‹ De la société américaineChapitre 64 sur 135 · TROISIEME PARTIE. CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. CIVILISATION

reconnaître qu'elles gâtent leurs domestiques, et les chefs de famille, qui veulent se faire des amis, les trouvent peu disposés à les payer de retour. En Amérique, il en est autrement , et puisse-t-il en être toujours ainsi ! A l'exception des gens qui recherchent leur satisfaction personnelle plus que le bien-être de ceux qui les entourent, tout le monde doit être charmé d'avoir, dans ses domestiques, des amis intelligents et désintéressés, dont on peut s'assurer l'affection, dût-on avoir d'abord quelque peine à les conserver, et être obligé de prendre son parti sur quelques singularités de manières et de costumes.

On éprouve une grande satisfaction en voyageant dans un pays démocratique, c'est de ne point voir de livrée. Aux États-Unis, on ne rencontre nulle part ce signe de servitude, si ce n'est à Washington , chez les ambassadeurs étrangers. L'exemple suivant montrera combien les domestiques américains l'emportent, en dignité morale, sur ceux qui souffrent qu'on les affuble dun costume spécial. Je passai une soirée chez le président de l'université d'Harward. La compagnie était servie, au thé, par un domestique du président qui est, en même temps, major de cavalerie dans la milice. Les jours de revue, lorsqu'il y a un banquet du régiment, le major, en grand uniforme , préside à table, ayant le président à sa droite. Il fait les honneurs, comme s'il n'existait pas entre eux d'autres relations. Quand tous les toasts ont été portés, il rentre à la maison, quitte son uniforme et va, à Iheure du thé, servir les convives du président.

13i DE LA SOCIÉTÉ AMÉRICAINE.

Quant aux occupations par lesquelles les Américaines remplissent leurs loisirs, ce qu'on a déjà vu indique qu'elles ne sauraient avoir beaucoup d'importance ou de diversité. La plupart s'occupent d'actes de bienfaisance, faisant du bien ou du mal, selon le plus ou le moins de lumières. Dans la Nouvelle-Angleterre, les Américaines emploient beaucoup de temps à écouter des prédications, et dans d'autres réunions religieuses, ou à visiter, dans un but religieux, les pauvres et les affligés. Les résultats de ces pratiques sont les mêmes que partout où ces choses ont lieu. Cette pratique est bonne en tant qu'elle stimule la sympathie et qu'elle établit des relations entre les diverses classes de la société; mais elle est mauvaise en ce qu'elle exalte l'esprit, encourage un faux goût pour les citations religieuses, conduit, d'une part, à l'hypocrisie, de l'autre aux empiétements sur le domaine de la conscience, aigrit ou tyrannise ceux à qui ces secours sont le moins nécessaires, tout en aliénant ceux qui en auraient le plus besoin. Je suis portée à croire qu'il y a beaucoup de bien et beaucoup de mal d'accompli, et que toutes les fois que les femmes ont des affaires plus indispensables, il vaut mieux pour elles faire le bien et communiquer des consolations religieuses, quand l'occasion s'en présente, que de s'en faire une occupation permanente; on accoinplira plus de bien que maintenant, et on évitera le mal.

Toutes les dames américaines ont plus ou moins de littérature , et il en est à qui ce genre de connaissances sert à combler le vide du temps. Celles qui lisent sont

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