TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION. lir
faute, ont changé trois fois de domestiques en quinze jours. J'en ai connu aussi qui ne seront jamais satisfaits sous ce rapport, à moins qu'ils n'apprennent les premiers principes de la démocratie.
Beaucoup de dames, surtout à la campagne, prennent des petites filles qu'elles forment au service , après leur avoir fait contracter un engagement. On choisit ordinairement une petite fille de l'âge de onze ans, et elle est tenue de rester jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Sa maîtresse s'engage à la vêtir, à l'envoyer à l'école le dimanche et certains jours de la semaine, et à lui donner, au terme de son engagement, excepté en cas de mauvaise conduite, une somme de 50 dollars ou une vache, ou quelque chose d'une valeur égale. Sous une bonne maîtresse , c'est un excellent marché pour la petite fille; mais les maîtresses se plaignent de ce qu'aussitôt que ces domestiques deviennent véritablement utiles, à l'âge de quatorze ou quinze ans, elles commencent à se montrer mécontentes, ne manquant pas de bons amis pour leur dire quels excellents gages elles gagneraient si elles étaient libres (i).
Dans plusieurs localités où j'ai résidé plus ou moins longtemps, tout marchait, dans la maison, d'une manière aussi facile et aussi agréable qu'on eût pu le désirer même en Angleterre. Ailleurs, les détails d'em-
(1) Les gages des domestiques varient selon les circonstances. Dans les villes de Test, un bon valet de pied leçoit vingt-cin(i dollars par mois; un cuisinière, deux dollars par semaine j et une femme de chambre, un dollar et demi.
{yole de l'auteur.)
barras domestiques étaient tout à la fois instructifs et amusants: d'abord, on me parlait peu de ces choses-là, car on croit généralement, en Amérique, que les Anglaises s'occupent à peine des affaires du ménage. Les Anglaises doivent Terreur où Ton est sur ce point, ainsi que sur beaucoup d'autres, aux romans fashionables qui inondent le pays depuis New-York jusque par delà le Mississipi. Quoique les Américains répètent et croient que ces livres n'offrent qu'un tableau erroné de la vie anglaise, ils ne peuvent se défendre tout à fait des impressions qu'ils y puisent. Un trop grand nombre d'entre eux se figurent involontairement les dames d'Angleterre semblables aux duchesses et comtesses de ces livres de bas étages, et sont fort éloignésde croire que les femmes des négociants, des manufacturiers, des boutiquiers et de la majeure partie des hommes appartenant aux professions libérales achètent elles mêmes leurs provisions, tiennent leurs livres de dépense, surveillent les travaux d'aiguille, la cuisson, les conserves, etc., et préparent même quelquefois, de leurs propres mains, un mets affectionné par leur mari. Lorsque l'on eut appris de moi que les Anglaises et les Américaines avaient, après tout , à peu près les mêmes choses à faire , je fus initiée à l'état réel de l'économie intérieure.
Toutes les Américaines doivent savoir empeser, repasser , tenir l'argenterie et la vaisselle , apprêter des mets choisis; et si, en outre, elles savent faire le pain et la soupe , c'est pour elles un avantage de plus. Les messieurs se chargent habituellement d'aller au marché, ce qui ne me paraît pas convenable. Une dame fori