‹ De la société américaineChapitre 67 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. l'o · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION. l'o

de leur portée, plutôt que dans des combinaisons de détail qui pourraient être rectifiées par le signalement d'inconvénients particuliers. Je demanderai seulement aux philanthropes de tous les pays de s'enquérir des médecins quel est Télat de santé des couturières, et déjuger si! n est pas incompatible avec les sentiments d'humanité que les femmes ne puissent gagner leur subsistance que dans cette occupation. Qu'ils s'informent comment cette espèce de travail est rétribuée, et qu'ensuite ils s'étonnent que les plaisirs des libertins soient principalement alimentés par cette classe. Qu'ils honorent la vertu de celles qui se maintiennent pures , alors que le travail, qui abrège lentement et infailliblement leur existence, suffit à peine à leur donner du pain , tandis que le luxe et l'oisiveté sont le partage de rinconduite. Dans l'intervalle , entre l'époque féodale actuelle et l'époque à venir, où la carrière de la vie sera pleinement ouverte aux femmes comme aux hommes , la condition de la classe ouvrière parmi les femmes est telle que, si l'on faisait connaître ses souffrances , des émotions d'horreur et de honte feraient tressaillir la société tout entière.

Pour les femmes qui reculent devant la condition de couturière, presque également redoutable depuis la marchande de modes fashionable jusqu'à l'humble ravaudeuse, pour celles qui y répugnent par un motif de fierté, ou dans l'intérêt de leur santé, ou par la crainte de la pauvreté ou de la tentation , il n'existe guère d'autres ressources que la prétention à enseigner. Quelle fonction entraîne une responsabilité plus

grande, exige plus de qualités et devrait par conséquent être plus honorée que celle de l'enseignement? Quelle profession demande plus impérieusement une vocation décidée et un génie à part ?

Cependant, en Amérique comme ailleurs, les gouvernantes se recrutent parmi celles qui enseignent , parce qu elles manquent du nécessaire , et que , sans ce motif, elles n'enseigneraient certainement pas.

L'enseignement et l'éducation des enfants, malgré les fatigues et les peines qui y sont attachées, sont, pour un bien petit nombre , une tâche agréable ; mais , excepté pour ce petit nombre, c'est une tâche pénible, et, quand la pauvreté et l'humiliation l'accompagnent, elle est intolérable. Que les philanthropes s'enquièrent de la proportion des gouvernantes dans les hospices des aliénés. La réponse à cette question sera tout à la fois instructive et alïligeante. Quelle doit être la condition du sexe quand on pense que cette profession est assiégée de candidats compétents ou non? Qu'espérer de la génération d'enfants confiés aux soins d'une classe, consciencieuse peut-être, mais fatiguée, rebutée^ découragée?

Aux États-Unis, les gouvernantes les plus accomplies peuvent obtenir un traitement de six cents dollars , dans les familles de planteurs du sud , pourvu qu'elles promettent de tout enseigner. Dans le nord , elles sont moins payées, et , dans l'un ni dans l'autre cas, il n'y a possibilité pour elles d'économiser pour les maladies de la vieillesse. Les dames qui méritent réellement la confiance publique peuvent , dans le nord ,

réaliser une certaine aisance en quelques années , en tenant école ; mais , en général , la faible rétribution du travail des femmes , en Amérique, continue à justifier le reproche des philanthropes. J'espère qu'ils persévéreront à signaler le mal, bien que des remèdes spéciaux ne puissent le guérir. Sa racine est profonde , elle est dans la subordination du sexe, et , sur ce point, les réclamations et les remontrances des philanthropes finiront par fixer Tattenlion de la société , particulièrement des femmes. Le progrès de l'émancipation d'une classe s'effectue habituellement , sinon toujours, par les efforts des individus de cette classe , et il en sera nécessairement ainsi dans la question qui nous occupe. Toutes les femmes doivent s'enquérir de la condition de leur sexe et de leur propre position. Il en résultera infinlliblement que les plus capables d'entre elles déploieront, tôt ou tard , une puissance morale qui détruira l'hypocrisie, et qu'elles briseront les chaînes ( de soie pour les unes , de fer pour les autres ) que les préjugés et les usages féodaux leur ont imposées.

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