relations conjugales. On sait que la violation des devoirs conjugaux ne restera pas impunie. Pendant mon séjour dans la Caroline du nord , la femme d'un joueur obtint le divorce sans la plus légère difficulté. Quand elle eut prouvé les dangers pécuniaires et moraux résultant pour elle-même et ses enfants de la passion de son mari pour le jeu , la loi passa à l'unanimité dans les deux chambres.

Bien évidemment la léirislation ne doit intervenir dans le mariage que pour les arrangements relatifs à la propriété ; sa mission se borne à veiller aux droits réciproques de la communauté et des enfants issus du mariage. Là, doit s'arrêter sa compétence. Un progrès vers la reconnaissance du vrai principe de l'inlervcnlion législative, en matière de njariage , a été fait, en

iU DE LA SOCIÉTÉ AMÉRICAINE.

Angleterre , dans la nouvelle loi qui fait du mariage un contrat civil , laissant l'obligation religieuse à la conscience et à la convenance des parlies. On finira probablement par reconnaître que , lorsque Tobligation civile est remplie , lorsque les parties , sans Tassistance de la législation, ont assuré d'une manière satisfaisante les intérêts des enfants issus du mariage, la loi n a plus en principe rien à y voir. Ce principe a été mis en pratique à Zurich , et il en est résulté les meilleurs effets pour la moralité des relations conjugales. Là , les époux ont le droit de divorcer d'euxmêmes, en se soumettant aux prescriptions de la loi, c'est-à-dire, en prouvant qu'ils ont légalement pourvu aux intérêts des enfants issus du mariage. Dans les commencements, on redoutait les effets moraux de l'absence de restrictions légales ; mais l'événement a justifié la confiance de ceux qui avaient la conviction que les lois de l'affection humaine, quand on les laisse à elles-mêmes, sont plus sacrées et plus obligatoires que lorsqu'elles sont l'œuvre des législateurs. Il y eut d'abord un peu de légèreté dans l'application , surtout de la part de ceux qui souffraient de l'ancien état de choses; mais la moralité de la société devint bientôt et est restée depuis éminemment pure.

On prétend, en Amérique, particulièrement dans la Nouvelle-Angleterre , que la morale de la société y est d'une extrême pureté. J'en doute tout en regrettant d'en douter. Aucune comparaison ne doit être permise entre des pays placés dans des circonstances différentes, et il n'entre dans la pensée do personne

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