‹ De la société américaineChapitre 56 sur 135 · TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION

L'inévitable conséquence de ces sortes d'union est l'altération, pour ne pas dire profanation, de la sainteté du mariage; c'est un appel au vice. Quand on voit des hommes ou des femmes s'épouser sans s'aimer, on peut tout au moins craindre que les uns et les autres aiment ceux qu'ils n'ont pas épousés. Cette vérité est attestée , çà et là , dans les campagnes par des fliits douloureux, et plus encore dans les villes , dans une classe de la société où ces choses sont rares en Andeterre. Je crois que la vie conjugale est infiniment plus pure en Amérique qu'en Angleterre; mais je ne crois pas que, sous les autres rapports, rAmérique puisse, en cette matière, se vanter d'une grande supériorité. Ce que je puis dire, c'est que, dans un seul État, j'ai entendu parler d'un plus grand nombre de fiiutes commises dans des familles distinguées qu'il n'en est jamais venu à ma connaissance en Angleterre, et j'ajouterai qu'elles étaient l'objet d'une réprobation plus passagère et plus superficielle qu'elle ne l'aurait été dans ma patrie. Je sais qu'en Europe, par un calcul d'égoïsme, les victimes sont choisies de préférence dans une classe qui ne peut faire connaître ses périls et ses griefs, tandis qu'en Amérique il n'existe pas heureusement de telles classes. Je sais que cette circonstance rend toute comparaison impossible; mais il n'en est pas moins certain que la moralité de la société américaine est moins pure qu'on ne le prétend. Si l'on veut parler de la population agricole, à la bonne heure; mais que, du moins, une gratitude pieuse ou un patriotique orgueil empêche les classes aristocratiques

des villes d'élevei' cette prétention , elles qui , en introduisant l'habitude des mariages mercenaires , se sont rendues responsables de toutes les conséquences qui peuvent en résulter.

Un étranger examinant la moralité de la société américaine en vient à cette conclusion , que la nature humaine est à peu près partout la même, et que ce n'est pas dans l'amélioration des fortunes , mais dans la justice rendue à la nature humaine , qu'il faut placer l'espoir de temps meilleurs. Les lois et les coutumes engendrent des causes de vices et doivent, par conséquent, être perpétuellement surveillées et corrigées; mais les lois et les coutumes ne sauraient non plus créer la vertu : elles peuvent l'encourager, la fortilier, mais elles ne peuvent la produire. Aujourd'hui, il faut agrandir les objets d'existence et fortilier la discipline individuelle dans la société tout entière , afin que chacun perfectionne sa nature et compte , pour cela , sur ses propres efforts plutôt que sur des combinaisons incertaines que feront naître , peut-être , des circonstances sociales et extérieures. Surtout il faudra laisser aux femmes l'usage et le bénéfice de toute la somme de force naturelle que le Créateur a jugé à propos de leur donner. Il est essentiel à la vertu de la société qu'il leur soit accordé une liberté d'action morale non entravée par l'ignorance , non intimidée par l'autorité ; en eiïet, n'est-il pas vrai que, si les femmes n'étaient pas faibles , les hommes ne pourraient être pervers ; que, si les femmes étaient courageusement pures, l'infâme tyrannie de la licence aurait un terme?

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