TROISIEME PARTIE. — CIVILISATION. i8l
pourra du moins nous fournir un guide au milieu de ce chaos d'idées spéculatives dans lequel nous sommes ballottés, tandis que c'est à peine si un petit nombre de penseurs s'accordent sur les matières qu'on appelle de conscience universelle. J'aimerais à voir quelques philosophes s'occuper à découvrir et à enregistrer, pendant un certain nombre d'années, les manifestations de quelques intelligences progressives, dans des individus affligés d'infirmités spéciales. Si des Américains dignes d'entreprendre cette tâche, ayant assez de force pour écarter la théorie et les préjugés et ne constater que ce qui se manifeste réellement à eux , étaient disposés à faire ce que je viens d'indiquer, j'espère qu'ils n'attendront pas qu'il y ait une classe philosophique à laquelle ils puissent se réunir.
On me dit , à Washington , avec un sourire moitié d'ironie , moitié de satisfaction , que « les gens de la iNouvelle-Angleterre font le bien par manie. » J'eus donc soin d'étudier les symptômes de cette méthode de second ou de troisième ordre , de pratiquer la bienfaisance. Il en est résulté pour moi la conviction que les habitants de la Nouvelle-Angleterre et du pays tout entier font le bien de toutes les manières, les uns mieux, les autres plus médiocrement, selon leurs lumières. J'ai vu des dames pieuses qui disaient des vêtements pour les pauvres, mais qui retiraient l'ouvrage (son seul moyen d'existence) des mains d'une couturière ayant trois enfants, parce que son mari était en prison. Elles me disaient que ce serait encourager le vice que d'avoir le moindre rapport avec les