TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. r
cette réserve qui porte un cachet d'égoîsme si prononcé. Les Américains du nord sont, par l'éducation et l'habitude, tellement accoutumés à la réserve dont je parle, qu'ils ignorent son étendue et sa singularité. Ils so.nt blessés des remarques que font les étrangers à propos de cette singulière manie, et du ridicule que déversent sur elle ceux de leurs compatriotes qui ont voyagé hors de leur pays. Mais la singularité est en eux. Ils peuvent parcourir le monde entier; nulle part, ils ne trouveront une société qui consente à se soumettre à la contrainte d'une réserve permanente, et à déférer sans cesse aux opinions d'autrui. Ils ne trouveront que chez eux une société où il n'est pas jusqu'aux petits enfants qui ne prennent garde de commettre des méprises et ne parlent de l'effet des actions sur l'opinion des autres; où les gens déterminent en silence quelles opinions ils exprimeront en public et celles qu'ils n'avoueront que dans l'intimité du foyer ; où presque toutes les femmes écrivent des lettres pitoyables, parce qu'il est convenu qu'on ne doit pas confier ses secrets au papier; et où les personnes d'un âge mùr semblent manquer presque universellement de cette foi aux principes, qui fait qu'on les exprime en tout temps et dans toutes les circonstances.
« Mistriss B, j> disait un enfant de onze ans à une de mes amies, « à quelle église allez-vous? — A celle de M***. — 0 mistriss B, vous êtes donc unitaire? —Non. — Pourquoi donc allez-vous dans cette église? — Parce que j'en aime le service. — Mais mistriss B, songez à l'exemple, l'exemple, mistriss B! »