‹ De la société américaineChapitre 69 sur 135 · TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — CIVILISATION

le climat ; mais cette excuse ne saurait être admise, alors que les dames conservent leur santé , en faisant des promenades à pied et à cheval , 'et en aérant complètement leur maison. Quiconque connaît Stockbridge , et a vu ses jeunes filles gracieuses et fraîches, ses femmes alertes et bien portantes , n'admettra pas cette prétendue difficulté de se procurer de l'air et de l'exercice. C'est l'un des inconvénients d'un pays nouveau , que les environs des villes n'invitent que fort peu à la promenade. On doit avouer qu'il faut quelque résolution pour aller se promener dans des lieux aussi peu attrayants que l'avenue Pensylvanie à Washington, Broadway à New- York, les rues de Philadelphie , ou même le joli cours de Boston ; pour avoir des lieux de promenade agréables , il faut d'abord désirer d'en avoir. Quand toutes les Américaines aimeront autant l'exercice que les dames de Slockbrigde, les facilités nécessaires viendront bien vile. En attendant , si Ton en excepte trois ou quatre grandes villes, la population a partout de jolies promenades à sa portée. Boston est mal partagé sous ce rapport , en ce qu'il occupe un promontoire qui ne communique avec la terre ferme que par des parcs d'une grande longueur. Par un vent froid, ou sous un soleil brûlant, on ne tente ce passage que lorsqu'il y a nécessité ; mais ceux qui ont des voitures peuvent aisément braver cet inconvénient , et pour ceux qui n'en ont pas il y a le Cours et le Neck.

Tout le monde, je le crois, tient à jouir d'une bonne santé ; or , il n'est pas pour cela de moyen plus

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efficace que d'imiter les résidents de l'Inde accoutumés à faire une promenade matinale. Pendant les mois chauds, les matinées sont délicieuses , et, tant qu'ils durent , on n'est pas excusable de négliger cet exercice. Dans les États du Nord , la meilleure saison de l'année est l'automne , alors que les teintes et les brises du Paradis sont répandues dans la campagne. Pendant la plus grande partie de l'hiver , l'exercice est possible : la bise est trop piquante pour qu'on s'y expose ; mais les jours de gelée calmes et purs peuvent s'employer beaucoup mieux à marcher qu'à aller en traîneau. Tout ce qu'on peut dire eu faveur du traîneau ne me le fera pas aimer : je n'en puis souffrir le mouvement , et au bout de quelque temps le tintement des clochettes m'importune. Mais ma raison principale est le danger auquel on est exposé. De jeunes demoiselles , qui dessèchent leur conslilulion à la chaleur d'un feu de charbon „ qui ne respirent l'air extérieur que pour aller à l'église , et lorsqu'elles montent en voiture et en descendent en allant en soirée, se donnant de temps en temps le plaisir d'une excursion en traîneau , assises immobiles au grand air , avec des briques chauffées sous les pieds , et la figure exposée à la gelée; s'il y a du plaisir dans de tels amusements, il est trop chèrement acheté par le péril. Si les troupes de jeunes filles qui déploreraient l'abolition du traîneau essayaient seulement de la délicieuse jouissance d'un exercice actif et journalier au grand air , elles gagneraient à ce changement , même sous le point de vue du plaisir.

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Les dames prétendent que le soin de leur ménage» leur donne beaucoup d'exercice chez elles. Si j'en excepte les occupations qui consistent à faire les lits , frotter les tables et jouer avec les enfants, je ne connais pas de soins de ménage qui entraînent beaucoup d'exercice. La fatigue occasionnée par quelques-uns des travaux est d'une nature que soulagerait la promenade. D'ailleurs ces occupations ne donnent point la jouissance du grand air , dont on ne saurait avoir une quantité suffisante sans sortir , excepté dans quelques résidences à la campagne. Je ne pouvais voir sans douleur les enfants renfermés pendant l'hiver dans des maisons chauffées au charbon anthracite à une température de vingt-cinq degrés; je m'alïligeais de voir ces pauvres petits êtres pâles et desséchés longtemps avant qu'ils eussent la perspective d'êlre délivrés de leur emprisonnement. Ceux d'entre eux qu'on laissait sortir dans les beaux jours ne manquaient presque jamais d'attraper un rhume ; ce'iix-là seulement se portaient bien , qu'on tenait dans les pièces modérément échauffées, et à qui on faisait faire une exercice vigoureux au grand air , toutes les fois que le temps le permettait. L'usage du charbon anthracite m'affectait désagréablement , excepté lorsqu'il y avait dans la chambre une vaporisation d'eau. Je soupçonne que c'est à cela qu'il faut attribuer quelques-unes des maladies du pays.

Une preuve de ce qu'il y a de funeste dans l'absence de l'exercice, c'est la distorsion de l'épine dorsale, encore plus commune chez les femmes en Amérique

que chez les hommes. Les médecins qui se sont spécialement occupés de ce symptôme disaient qu'on trouverait difficilement dans les pensions une épine dorsale parfaitement droite ; et quand l'époque de la croissance est terminée , dans un grand nombre de sujets il reste toujours à cette partie une certaine faiblesse. On connaît l'appareil orthopédique des États- Unis ; il faut qu'il y ait une cause à une tendance aussi générale : celle qu'on assigne est la langueur produite par le climat. Les dames, ne pouvant user de la même liberté que les hommes, se débarrassent, comme elles peuvent, de leur langueur ; mais elles n'emploient pas toujours pour cela les meilleurs moyens. Au lieu de rester chez elles pendant toute la durée des froids et des chaleurs, elles feraient mieux de prendre de l'exercice durant une partie de la journée , et de se coucher aux heures où la chaleur est la plus grande ; et , dans Thiver, profiter de toutes les occasions d'exercice. Si elles en agissaient ainsi , il est à croire que la génération suivante ne se ferait pas remarquer, comme la génération actuelle, par la maigreur du corps et la pâleur du teint.

Je ne pouvais m'expliquer cette apathie, au sujet de la santé , qu'en supposant que le sentiment d'une santé vigoureuse est presque inconnu dans ce pays. Les malades ne se plaignent ni ne s'alarment, et on leur parle d'iuie jJoitruie faible, de jJoumons délicats, aussi peu sérieusement qu'on parlerait à des Anglais d'un rhume ordinaire. Les ecclésiastiques quittant leur troupeau , les professeurs leur chaire, les jeunes gens

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