‹ De la société américaineChapitre 62 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CIVILISATION

instruite me disait qu'il lui était arrivé récemment de se trouver sans domestique dans un village où elle ne pouvait espérer d'en trouver promptement. Pendant six semaines, elle et sa fille firent le pain et tinrent à elles seules la maison qui, pour la propreté, le luxe, l'abondance, pouvait rivaliser avec celles des plus grands seigneurs. Il en était résulté que, depuis cette époque, elle ne pouvait plus endurer le mauvais pain; elle m'affirma qu'il était toujours possible d'en faire d'excellent, malgré les cbangernenls de temps et tous les motifs habituellement allégués. Je fus frappée d'un fait que me raconta cette dame : quand il lui fallait quelque domestique de surcroît, elle avait l'habitude d'employer , pour les travaux de la cuisine , une pauvre femme de couleur. Ses domestiques avaient toujours paru en bonne intelligence avec cette femme ; mais, un jour qu'on devait avoir du monde le soir , la principal domestique refusa de servir la compagnie, alléguant pour raison qu'elle ne pouvait, sans se compromettre, s'asseoir à la même table que la femme de couleur. Sa maîtresse la réprimanda avec douceur de sa fierté mal placée et ajouta : t Si vous regardez comme au-dessous de vous de servir les personnes de ma société, ma famille se chargera de ce soin ; vous verrez ma fille porter le plateau au thé , et ma nièce les gâteaux. > La fille se repentit et supplia qu'on la laissât servir; mais on n'accepta point son offre, sur quoi elle pleura à chaudes larmes. Le lendemain , elle était fort humble, et sa maîtresse la raisonna avec un succès complet. La dame fit en silence une concession : au lieu de faire venir la

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femme de couleur avant le dîner, elle la fit venir après.

Une autre dame qui habitait la campagne fit trente milles pour se rendre dans une ville où elle savait que devaient arriver des Irlandais venus du Canada , dans Tespoir de se fournir parmi eux de domestiques. Elle s'engagea, s'ils voulaient entrer à son service, à les laisser, deux fois par an, aller à confesse, à une distance de trente milles. Une autre dame encore me dit que sa famille avait manqué d'eau parce que le domestique refusait d'en apporter ; il fallait que les femmes allassent la chercher : le domestique était intraitable sur ce point. Elle ne put se résoudre à le renvoyer pour ce motif, tant il disait bien son service, quoiqu'il ne pût pas conduire la voiture, attendu qu'il n'avait qu'un œil, et quoiqu'il s'enivrât dès que son ouvrage était fini. Cette dame avait une maison assez bien tenue, mais il fallait qu'elle surveillât tout elle-même. Un jour, voulant faire mettre du papier à ses chambres, elle crut devoir confier cette tâche à son domestique, qui s'en chargea volontiers. La besogne terminée, elle fut invitée à venir admirer la manière dont il avait fait ressortir les raccords; il avait mis toute son attention à faire en sorte qu'il n'y eût pas deux lés dont le dessin ne se raccordât.

La mère d'une jeune mariée de ma connaissance se flattait d'avoir, durant le voyage matrimonial des époux doté la maison de sa fille de deux domestiquesmodèles : la veille du retour de la mariée, avant cpic les domestiques eussent vu leur maître et leur mai

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