‹ De la société américaineChapitre 60 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION

par leur défaut de jugement ou de caractère , méritaient les embarras où elles se trouvaient. Cela est vrai , surtout des dames anglaises établies en Amérique. Elles apportent des habitudes de commandement et veulent être obéies, et, quand elles voient qu'elles ont complètement échoué sous ce rapport, elles commencent à avoir peur de leurs domestiques. Lors même qu'elles savent que le service domestique est un contrat, un échange de service contre une rémunération, l'autorité du maître ne pouvant exiger autre chose que l'accomplissement du service promis quand les dames ont appris à acquiescer verbalement à cela, elles n'en sont pas moins portées à se formaliser de choses qui ne les regardent pas. Si une domestique veut servir à table, en lunettes et sans un bonnet qui couvre sa rare chevelure; si une autre va, le dimanche matin , à l'église , habillée exactement comme sa maîtresse , la dame n'est aucunement responsable du mauvais goût de ses serviteurs. Mais ce sont des choses que les Anglaises ne peuvent pas comprendre ; elles ne veulent pas laisser leurs domestiques faire leur ouvrage à leur manière , ou distribuer leur temps comme il leur plaît, entre l'ouvrage de leur maîtresse et le leur. Il en résulte qu'elles se trouvent bientôt dans l'impossibilité d'avoir des domestiques américains , et qu'elles sont réduites à la nécessité de prendre des Irlandais; or, tout le monde sait ce que c'est habituellement que ces domestiques-là. Quelquesuns sont des meilleurs qu'on puisse trouver en Amérique : ce sont ceux qui savent apprécier une maison

respectable , une revenu fixe et suffisant , l'honneur d'inspirer la confiance et l'avantage d'avoir, pour le reste de leur vie , des amis précieux ; mais un trop grand nombre est changeant, insouciant, malpropre; quelques-uns manquent de probité et d'autres de tempérance.

J'ai toujours trouvé que les maîtresses de maison les plus heureuses étaient celles qui se conformaient le plus exactement à des principes de justice et de bonté. Celles-là ont soin que, dès l'abord, les conditions mutuelles soient complètement expliquées, afin qu'il n'y ait jamais matière à contestation. Le candidat est non-seulement informé avec précision de la nature de l'ouvrage ; non-seulement on le met au l'ait de tout dans la maison, mais encore on s'entend d'avance avec lui sur les cas où les convenances des deux parlies contractantes pourraient être en opposition : par exemple , la maîtresse stipule que sa domestique, avant de sortir, la préviendra quelques heures d'avance , et que ces sorties ne pourront avoir lieu quand il y aura de la société. En retour , elle accorde tout ce qu'il lui est possible d'accorder au domestique pour les délassements, les visites de sa famille, etc. Quand on s'est bien entendu, il y a probabilité que les clauses du contrat seront fidèlement exécutées et libéralement interprétées de part et d'autre. J'ai vu des exemples de domestiques ayant passé cinq, sept, onze et même quatorze ans dans la même maison, satisfaits et en boimo intelligence avec leurs maîti-es. J'ai vu d'autres familles qui , sans qu'il y eût de leur

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