SOCIÉTÉ AMÉRICAINE. — TO.MR !U
Après avoir passé quelque temps clans le pays , je fis observer, à une personne qui connaissait parfaitetenient la société au milieu de laquelle elle vivait, que, depuis mon débarquement, je n'avais pas encore vu une lettre passable écrite par une dame , quoique la conversation de plusieurs, parmi celles qui m'avaient écrit, me parût supérieure. Toutes les lettres étaient insignifiantes, réservées dans leurs expressions, limitées à des lieux communs et surchargées de flatteries.
L'art épistolaire, répondent-elles, n'existe pas en Amérique ; nous n'avons pas de lettres bien écrites. La force de l'opinion publique est telle , et les périls de la publicité sont si grands, que les hommes n'écrivent pas ce qu'ils pensent , dans la crainte que leurs lettres ne tombent en de mauvaises mains. Ceci réagit sur les femmes et rend leur style artificiel. Ce n'est pas qu'il n'y ait des lettres bien écrites en Amérique ; parmi mes amis et correspondants dans ce pays, il y a des femmes et des hommes dont le style pour la franchise, la grâce et la beauté , ne saurait être surpassé ; mais je ne connais point de milieu entre cette excellence et rinsignifiance complète qui caractérise tout le reste.
Quand l'étranger est un peu revenu de la première impression pénible que lui cause toute cette réserve, il demande naturellement ce qui peut la rendre nécessaire. A cette question je n'ai jamais entendu faire une réponse satisfaisante. La force de l'opinion publique ne saurait faire à un individu, homme ou femme, un mal comparable à l'inconvénient de vivre dans une réserve perpétuelle. Quiconque, homme ou femme,